Entretien avec... Guy-Jean ABEL
lundi 10 mars 2014
par Cécilia BELIS-MARTIN

Monsieur Guy-Jean Abel, qui êtes-vous ?

J’ai eu la chance durant ma carrière professionnelle de voyager dans l’ensemble des pays du bassin méditerranéen, et à chaque fois, j’ai essayé de découvrir les sites archéologiques de ces pays. À la retraite depuis quelques années, j’ai voulu faire partager les trésors inestimables de ce patrimoine qui nous appartient et qui est disséminé dans l’ensemble de ces pays. J’ai surtout eu une carrière comme consultant auprès de la Banque Mondiale et auprès d’institutions internationales, ce qui m’a permis de travailler dans un peu plus de cent trente-cinq pays dans le monde, essentiellement en Afrique, Asie, Europe Centrale et jusqu’à Vladivostok.

En 2006, la paroisse de Venelles a pris la décision de démolir l’église qui avait été construite en 1911, suite au tremblement de terre de 1909 qui avait rendu l’église de Venelles-le-Haut totalement inutilisable. En accord avec notre curé, nous nous sommes retrouvés à plusieurs pour essayer de faire découvrir à nos concitoyens de notre village (8 000 habitants) l’histoire de l’Antiquité tardive en Provence. Il faut vous dire que Venelles est un village neuf puisqu’il ne comptait que 650 habitants dans les années 1955.

Ce fut la genèse de votre aventure ?

Durant la construction de l’église, nous avons réalisé un cycle de quinze conférences (mars 2006 à octobre 2008) où nous avons invité les meilleurs spécialistes sur les sujets traités, à savoir :

Naissance d’une chrétienté en Provence par M. Jean Guyon, directeur émérite du CNRS ;

Les grandes figures de la chrétienté en Provence par le Père Bernard Lorenzato - le 10-01-07 ;

Archéologie et présence chrétienne à Riez par Philippe Borgard, CNRS – MMHS / Université de Provence, le 21-03 2007 ;

Naissance de la Chrétienté en Arles par Jean-Maurice Rouquette, conservateur en chef honoraire du Patrimoine et ancien directeur des recherches archéologiques d’Arles, le 14-06-07 ;

Naissance de la chrétienté à Marseille à travers Saint Salvien, Saint Cassien et Saint Victor par le Père Bernard Lorenzato, le 18-10 – 2007 ;

Marseille aux premiers temps du christianisme par Manuel Moliner, attaché de conservation du Patrimoine, Marseille, le 08-11- 2007 ;

Saint Augustin de Cantorbéry de la Provence à l’Angleterre par le Père Christophe de Dreuille, le 13-12-2007 ;

Saint Césaire d’Arles par Jean Guyon, CNRS – MMSH / Université de Provence, le 10-01-08 ;

Découvertes récentes archéologiques chrétiennes en Arles par Marc Heijmans, CNRS – Centre Lenain de Tillemont – Université de Paris IV – Sorbonne, le 28-02-2008 ;

Les Conciles de Provence du IVe au VIe siècle par Luce Pietri, professeur émérite à l’Université de Paris IV Sorbonne, le 27-03-2008 ;

Lérins, naissance de la Provence Chrétienne par Mireille Labrousse, maître de conférence, Université de Montpellier III, le 24-04 2008 ;

Aix en Provence durant l’antiquité tardive ; profil d’une cité du IVe au VIIe siècle par Nuria Nin, conservateur en chef du Patrimoine, Aix en Provence, le 22-05-08 ;

De l’influence du monachisme oriental en occident du IVe au VIe siècles par Pierre Maraval, professeur émérite à l’Université de Paris IV Sorbonne ;

Jean Cassien : un Provençal venu d’Orient par Cristian Badilita, professeur associé à la Faculté de théologie orthodoxe de Pitesti (Roumanie) ;

La fondation et les débuts du Monastère Saint Jean d’Arles par Jean-Maurice Rouquette, conservateur en chef honoraire du Patrimoine ;

Présentation de la collection Sources Chrétiennes par le père Dominique Gonnet, s.j.. Secrétaire général de l’Association des Amis de Sources Chrétiennes - (L’Institut des Sources Chrétiennes est une unité mixte de recherche du CNRS.)

