Arcadia et Marina, les princesses moniales
dimanche 15 mai 2016
par Pascal G. DELAGE

Arcadia et Marina étaient les sœurs cadettes de Pulcheria qui très tôt devint Augusta le 24 juillet 414 à l’âge de 15 ans mais les princesses avaient eu une sœur aînée, Flacilla, toutes-nées née de l’empereur Arcadius et d’Eudoxie. Cette première princesse nobilissima était né le 17 juin 397 [1]. Même si d’après l’évêque Nestorios de Constantinople, Flacilla mourut peu après le concile d’Ephèse en 331 [2], il semble bien que la jeune fille mourut enfant et que c’est peut-être sa mort prématurée qui fut la cause du rappel de Jean Chrysostome par l’impératrice au moment du Synode du Chêne (403), Eudoxie y voyant un signe du jugement de Dieu. Cela n’empêchera pas l’impératrice de réclamer à nouveau le bannissement de l’évêque Jean quelques semaines plus tard lorsque les relations se tendirent à nouveau entre la Cour et le Palais patriarcal. Nos sources demeurent silencieuses sur cette figure évanescente qui ne quitta jamais l’enclos sécurisant et feutré du gynécée impérial.

Troisième fille de l’empereur Arcadius et d’Eudoxie, Arcadia naquit à Constantinople le 3 avril 400. Ayant fait vœu de virginité comme ses sœurs Pulcherie et Marina, elle se consacra toute sa vie à la prière et à l’exercice de la charité. Ainsi chaque matin, ses sœurs et elle-même participaient à l’office religieux au palais avec leur frère Théodose II [3]. Les princesses s’adonnaient aussi aux soins des pauvres et à l’édification de nouvelles églises à Constantinople comme les sanctuaires de Ste-Marie-des-Blachernes, les Hodégoï et la Chalkopratéia (cette dernière élevée sur les ruines de la synagogue de Constantinople), sanctuaires où furent conservées les premières reliques mariales connues - linceul et ceinture – et vénérées à Constantinople. A titre personnel, elle fit élever le sanctuaire de St-André, le fondateur (légendaire) de l’Eglise de Byzance.

A l’occasion, les impériales sœurs résidaient dans le palais autrefois élevé par le préfet Rufin sur la rive asiate du Bosphore, et de là, elles rendaient visite au saint homme Hypatios qui avait fondé un monastère fameux dans le voisinage : Elles lui firent annoncer leur venue : « Venez, que nous vous voyons, ou bien nous irons à vous pour recevoir votre bénédiction. » Et lui, contraint à s’exécuter puisqu’elles aimaient le Christ, s’y rendit, les édifia par son exhortation, fit une prière, les bénit et se retira [4]. Arcadia dota encore la Nouvelle Rome, où elle possédait un palais, d’un établissement balnéaire sur le versant oriental de l’ancienne acropole selon la Chronique Paschale (année 396). Arcadia mourut en 444.

Dernière fille d’Arcadius et d’Eudoxie, Marina naquit à Constantinople le 10 février 403. Elle possédait également un palais en propre à Constantinople qui devint l’éponyme du quartier où elle résidait, dans la première Région de la capitale selon la Notitia Urbis Constantinopoleos ainsi qu’un domaine attesté à Attaléia en Pamphylie. Il se peut d’ailleurs que c’est le fait d’avoir plusieurs filles qui conduisit Arcadius à édicter, le 1er décembre 406, une loi relative à leur droit à posséder des propriétés [5]. Alors que l’aînée des filles portait le nom de sa grand-mère maternelle, Pulchéria celui d’une aïeule paternelle, Arcadia un nom dérivé celui de son père, il est possible que Marina ait reçu le nom de sa grand-mère maternelle, l’épouse de Flavius Bauto, nous livrant ainsi le nom de l’épouse du consul de 385. La princesse Marina devait mourir le 3 août 449.

[1] Chronique Paschale, année 397

[2] Nestorius, Le Livre d’Héraclide, 2, 2

[3] Socrate, Histoire ecclésiastique, 7, 22

[4] Callinicos, Vie d’Hypathios, 37, 3

[5] Code Théodosien, 10, 25, 1