Caritaspatrum
Accueil du siteLES MERES DE L’EGLISE ET AUTRES DAMESMarie-Madeleine, témoin et apôtre
Dernière mise à jour :
vendredi 15 janvier 2021
Statistiques éditoriales :
883 Articles
1 Brève
82 Sites Web
69 Auteurs

Statistiques des visites :
299 aujourd'hui
1837 hier
1086596 depuis le début
   
Données évangéliques
mercredi 15 juillet 2015
par Emilien LAMIRANDE
popularité : 11%

La narration de Jean est différente et Marie-Madeleine y tient plus de place. C’est elle seule qui découvre le tombeau vide et avertit Pierre et le disciple que Jésus aimait. Elle fait la rencontre de Jésus, pris pour le jardinier et qui se fait reconnaître en disant « Marie », mais en refusant de se laisser retenir puisqu’il n’est pas encore monté vers le Père. Il la mandate auprès des siens : « mais va trouver les frères et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Marie-Madeleine accomplit ce qui lui est demandé et « va donc annoncer aux disciples qu’elle a vu le Seigneur et qu’il lui a dit ces paroles » (Jn 20, 1-18). P. Benoît comparait ainsi la version de Jean, qui a pu avoir connu elle-même une assez longue histoire, et celles des autres évangélistes qui lui sont antérieures :

La « pointe » du récit synoptique était un énoncé du kérygme de la résurrection, appuyé sur la constatation du tombeau vide ; chez Jn c’est une manifestation de l’état nouveau, spirituel, glorieux, où Jésus se trouve placé par son triomphe sur la mort. Le message confié à Marie-Madeleine tient dans le Noli me tangere et dans l’annonce de l’Ascension imminente [24].

On s’est interrogé à la fois sur l’ancienneté et l’authenticité des traditions concernant Marie-Madeleine. Benoît estimait que le récit primitif sous-jacent à Jn 20, 1-10 et à Lc 24, 12, incluait la scène du tombeau ouvert, aperçu par les femmes dont Marie-Madeleine, puis par Pierre et d’autres apôtres alertés par elles. Il lui semblait aussi que le privilège accordé à Marie-Madeleine et à ses compagnes constituait un argument en faveur d’une tradition archaïque : « Au reste, le fait d’une apparition de Jésus accordée d’abord à des femmes n’est pas sans se défendre par lui-même. Car il portait une certaine atteinte à la prééminence des Apôtres et la communauté primitive eût été plus encline à le supprimer qu’à l’inventer [25]. » Un spécialiste des apocryphes, F. Bovon insistait lui aussi sur le caractère à la fois archaïque et ecclésial des récits : « Ces textes reflètent plutôt une revendication ecclésiastique et cherchent, comme les autres, à établir l’autorité d’un témoin en l’espèce une femme… » Il ajoutait : « le personnage historique de Marie de Magdala a été associé de tout temps à l’événement de Pâques, fondateur de l’Église [26]. »

D’autres, à la suite de Benoît, résument ainsi : « Marie-Madeleine joue un rôle médiateur très important entre le tombeau vide et les disciples d’abord, puis entre le Christ qui monte au Père et les disciples. Elle est deux fois messagère : du tombeau vide, puis de la glorification, – du négatif et du positif, qui ne sont d’ailleurs que les deux faces d’une même réalité [27]… » Hengel proposait de bien marquer à propos de Marie-Madeleine, deux étapes : la visite du tombeau vide, dans un climat de désarroi, alors que beaucoup s’étaient dérobés, et l’apparition du ressuscité qui restaure chez elle, et chez d’autres en partie grâce à elle, l’assurance [28]. La version de Jean, qui oblige à s’interroger sur l’être du ressuscité a retenu de préférence l’attention des premiers commentateurs comme de ceux d’aujourd’hui qui s’orientent souvent aussi vers la théologie [29].

Les Évangiles attestent donc sans réticence que des femmes ont joué avant et après la mort de Jésus un rôle reconnu par les communautés et que, parmi elles, Marie-Madeleine occupe une place à part. Dans les quatre, on trouve à son propos le verbe apangellô : elle annonce ou fait connaître le message essentiel dont elle est chargée.

(article publié une première fois dans la revue Science et Esprit, n° 56 (2004), pp. 256-283 et reproduit avec l’aimable autorisation du directeur de la collection, Michel Gourgues)

 

[24] P. Benoît, Marie-Madeleine et les disciples au tombeau selon Jn 20, 1-18, d’abord publié en 1960 dans les Mélanges J. Jeremias, et repris dans Exégèse et Théologie, t. III, Paris, Cerf, 1968, p. 274.

[25] Ibid., Exégèse et thélogie, t. III, pp. 281-282 ; cf. Id., Passion et résurrection du Seigneur, Paris, Cerf, 1966, pp. 293-295 ; G. O’Collins et D. Kendall, Mary Magdalene as major witness to Jesus’ Resurrection, dans Theological Studies, 48 (1987), pp. 631-646.

[26] F. Bovon, Le privilège pascal de Marie-Madeleine, dans New Testament Studies, 30 (1984), p. 51.

[27] L. Dupont, C. Lash et G. Lemaire, Recherche sur la structure de Jean 20, dans Biblica, 54 (1973), p. 486.

[28] M. Hengel, loc. cit., pp. 253-255.

[29] D’un autre point de vue, J. Schaberg, op. cit., pp. 206-225, attire l’attention sur une série de problèmes que pose le texte des évangiles.