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Accueil du siteLES MERES DE L’EGLISE ET AUTRES DAMESMarie-Madeleine, témoin et apôtre
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vendredi 25 septembre 2020
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Données évangéliques
mercredi 15 juillet 2015
par Emilien LAMIRANDE
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La plupart des sources anciennes distinguent Marie de Magdala de Marie de Béthanie et de la pécheresse ou ignorent le problème. Malgré une approche héritée de vieilles controverses – il entendait réfuter la prétention des auteurs français qui revendiquaient l’unanimité de la tradition en faveur de l’identité – U. Holzmeister, avec une érudition éblouissante, s’est appliqué à cataloguer les partisans de toutes les opinions [9]. Il montre d’abord qu’il n’y a pas d’unanimité sur l’identité ou la distinction de Marie de Béthanie et de la pécheresse. Il établit ensuite que la tradition orientale rejette l’identification de l’une ou de l’autre avec Marie-Madeleine, alors qu’à partir d’Ambroise et d’Augustin l’Occident se met à douter. On rend particulièrement responsable de l’amalgame Grégoire le Grand († 604) qui affirmait : « Cette femme que Luc nomme une pécheresse et que Jean appelle Marie, c’est la même femme dont Marc nous dit que le Seigneur en avait chassé sept démons [10]. » Il sera suivi par l’ensemble des latins, même si plusieurs restent conscients de l’ancienne diversité des opinions ou expriment des réserves [11].

Apparu au VIIIe siècle en Occident, le culte de Marie-Madeleine a connu un essor considérable en France avec la vénération de ses reliques à Vézelay, puis la légende de l’installation en Provence de la famille de Béthanie et le pèlerinage de la Sainte-Baume, théâtre supposé de la pénitence de la sainte [12]. On a pu écrire que trois mots la symbolisent : « les parfums, les larmes et les cheveux [13]. » L’expression « pleurer comme une Madeleine » a souvent suffi à camper le personnage.

 

[9] U. Holzmeister, Die Magdalenfrage in der kirchliche Überlieferung, dans Zeitschrift für katholische Theologie, 46 (1922), pp. 402-422, 556-584.

[10] cf. Gregorius Magnus, Hom. in euangelia, 33, 1 : Patrologia latina (PL) 76, col. 1239.

[11] Cf. U. Holzmeister, loc. cit., pp. 582-584. Les Bollandistes avaient eux-mêmes défendu la position prétendument traditionnelle : Acta Sanctorum, Iulii, t. V, Paris-Rome, V. Palmé, 1868, pp. 188-218.

[12] Cf. V. Saxer, Le culte de Marie-Madeleine en Occident, des origines à la fin du moyen âge, Auxerre, Société des fouilles historiques, et Paris, Librairie Clavreuil, 1959, où il y a relativement peu sur le haut Moyen Âge ; Id., Les origines du culte de Marie Madeleine en Occident, dans E. Duperray, éd., Marie Madeleine dans la mystique, les arts et les lettres. Actes du colloque international, Avignon, 1988, Paris, Beauchesne, 1989, pp. 33-47 ; P.-M. Guillaume, art. Marie-Madeleine, dans Dictionnaire de Spiritualité, t. 10, col. 569-575 ; E. Pinto-Mathieu, Marie-Madeleine dans la littérature du Moyen Âge, Paris, Beauchesne, 1997, qui couvre la période de Grégoire le Grand à la fin du XVe siècle ; K. L. Jansen, The Making of the Magdalene. Preaching and Popular Devotion in the Later Middle Ages, Princeton, Princeton University Press, 2000.

[13] J.-L. Backès, Les parfums de Madeleine, dans A. Montandon, dir., Marie-Madeleine figure mythique dans la littérature et les arts, Paris, Presses Universitaires Blaise Pascal, 1999, p. 23.