Vincentia de Ravenne
lundi 20 février 2017
par Pascal G. DELAGE

Certes Vincentia (ou encore Vicentia) appartient indubitablement à la mémoire de l’Eglise de Ravenne. Suivant une légende hagiographique recueillie par Andreas Agnellus au début du IXe siècle [1], elle aurait été l’épouse d’un artisan de la laine, Severus, à qui elle aurait donné une fille, Annocentia (ou Innocentia).

A la mort de l’évêque Marcellinus, alors que les chrétiens se rassemblaient pour élire un nouvel évêque, l’artisan prévint sa femme qu’il allait lui aussi se rendre à la cathédrale. Celle-ci rétorqua qu’il ferait bien mieux de rester à la maison et que ses vêtements lui feraient honte au milieu des patriciens. Comme il insistait pour se rendre à l’assemblée, elle lui répondit ironiquement qu’il y aille pour s’y faire élire évêque. Se tenant au fond de l’église alors que l’assemblée était déjà en prière, une colombe vint se poser sur lui. Il eut beau la repousser, l’oiseau revenait sans cesse vers lui, au point d’attirer l’attention de ses coreligionnaires sur lui. C’est ainsi qu’il devint le 11e évêque de Ravenne selon le Liber Pontificalis Ecclesiae Ravennatis. Severus fut encore prévenu de façon miraculeuse de la mort de Germinianus, l’évêque de Modène.

Severus de Ravenne est toutefois bien attesté historiquement car il siégea en 343 au concile de Sardique (Sofia) dans une assemblée réunie pour innocenter Athanase d’Alexandrie face aux accusations portées contre lui par des évêques orientaux. Il dut mourir vers 348 et était honoré comme un saint par l’Eglise de Ravenne au moins depuis le VIe siècle. C’est à cette époque qu’il est représenté aux côtés de trois autres évêques de Ravenne, Ecclesius, Ursus et Ursinus, dans la mosaïque absidiale de Saint-Apollinaire in Classe.

Epouse d’un évêque du IVe siècle, il est fort peu probable que Vincentia connut le martyre : la tradition ravennate rapporte qu’elle fut inhumée tout comme sa fille par Severus dans un sepulcrum du port de Ravenne, Classis. Ce mausolée où fut inhumé à son tour Severus un 1er février, a été retrouvé récemment par les archéologues. Il avait été fondé dans les ruines d’une domus du Haut-Empire, une inscription portant le nom de Severus y était encore conservée et, bien sûr, aucune trace d’un culte martyrial n’entourait le souvenir de Vincentia ou de son époux. Si martyre il devait y avoir et si on accorde quelque créance aux légendes rapportées par Agnellus, c’est Severus qui aurait été victime du caractère peu amène de son épouse…

[1] Andreas Agnellus, Liber pontificalis, 13-15