Cette expérience nous a appris plusieurs choses et en premier, que le nombre de personnes intéressées par l’histoire et l’archéologie de notre région, dépassait notre village, puisqu’en moyenne nous avions entre quatre-vingt-dix et cent vingt personnes par conférence, avec plus de trois cent cinquante personnes pour la conférence de ? (manque-t-il un mot ?). Personnes venant d’Aix (8 kilomètres) pour 30 pour cent des présents, Marseille (45 kilomètres) pour 35 pour cent de participants, les communes avoisinantes pour 20 pour cent, plus 10 à 15 pour cent de personnes venant de plus de 60 kilomètres tel qu’Arles, Manosque, Brignoles, Toulon, Istres, etc…

À chaque manifestation nous proposons aux auditeurs de nous transmettre leur nom, prénom, adresse email ; ce qui nous a permis lors de la dernière conférence de collecter un fichier de plus de mille deux cents adresses. À la fin de l’année 2008 et début 2009, le projet « Marseille Provence 2013 capitale européenne » a été attribué à la ville de Marseille et sa région.

Ainsi « Aux Sources Chrétiennes de la Provence » est une toute jeune association. M. Guy-Jean Abel, pouvez-vous nous rappeler les circonstances qui ont présidé à la naissance de cette association ?

C’est à la suite de cette élection heureuse que nous avons pu créer une association qui a pour but de promouvoir et faire découvrir les sources chrétiennes de la Provence durant l’Antiquité tardive, (du IVe au VIe siècles). Elle a pour objectif d’organiser des manifestations culturelles et cultuelles ouvertes à toutes personnes (publication de document scientifiques et grands publics, de conférences, de concerts, de manifestations artistiques, de symposium scientifique ainsi que toute formes de manifestations etc.), et utiliser tous moyens de diffusion : publications, guides, etc.

C’est sur ces bases là que nous avons beaucoup travaillé et préparer un programme cohérent et un cycle de conférences intitulé "Rencontres Provence-Méditerranée ». Nous avons réalisé un peu plus de dix-sept conférences qui ont permis de réunir un peu plus de deux mille personnes durant l’année 2013.

Les thèmes étaient nombreux et les conférenciers toujours de très haute compétence. Nous avons innové en créant un site internet « Aux Sources de la Provence » qui nous a permis de mettre en valeur les conférences dans la plupart des cas.

Son objet porte donc sur la mémoire des grandes figures de l’histoire chrétienne de la Provence et de la sauvegarde de leurs legs, tant archéologiques que spirituels. Mais le ciel provençal ne vous ouvre-il pas à d’autres horizons comme en témoignent d’ailleurs la variété et l’intérêt des conférences que vous avez dernièrement programmées ?

Dès le départ du programme, nous avons l’ouvrir aux pays de la Méditerranée car les sources chrétiennes de la Provence sont liées aussi à la présence chrétienne de l’ensemble des pays du bassin méditerranéen durant l’antiquité tardive. Nous avons donc pu faire appel à des archéologues, directeurs de recherches français et étrangers qui ont su nous parler à la fois des découvertes archéologiques en Algérie, en Lybie, en Tunisie et en Suisse pour l’année 2013.

Nous avons pu aussi participer à des rencontres pour faire connaître l’archéologie provençale et l’histoire de certains sites tel que l’Île de Lérins, la Basilique Saint-Césaire d’Arles. Nous avons bénéficié d’une conférence de M. Bruno Dumézil sur Les racines chrétiennes de l’Europe qui nous a permis de situer et mieux saisir l’évolution et la présence chrétienne durant l’Antiquité tardive.

Un peu plus de dix-sept conférences ont vu le jour : toutes font l’objet d’une présentation sur notre site et sont disponibles pour la plupart d’entre elles en vidéo conférence.

Effectivement notre association n’a qu’un seul objectif : participer à la sauvegarde et la valorisation de l’Enclos Saint-Césaire d’Arles dont une grande partie du site archéologique doit nous réserver des surprises puisqu’il n’a jamais bénéficié de fouilles. Les découvertes réalisées ces dernières années nous laissent espérer plusieurs éléments inconnus à ce jour. Il y a donc là un vrai chalenge pour notre association : faire connaître le site archéologique de l’Enclos Saint-Césaire et faire connaître l’héritage philosophique, théologique, liturgique et social que nous ont transmis les sermons et les textes de saint Césaire.

