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L’Apocalypse au risque de l’histoire : le livre (I)
dimanche 15 mars 2009
par Alexandre FAIVRE
popularité : 2%

L’histoire est dite

Telles sont les informations qui sont brassées [4], l’histoire qui est dite. Les auteurs traversent les faits et expliquent allègrement les thématiques. Ils exposent et disent pour nous l’histoire. Ils la relisent à l’occasion : en prenant leur distance par rapport à certains témoignages, en mettant l’accent sur une lecture personnelle, en prenant parti pour une hypothèse… C’est ce qu’ils font indirectement lorsqu’ils nous disent que les deux compagnons (larrons) de Jésus en croix n’attestent pas historiquement mais littérairement que la mort de Jésus est un événement fiable (car les deux aspects ne sont pas nécessairement exclusifs l’un de l’autre), lorsqu’ils mettent à distance le plus ancien des témoignages concernant la résurrection, celui de 1 Co 15, 4-8, en le présentant avec moult précautions (« cette certitude - de la résurrection - dut être encouragée par le témoignage de certains disciples convaincus que Jésus leur était apparu, ce dont Paul se fait l’écho … »), Paul qui, tout de même, énumère des noms et le nombre des témoins en ajoutant que la plupart sont encore vivants. C’est ce qu’ils font plus directement lorsqu’ils jettent la suspicion sur le témoignage des Actes concernant l’évangélisation de païens à Antioche dès les débuts de la mission, ou lorsqu’ils présentent l’Apocalypse comme l’œuvre de judéo-chrétiens en guerre contre des pagano-chrétiens, ou encore lorsqu’ils utilisent d’une manière systématique l’antagonisme judéo-chrétien, pagano-chrétien, comme principe d’explication. C’est ce qu’ils font aussi plus subtilement lorsqu’il s’agit du nombre de chrétiens. Selon eux, les Actes qui ’louvoient’ lorsqu’ils parlent de l’évangélisation des païens, ’exagèrent’ lorsqu’ils parlent du grand nombre de ceux qui à Antioche se convertissaient au Nom du Seigneur. Mais ils frapperont de la même critique le témoignage externe de Suétone parlant de la multitude des chrétiens, ceux de Clément de Rome, de Tacite ou de Pline. Toutes ces petites touches créent une toile de fond, une atmosphère, un décor, dans lequel l’interprétation finale prendra tout naturellement corps et place.

 

[4] Ces informations sont en fait, une partie de celles que tout étudiant de première année à l’Université, découvre en suivant un cursus d’histoire du christianisme (ce que j’enseigne depuis maintenant 40 ans à l’Université de Strasbourg). Nous conseillons au lecteur de cet article de consulter les derniers ouvrages universitaires sur cette période, pour comparer, en connaissance de cause, avec les récits proposés par M. et P. Il s’agit essentiellement de L’Histoire du christianisme, t. 1 et 2., Paris, Desclée ; des ouvrages de P. Maraval, Le christianisme des origines à Constantin, Paris, PUF, « Nouvelle Clio », 2006 ; Le christianisme, de Constantin à la conquête arabe, Paris, PUF, « Nouvelle Clio », 2005 ; et, tout récemment de celui de P. Mattei, Le christianisme antique de Jésus à Constantin, Paris, A. Colin, 2008.