Grégoire de Nysse
Sur les usuriers
vendredi 9 mai 2008
par Pascal G. DELAGE

Comment prieras-tu, toi, l’usurier ? De quel front demanderas-tu à Dieu une grâce, toi qui reçois toujours et ne sais pas donner ? Ignores-tu que ta prière ne fait que lui rappeler ton inhumanité ? Où as-tu pardonné pour implorer le pardon ? Qui t’a inspiré de la pitié pour qu’à ton tour tu l’invoques ?

Peut-être fais-tu l’aumône. Mais d’où la tires-tu sinon de tes rapines cruelles, de la souffrance, des larmes, des soupirs ? Si le pauvre savait d’où vient ton offrande, il la refuserait parce qu’il croirait mordre à la chair de ses frères et sucer le sang de ses proches. Il t’adresserait ces courageuses paroles :

« N’assouvis pas ma soif avec les larmes de mes frères. Ne donne pas au pauvre le pain pétri avec les sanglots de mes compagnons de misère. Remets à ton semblable ce que tu lui as injustement réclamé et je t’en serai bien reconnaissant. A quoi bon consoler un pauvre si tu en fais cent ? Sans cette foule d’usuriers, il n’y aurait point cette foule de pauvres. Dissous ta clique, et nous saurons bien nous débrouiller ».

Grégoire de Nysse, Sur les usuriers, 6.