Mais je voudrais aussi ajouter que, dans le cadre de nos préoccupations de promotion, nous avons réalisé durant l’année 2013 un livre intitulé L’Antiquité Tardive en Provence (IV-VIe siècle) - Naissance d’une Chrétienté, en coédition avec la société Actes-Sud. Ce livre a été réalisé grâce à la coordination de Jean Guyon, directeur émérite du CNRS et de M. Marc Heijmans, ingénieur de recherche du CNRS (Centre Camille Jullian). Il a bénéficié d’une préface de Monseigneur Claude Dagens, évêque d’Angoulême et membre de l’Académie Française, et d’une postface de M. Xavier Delestre directeur régional de l’archéologie. Il est composé de soixante communications de vingt-sept universitaires différents. Nous l’avons complété d’une note de présentation en anglais, et sur notre site internet, elle sera complétée par une notre de présentation et de synthèse en allemand.

Nous avons réalisé aussi une bande dessinée Césaire d’Arles pour laquelle nous avons bénéficié de la complicité extraordinaire de madame Marie-Josée Delage, grande spécialiste de Césaire d’Arles, car elle a à son actif quatre tomes de Sources Chrétiennes sur l’homme qui a accompagné sa vie. Elle a su nous apporter à plus de quatre-vingts ans son enthousiasme et son humour, sa compétence et son sens critique et son souci de précision.

C’est donc une aventure réalisée en groupe avec un dessinateur merveilleux et l’appui d’un coordinateur qui a su se plonger et se laisser envoûter par Césaire d’Arles. Mais nous avons fini l’année sur « les rotules » en publiant un livre Aux Sources de l’Église de Provence (Île de Lérins, Arles, Marseille et Riez…) avec la complicité du père Bernard Lorenzato et du père Olivier Pety qui nous ont permis d’éditer et compléter ce document avec quatre-vingts photos couleur et une quarantaine de pages d’annexes fort pratiques et connaître notre région pour aller plus loin.

L’enclos Saint-Césaire à Arles est intimement lié à l’histoire de votre association. Qu’en est-il aujourd’hui des perspectives de mise en valeur ?

Les perspectives de mise en valeur et valorisation du site sont à l’arrêt depuis un an. Les élections du printemps 2014 ont fortement pénalisé la recherche archéologique et la poursuite des fouilles. Nous espérons qu’une grande partie des fouilles pourra faire l’objet de travaux en 2014 et 2015, surtout dans la zone Ouest qui reste totalement inexploitée [1].

Quels sont les projets de votre association aujourd’hui tant dans le domaine des conférences à venir que dans le domaine de l’édition ?

En 2014, nous avons déjà réalisé trois conférences, et nous espérons pouvoir participer en novembre 2014 à une conférence concernant le 1700e anniversaire du 1er concile d’Arles le 1er août 214. En principe, l’Académie d’Arles reste chef de file de ce projet, mais cela ne nous empêchera pas de participer et nous mettre à la disposition de l’Académie pour cette manifestation.

Du côté édition, nous allons ralentir le rythme mais nous avons deux projets que nous voulons étudier calmement dont un qui consiste à créer un guide touristique d’archéologie paléochrétienne provençale permettant de mettre en valeur à la fois les sites archéologiques, les objets liés à la période paléochrétienne et aux éponymes fort nombreux que nous trouvons en Provence.

Nous avons aussi un projet à l’étude d’une bande dessinée, mais nous souhaitons prendre du recul car c’est une aventure lourde où le niveau de compétence demandé est très fort si on veut être constructif.

Une conviction forte que vous aimeriez partager à nos amis internautes ?

Nous avons toujours l’impression de faire nos premiers pas sur la toile, et d’être donc en retard. Il nous paraît difficile de définir une bonne stratégie à moyen terme (24-36 mois), mais en revanche, nous restons ouverts pour rencontrer des personnes qui savent accompagner des structures comme les nôtres.

Merci M. Abel pour cette interview.

Nous vous remercions de votre accueil, et espérons avoir beaucoup de visiteurs sur notre site internet « Aux Sources de la Provence ».

[1] cf. le document : L’avancement des fouilles de l’Enclos St-Césaire