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Le temps de l’institutionnalisation
lundi 22 septembre 2008
par Bruno MARTIN
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Le quatrième siècle voit l’église passer, dans l’espace d’une vie humaine, de la persécution ouverte et systématique (Dioclétien, 303) à une autorisation légale (312) dissimulant un véritable traitement de faveur de la part de l’empereur Constantin, puis enfin au statut de religion impériale officielle (Théodose, Edit de Thessalonique en 380). Des dispositions légales vont fixer le statut institutionnel du clergé, pendant que l’Eglise, dans le même temps, se voit obligée de préciser les règles canoniques d’appartenance à l’ordo clérical. Ces précisions juridiques posées, la voie est ouverte pour que naisse, à travers les écrits d’un Grégoire de Nysse ou d’un Chrysostome, ou à travers la pratique de l’évêque Augustin à Hippone, une véritable « spiritualité » du ministère.

I - L’institutionnalisation du clergé [1]

Dès l’édit de Milan (312), le clergé chrétien se voit l’objet d’un certain nombre de dispositions légales particulières, qui constituent, au sens étymologique, des privilèges (privata lex). Une disposition de 313 exempte le clergé des munera civilia (les charges publiques) pour le motif de sa dévolution au service divin. Les privilèges fiscaux et judiciaires suivent. Une disposition de 346, conservée dans le Code Théodosien [2] exempte les clercs de l’impôt foncier ; même chose pour les munera sordida ( les corvées) et surtout pour les charges curiales, si lourdes dans le bas empire que ceux qui y sont astreints font tout pour y échapper [3]. Au plan judiciaire, Constantin reconnaît en 318 l’audiencia episcopalis comme instance judiciaire ouverte à tous [4] ; un mouvement trop fort en direction des tribunaux épiscopaux obligera à une requalification comme simple instance d’arbitrage, une sorte de « justice de paix » qui occupait beaucoup les évêques. En 355 commence à être énoncé le privilège du « for » : un évêque ne peut être justiciable que d’un tribunal composé d’autres évêques. Un rescrit de Gratien, en 378, précise que les affaires concernant des évêques seront portées devant le pape, ou devant le métropolitain. Enfin un décret de l’empereur Honorius, en 412, précise que toute accusation portée contre un clerc sera traduite devant un juge d’Eglise.

 

[1] communication d’Anne Lefebvre, Université Paris II : L’institutionnalisation du clergé aux IVe/Ve siècles

[2] Code Théodosien, XVI, 2, 10.

[3] Les charges curiales correspondaient à nos charges municipales, mais elles étaient la plupart du temps exercées aux frais des intéressés, qui faisaient tout pour s’y soustraire. A l’exemption pour les clercs correspond en corollaire l’interdiction pour les décurions (les magistrats municipaux) d’entrer dans le clergé pour échapper à leur charge.

[4] Code Théodosien, I, 27, 1.