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Accueil du siteLES MERES DE L’EGLISE ET AUTRES DAMESMarie-Madeleine, témoin et apôtre
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jeudi 30 juillet 2020
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Apport de la littérature apocryphe et gnostique
vendredi 20 novembre 2015
par Emilien LAMIRANDE
popularité : 7%

2. Principales attestations

Dans la première partie du IIe siècle l’Évangile de Thomas se présente comme un recueil de paroles de Jésus. D’après le Logion 21, Marie-Madeleine demande à Jésus : « À quoi vos disciples ressemblent-ils ? » La réponse suppose qu’elle doit atteindre elle-même un niveau supérieur [11]. Le Logion final révèle des rapports conflictuels entre Marie-Madeleine et les autres. Simon Pierre, sur un ton tranchant, réclame en présence de Jésus : « Que Marie nous quitte, car les femmes ne sont pas dignes de la Vie [12] ». Il semblerait exclure les femmes non seulement de fonctions spécifiques, mais du salut et du Royaume. Faut-il voir là une caricature d’un mouvement majoritaire représenté par l’apôtre ou l’écho amplifié d’un courant ascétique pour qui la femme représente une menace ? Ce sont là certaines des explications proposées [13]. La réponse de Jésus à la sortie de Pierre a retenu l’attention : « Voici que moi je l’attirerai pour la rendre mâle, de façon à ce qu’elle aussi devienne un esprit vivant semblable à nous mâles. Car toute femme qui se fera mâle entrera dans le Royaume des cieux [14]. » Ce propos est à rapprocher du Logion 22 : « Lorsque vous ferez… du mâle et de la femelle un seul et même être… c’est alors que vous entrerez dans le Royaume [15]. » La réponse de Jésus, comme l’intervention de Pierre, mettaient en cause toutes les femmes. On s’est demandé si le pouvoir qu’il s’attribue de rendre une femme mâle s’accorde avec celui qu’elle aurait d’opérer elle-même la transformation, ou encore s’il s’agissait du mythe primitif de l’androgyne ou, simplement, de l’association de la féminité avec le physique ou le terrestre. Il semblerait qu’il faille écarter une simple opposition ou comparaison des sexes. Le salut pour les hommes comme pour les femmes serait de transcender leur condition présente pour se revêtir de l’Homme primordial que d’autres identifient à l’Adam céleste [16].

Un demi-siècle après l’Évangile de Thomas, dans la Sagesse de Jésus-Christ, Marie-Madeleine apparaît parmi les bénéficiaires de la révélation transmise par le Ressuscité. À propos du corruptible et de l’incorruptible, elle demande : « Christ, comment connaîtra-t-on cela ? ». Elle reçoit une longue réponse [17]. Elle s’interroge aussi sur l’origine des mortels et leur destinée : « Marie lui dit : Christ saint, tes disciples, d’où sont-ils venus, où vont-ils et que font-ils en ce lieu [18] ? » On peut penser que Marie-Madeleine représente les sept femmes qui, d’après le codex de Nag Hammadi, ont suivi avec les Douze l’enseignement de Jésus [19]. Dans le Dialogue du Sauveur, de la même époque, Marie-Madeleine se fait avec Jude (Thomas) et Matthieu porte-parole des disciples et médiatrice de la connaissance reçue du Seigneur [20].

 

[11] Cf. A. Marjanen, op. cit., pp. 39-43.

[12] Logion 114 : trad. Cl. Gianotto, dans F. Bovon et P. Geoltrain, éd., Écrits apocryphes chrétiens, t. I, Paris, Gallimard, 1997, p. 53.

[13] Cf. A. Marjanen, op. cit., pp. 52-54.

[14] Logion 114 : p. 53. Cf. M. W. Meyer, « Making Mary Male : The Categories « Male » and « Female » in the Gospel of Thomas », dans New Testament Studies, 31 (1985), pp. 554-570 ; A. Pasquier, « Portrait gnostique de deux figures du quatrième évangile », dans Figures du Nouveau Testament chez les Pères, Cahiers de Biblica Patristica, 3 (1991), pp. 164-165, et tout particulièrement, dans une perspective plus générale, S. Petersen, op. cit., pp. 309-334.

[15] Cf. A. Marjanen, op. cit., pp. 38-39.

[16] Cf. H.-C. Puech, En quête de la Gnose, t. II, Paris, Gallimard, 1978, pp. 239-240 ; R. M. Grant, La gnose et les origines chrétiennes, Paris, Seuil, p. 125 ; F. Bovon, Le privilège pascal de Marie-Madeleine, pp. 53-54 ; R. Kasser, L’Évangile selon Thomas, Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, 1961, p. 120 ; A. Marjarnen, op. cit., pp. 48-52.

[17] La Sagesse de J.-C., d’après le papyrus de Berlin, 89, 20-93, 12 : texte et trad. de C. Barry, La Sagesse de Jésus-Christ (BG, 3 ; NH III, 4), Québec, Presses de l’Université Laval, 1993, pp. 62-69.

[18] Ibid., 117, 12-17 : p. 102-103.

[19] Ibid., NH III, 90 : pp. 116-117 ; cf. A. Marjanen, op. cit., pp. 57-74 ; S. Petersen, op. cit., pp. 243-248.

[20] Cf. A. Marjanen, op. cit., pp. 75-93 ; S. Petersen, op. cit., pp. 79-90.