Humeur élastique
mardi 20 décembre 2011
par Annie WELLENS

Remarquez-vous la prolifération du mot « rebondir » dans les conversations et les discours ? Exemple économique : « après la crise financière, le pays va devoir rebondir » ; exemple politique : « après l’échec de notre parti aux élections, les militants sont appelés à rebondir », sans compter les débats télévisés où un protagoniste s’empresse de « rebondir » sur la dernière phrase de son interlocuteur. Du côté des petits maîtres du « coaching » et du « développement personnel » le mot foisonne encore davantage : vous êtes atteints par la maladie ou par le deuil ? Allez, hop ! belle occasion pour vous de rebondir encore et encore. L’emploi illimité de ce mot me gêne autant que les images mécaniques qu’il suscite, même si je veux bien entendre ici que « rebondir » est pris au sens figuré. Mais Lamartine confirme mon propos en évoquant la chute d’un fleuve : De rochers en rochers et d’abîme en abîme, il tombe, il rebondit, il tombe . De même, une balle, laissée à elle-même, peut rebondir tant qu’elle peut, le moment de son arrêt définitif arrivera inéluctablement.

J’en étais là de mes réflexions quand, relisant un commentaire d’Ambroise de Milan sur les psaumes, je fus éblouie par ces lignes : le Christ bondit du ciel dans le sein de la Vierge, du sein de la Vierge dans la crèche, de la crèche au Jourdain, du Jourdain à la croix, de la croix au tombeau, du sépulcre au ciel. Si le Verbe de Dieu s’y met aussi, je dois reconsidérer le sujet d’un autre œil et d’une autre oreille. Encore convient-il de préciser que chez Ambroise, il est question des « bonds du Verbe » décidés en toute liberté, non de rebondissements automatiques. En écho au psaume 19 : Il a planté sa tente en plein soleil. Et lui, comme un époux sortant de sa chambre nuptiale, il a bondi comme un géant pour courir sa route. Un bel élan pour une période de rentrée ou de fin d’année.

Publié dans le bulletin MCR Charente-Maritime de l’automne 2011.