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Accueil du siteLES MERES DE L’EGLISE ET AUTRES DAMESMarie-Madeleine, témoin et apôtre
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mercredi 5 août 2020
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« Noli me tangere » : le contact par la foi
mardi 15 septembre 2015
par Emilien LAMIRANDE
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Augustin met dans la bouche du Ressuscité l’explication qu’aurait pu attendre Marie-Madeleine : « Touche celui qui est égal au Père… Touche Dieu, c’est-à-dire crois en Dieu… La figure que tu connais, ce que tu vois en moi, ne la touche pas ; c’est-à-dire n’arrête pas là ton regard, ne mets pas là la fin de ta foi (« non sit hic finis fidei tuae »). Je veux sans doute que tu me croies homme, mais n’en reste pas là. » C’est par une démarche qui répond à la plénitude de son expérience et qui l’amène à toucher véritablement le Christ que Marie-Madeleine devient modèle ou figure de l’Église et de chacun des fidèles : C’est ainsi que le touche l’Église, dont Marie était la figure. Touchons le Christ, touchons-le. Croire c’est le toucher. N’étends pas ta main vers l’homme… Je ne dis pas de t’en détourner. Mais…ne reste pas là… Le Christ-homme est ta route, le Christ-Dieu est ta patrie (« homo Christus uia tua est, deus Christus patria tua est [28] »).

Cyrille d’Alexandrie (†444) se questionne longuement sur le mot de l’évangile, « parce que je ne suis pas encore monté vers le Père » et finit par l’associer à l’envoi de l’Esprit saint. Maintenant que le Seigneur a manifesté sa nature divine, nul ne peut le toucher qui ne soit purifié par l’eau et l’Esprit. Or Marie-Madeleine ne l’était pas encore. Ainsi l’Église tenait-elle éloignée de la table sainte les catéchumènes, même s’ils avaient déjà professé leur foi [29].

Le pape Léon (†461) reprenait l’interprétation d’Augustin en insistant sur la sublime vocation accordée à Marie-Madeleine [30]. Grégoire le Grand (†604) réaffirmera que celui-là touche vraiment le Christ qui le croit égal au Père [31]. Certains auront été plus portés que d’autres à souligner les hésitations de Marie-Madeleine. Jean Chrysostome (†407), même s’il loue généreusement son attitude, estimait ses pensées trop terre à terre pour lui permettre d’accepter d’emblée la résurrection [32]. Maxime de Turin († début du Ve) la trouve lente à croire (« pigrior ad credendum ») et lui reproche d’avoir, contrairement au martyr Étienne, cherché Jésus parmi les morts [33]. Grégoire le Grand la perçoit comme partagée entre l’amour et le doute [34].

Dans sa première hymne sur la Résurrection, à Constantinople vers le milieu du VIe siècle, Romanos le Mélode évoquait lui aussi l’injonction du Ressuscité en l’associant à la profession des deux natures et à la nécessité de dépasser le sensible pour accéder au divin : Emportée par la ferveur du désir, par l’embrasement de l’amour, la jeune fille (hè korè) voulut saisir celui qui remplit toute la création sans en recevoir de limites. Mais le Créateur, s’il ne lui reprocha pas son ardeur, l’éleva vers le monde divin en disant : « Ne me touche pas : me prendrais-tu seulement pour un mortel ? Je suis Dieu, ne me touche pas. Ô femme vénérable (semnè), ouvre là-haut tes yeux et considère le monde céleste ; c’est là que tu dois me chercher [35] ».. Pour l’essentiel, tous les commentaires nous ramènent au plan d’une connaissance qui associent le voir et le croire.

 

[28] Id., S. Mai, 95, 4 : MA I, pp. 343-344 ; trad. Th. Camelot et J. Grumel, loc. cit., p. 146. Cette façon de rencontrer le Christ fait partie intégrale du concept augustinien de la foi : cf. J. Ratzinger, « Volk und Haus Gottes » in Augustinus Lehre von der Kirche, Munich, Karl Zink, 1954, pp. 208-209.

[29] cf. Cyrillus Alex., In Ioh. euang., 12 : PG 74, col. 693-696.

[30] cf. Leo Magnus, S. de Ascensione, II, 4 : éd. R. Dolle, SC 74 bis, p 282 : « ad subimiora te differo, maiora tibi praeparo ».

[31] cf. Gregorius Magnus, Hom. in Euang., 25, 6 : PL 76, col 1193. Cf. à propos d’un sermon médiéval sur Marie-Madeleine qui reflète avant tout l’interprétation d’Ambroise et d’Augustin, D. Iogna-Prat, « Bienheureuse polysémie ». La Madeleine du Sermo in ueneratione sanctae Mariae Magdalenae attribué à Odilon de Cluny », dans E. Duperray, éd., op. cit., pp. 21-31.

[32] cf. Iohannes Chrysostomus, Hom. in Ioh., 86 al. 85 : PG 59, col. 467.

[33] cf. Maximus Tur., S. 39a, 2-3 : éd. A. Mutzenbecker, CCL 23, pp. 156-157 ; cf. S. 39, 4, p. 154.

[34] cf. Gregorius Magnus, Hom. in Euang., 25, 4 : PL 76, col. 1191-1192.

[35] cf. Romanos le Mélode, Hymne 40 sur la résurrection, 11 : éd. et trad. J. Grandidier de Matons, SC 128, pp. 398-399 ; cf. A. M. Synek, loc. cit., pp. 187-189.