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Accueil du siteLES MERES DE L’EGLISE ET AUTRES DAMESMarie-Madeleine, témoin et apôtre
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jeudi 30 juillet 2020
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Apport de la littérature apocryphe et gnostique
vendredi 20 novembre 2015
par Emilien LAMIRANDE
popularité : 6%

On connaît par Épiphane de Salamine (†403) les Grandes Questions de Marie, attribuées à une secte libertine gnostique [42]. L’évêque faisait avec horreur état d’une reprise de la création d’Ève en la personne de Marie-Madeleine (voir plus loin, à propos de la Nouvelle Ève) et d’un rite consistant à recueillir et à consommer comme principe de vie, sperme et sang menstruel. Cette pratique pourrait pourtant supposer un courant égalitaire entre les sexes [43].

Plus directement que les écrits mentionnés jusqu’à présent, le Psautier manichéen d’Héraclide, du IVe siècle, renvoie à Jn 20, 11-18, à propos de l’apparition à Marie-Madeleine, en lui empruntant divers détails [44]. Le Psaume II, 187, revient avec insistance sur l’ordre de mission qui lui est donné par Jésus auprès des apôtres :

Rejette de toi cette tristesse et accomplis cet office (leiturgia) : sois un messager pour moi, auprès de ces orphelins perdus. Hâte-toi dans la joie et va vers les Onze. Tu les trouveras rassemblés sur la rive du Jourdain. […] Dis-leur : « Levons-nous, c’est votre Père qui vous appelle ». S’ils méprisent ma qualité de frère, dis-leur : « C’est votre maître ». S’ils ne me reconnaissent pas pour tel, dis-leur : « C’est votre Seigneur ». Utilise toute ton habileté et ton jugement jusqu’à ce que tu aies amené le troupeau à son pasteur.

Jésus recommande encore, s’il en est besoin, d’approcher Pierre et de lui rappeler ce qui s’était dit au Mont des Oliviers. Marie-Madeleine répond : « Rabbi, mon maître, j’observerai tes ordres dans la joie de tout mon cœur. Je ne laisserai pas de repos, non plus qu’à mes yeux, non plus qu’à mes pieds, avant d’avoir amené le troupeau au bercail ». Suit cette doxologie : « Gloire à Mariham pour avoir écouté son Maître ; elle a observé son commandement dans la joie de tout son cœur. Gloire et victoire à l’âme de la bienheureuse Marie [45] ! » Dans le Psaume II, 192, la mission de Marie-Madeleine est évoquée en ces termes : « Mariham est une jeteuse de filet, à la recherche des onze autres qui étaient perdus [46] ». Dans le Psaume II, 194, Marie-Madeleine semble s’identifier à la Sophia [47]. L’insistance des Psaumes porte moins sur sa position parmi les disciples que sur la fidélité avec laquelle elle remplit sa mission [48].

 

[42] cf. Epiphanius, Panarion, 26, 8, 1-9, 5 : texte grec et trad. anglaise dans A. Marjanen, op. cit., pp. 191-194.

[43] Ce rite était condamné dans Pistis Sophia, 381, 6-20 ; cf. J. E. Goehring, « Libertine or Liberated : Women in the So-called Libertine Gnostic Communities », dans K. L. King, éd., op. cit., pp. 340-342 ; A. Marjanen, op. cit., p. 202 ; S. Petersen, op. cit., pp. 124-133, qui met en doute cette interprétation.

[44] Texte et trad. de C. R. C. Allberry, repris avec commentaires dans A. Marjanen, op. cit., pp. 203-215 ; cf. J. K. Coyle, « Mary Magdalene in Manichaeism », dans Le Museon, 104 (1991), pp. 39-55.

[45] Cf. A. Marjanen, op. cit., p. 205-206.

[46] Ibid., p. 213.

[47] Sur l’interprétation de ce passage : J. K. Coyle, loc. cit., pp. 46-49 ; A. Marjanen, op. cit., p. 214 ; S. Petersen, op. cit., pp. 192-194.

[48] A. Marjanen, op. cit., p. 215 : Mary Magdalene is thus seen as a paragon of faithful Manichaen believers and missionaries ; sur les deux catalogues de disciples, voir ibid,. p. 213-214.