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Accueil du siteLES MERES DE L’EGLISE ET AUTRES DAMESMarie-Madeleine, témoin et apôtre
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vendredi 15 janvier 2021
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Données évangéliques
mercredi 15 juillet 2015
par Emilien LAMIRANDE
popularité : 11%

I - Rappel des données évangéliques sur Marie-Madeleine

1. L’amalgame effectué en Occident

Après la mère de Jésus, Marie-Madeleine, parmi les femmes mentionnées dans le Nouveau Testament, est certainement celle dont le souvenir est demeuré le plus vivace. Les Évangiles précisent qu’elle était originaire de Magdala (sur le lac de Galilée [5]), qu’elle a suivi et assisté Jésus durant sa vie publique (Mc 15, 41 ; Lc 8, 2), qu’elle a été délivrée par lui de sept démons, ce qui peut se comprendre d’une quelconque affliction mentale ou physique (Mc 16, 9 ; Lc 8, 2) [6]. On la retrouve lors de la crucifixion (Mc 15, 40-41 ; Mt 27, 55-56 ; Jn 19, 25) et de l’ensevelissement (Mc 15, 47). Elle découvre ensuite le tombeau vide, voit le Seigneur et devient l’annonciatrice de la résurrection (Mc 16, 1-8 ; Mt 28, 1-11 ; Lc 23, 55-24, 1-12 ; Jn 20, 1-18). Marie-Madeleine et ses compagnes avaient apporté des aromates et des parfums (arômata kai mura) c’est pourquoi on les appelle souvent Myrophores. Jean Chrysostome fait d’elles un remarquable éloge :

Tel est le spectacle auquel assistent les femmes, qui sont le plus portées à la compassion et aux lamentations. Veuille réfléchir combien elles étaient assidues (auprès du Christ). Elles le suivaient en lui prêtant leurs services et ne le quittaient même pas durant le danger. Aussi contemplaient-elles tout ce qui se passait : comment il poussa un cri, comment il rendit son dernier soupir, comment les rochers s’entrouvrirent, et tout ce qui s’ensuivit. Les mêmes voient, les premières, Jésus (ressuscité). Le sexe féminin, qui est le plus condamné, goûte les prémices de l’heureuse réalité. Ceci, surtout montre leur courage, les disciples s’enfuient, elles restaient à leur place [7].

En Occident, on a depuis longtemps identifié Marie-Madeleine à Marie de Béthanie, celle qui avait choisi la meilleure part (Lc 10, 38-42), ainsi qu’à la pécheresse anonyme qui, chez Simon le pharisien, arrosait de ses larmes les pieds de Jésus qu’elle avait oints de parfum et essuyait de sa chevelure (Lc 7, 36-43). Au départ, on s’était interrogé sur les trois récits d’onctions faites à Jésus par une femme. Dans Mc 14, 3-9 et Mt 26, 6-11, la scène se passe à Béthanie, chez Simon le lépreux, et la femme qui oint la tête demeure anonyme ; dans Lc 7, 36-50, on est en Galilée chez Simon le pharisien et une pécheresse oint les pieds ; enfin dans Jn 12, 1-8 (cf. 11, 1-2) on se retrouve à Béthanie et c’est Marie, sœur de Lazare qui oint encore les pieds. Dans tous les cas, devant ces marques d’attention, Jésus répond par des louanges aux critiques des disciples. Il fallait se demander s’il y avait eu une ou plusieurs onctions, une ou plusieurs femmes. L’exégèse ancienne oscille [8]. Au début, Marie-Madeleine restait en dehors de cette problématique qu’on se plut ensuite à compliquer. D’un côté, pour harmoniser parfaitement les Évangiles on en est venu à suggérer qu’il y avait eu trois ou même quatre femmes à oindre la tête ou les pieds de Jésus et, de l’autre, qu’il y avait eu deux Marie de Magdala à venir au tombeau, à différentes heures. Par ailleurs, surtout en Occident, une tendance à identifier Marie de Magdala à Marie de Béthanie et, ensuite, à la pécheresse de Luc ou aux deux, se manifeste aussi.

 

[5] Sur les fouilles archéologiques et l’état des lieux : J. Shaberg, The Resurrection of Mary Magdalene. Legends, Apocrypha, and the Christian Testament, New York-Londres, Continuum, 2002, chap. 2.

[6] Cf. J. Sickenberger, Ist die Magdalen-Frage wirklich unlösbar ? dans Biblische Zeitschrift, 17 (1926), pp. 65-68.

[7] cf. Joh. Chrysostomus, In Matthaeum hom. 88, al. 89, 2 : Patrologia graeca (PG) 58, col. 777 ; trad. C. Gianelli, Revue des Études byzantines, 11 (1953), p. 108.

[8] M.-J. Lagrange, Jésus a-t-il été oint plusieurs fois et par plusieurs femmes ? Opinion des anciens écrivains ecclésiastiques, dans Revue Biblique, 9 (1912), pp. 504-532.