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Accueil du siteLES MERES DE L’EGLISE ET AUTRES DAMESMarie-Madeleine, témoin et apôtre
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Marie-Madeleine comme Nouvelle Ève
samedi 15 août 2015
par Emilien LAMIRANDE
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Pour Augustin, il se devait qu’une femme annonce la bonne nouvelle par excellence pour qu’à la mort soit apporté remède (« per feminam mors emendatus est [13] »). À propos de Lc 24, 10, il passe des saintes femmes à la femme nouvelle qui s’oppose à celle des origines. C’est toute la gent féminine qui, en Marie-Madeleine et ses compagnes comme en Marie de Nazareth, devient instrument de réparation (« per sexum femineum reparatus est homo… Per feminam mors, per feminam uita [14] »). L’évêque d’Hippone compare aussi l’attitude concrète des hommes après la mort de Jésus à celle des femmes, représentées par Marie-Madeleine. Après avoir constaté la disparition du corps de Jésus, les hommes s’en sont allés et la femme est restée, s’est mise à chercher et a pleuré : « Eux se sont fait moins de souci, leur sexe est plus fort, mais leur amour moindre » (« fortiores sexu, sed minores affectu »). Tout en convenant de la générosité des femmes, Augustin suppose pourtant qu’elles se devaient de faire oublier le tort causé par Ève : « La femme cherchait Jésus plus qu’eux, car au paradis c’est elle qui la première avait perdu Jésus. Parce que la mort était entrée par elle, elle cherchait plus la vie. » Il reprend deux phrases plus loin : « si le sexe faible le cherche le plus [le Seigneur], c’est, comme nous l’avons dit, qu’il l’avait le premier perdu [15]. » Son contemporain de Ravenne reconnaît que la femme est maintenant la première à accueillir la bonne nouvelle [16], mais il continue à insister lourdement sur la culpabilité originelle : La femme s’abandonne la première aux larmes, qui la première a couru vers la chute. Elle arrive la première au tombeau, qui la première est arrivée à la mort. Elle devient messagère de la résurrection (resurrectionis nuntia) celle qui avait été l’interprète de la mort. Et celle qui avait communiqué à l’homme, la nouvelle de sa terrible déchéance lui communique aujourd’hui le message d’un incomparable salut afin que l’annonce de sa foi compense pour la perfidie [17].

Une attitude similaire se retrouve, comme on l’a vu pour Hippolyte ou Grégoire de Nysse, chez des Orientaux. Cyrille d’Alexandrie estime qu’il était nécessaire que par la voix du Juge suprême l’antique malédiction soit abolie : « le Christ notre Seigneur essuie les larmes de toutes les femmes en Marie leur représentante [18] ». Un sermon attribué à Basile de Séleucie († après 468), en faisant des saintes femmes les évangélisatrices des apôtres, rappelle l’opposition devenue traditionnelle : À sa résurrection, le Christ apparaît aux femmes avant de se montrer aux disciples. Et ce sont les femmes qui annoncent aux apôtres le Ressuscité. Ce n’est point un hasard. […] La femme est l’origine de la transgression et le héraut de la résurrection. Elle fait tomber le premier Adam, mais elle témoigne de la résurrection du second [19].

Sévère d’Antioche, dans une homélie de 515, en identifiant à la mère du Seigneur « l’autre Marie » de Mt 27, 61 et 28, 1, mentionnée après Marie-Madeleine, étend à toutes les femmes le privilège de surmonter la condition rattachée à l’Ève prévaricatrice : Il fallait, en effet, que la race des femmes fût la première à recevoir la nouvelle de la résurrection de la part de l’ange et à voir le Seigneur et qu’elle entendît comme première parole de la bouche de ce dernier le mot : Salut ! Car c’est la femme la première qui prêta l’oreille à la tromperie du serpent, qui vit aussi, contrairement à la loi, le fruit de l’arbre, qui lui avait été défendu, et qui fut condamnée à l’affliction [20] …

Vers la même époque, un homéliste identifié au prêtre Léonce de Constantinople répète plusieurs fois, en l’amplifiant, la parole de Jésus à Marie-Madeleine : « Réjouissez-vous, et que se réjouissent à cause de vous toutes celles de votre sexe… Réjouissez-vous dit le Seigneur aux femmes. » Sans doute n’omet-il pas lui non plus de rappeler la faute d’Ève, mais l’insistance demeure sur le passage à la vie. Voici comment il explique la préséance accordée par Jésus aux saintes femmes sur les apôtres après la résurrection : « parce que l’affliction a fleuri par une femme, le Seigneur de nouveau par une femme a fait germer la joie, afin que soit accomplie la parole qui disait : Là où le péché avait abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5, 20). Et il reprend : « Réjouissez-vous, puisque vous avez aussi pleuré ; ceux en effet qui ont semé dans les larmes moissonnent dans l’allégresse [21]. » Le prédicateur avait d’ailleurs commencé par établir ses priorités : « Nous ne nous affligeons plus sur Adam mais nous glorifions le Christ, nous ne blâmons plus Ève, mais nous déclarons bienheureuse la Vierge Marie [22] … » Grégoire le Grand transmet toujours, à propos du message pascal de Marie-Madeleine, l’idée qu’elle réhabilite le genre féminin en devenant pour tous principe de vie nouvelle, tout en insistant sur les antécédents d’Ève : Le péché de l’homme quitte le cœur d’où il était issu. Car c’est la femme qui, au paradis, tend à l’homme le fruit de la mort, c’est une femme qui, au tombeau, annonce la vie aux hommes, et rapporte les paroles de celui qui vivifie, après avoir répété les propos du funeste serpent. Comme si le Seigneur disait aux hommes, non par des mots, mais des actes : « la main qui vous a rendu le breuvage de la mort, vous présente aujourd’hui la coupe de vie [23] ! »

 

[13] cf. Augustinus, S. 45, 6 : PL 38, col 266.

[14] Id., S. 232, 2 : éd. S. Poque, SC 116, p. 262.

[15] Id., S. Morin 14 : éd. G. Morin, MA I, p. 486 ; trad. Th. Camelot-J. Grumel, loc. cit., p. 145.

[16] cf. Petrus Chrys., S. 77 : PL 52, col. 417-418 : « primo audit ab angelo quae prima cum diabolo fuerat collocuta ».

[17] Id., S. 79 : PL 52, col. 423.

[18] cf. Cyrillus Alex., In Ioh. euang., 12 : PG 74, col. 692.

[19] cf. Pseudo-Athanase, Hom. sur la Pâque, 2 : PG 28, col 108 ; trad. F. Quéré-Jaulmes, Le mystère de Pâques, p. 156. Cf. l’homélie inspirée d’Hippolyte, 59 : SC 27, pp. 186-187 : « de même que la femme amena la première le péché qui est dans le monde, de même elle porte aussi la première au monde l’annonce de la vie. »

[20] cf. Seuerus Ant., Hom. cathedralis, 77 : éd. et trad. M. A. Kugener et E. Triffaux, PO 16, pp. 806-808, 810 ; voir Y. Congar, loc. cit., pp. 25-26. Cf. Romanos le Mélode, Hymne 40, 6 ; p. 390.

[21] cf. Leontius Const., In S. Pascha hom., I, 3 : éd. et trad. M. Aubineau, SC 187, pp. 370-373 ; cf. E. M. Synek, loc. cit., pp. 185-186.

[22] Ibid., I, 1, pp. 368-369.

[23] cf. Gregorius Magnus, Hom. in Euang., 25, 6 : PL 76, col. 1194 ; trad. Fr. Quéré-Jaulmes, Le Mystère pascal, p. 299.