Décès de Mme Marguerie HARL
samedi 5 septembre 2020

Le Professeur Marguerite Harl est décédée dimanche 30 août 2020, à Paris, à l’âge de 101 ans. Élue en 1959 à la Sorbonne et élève de Henri-Irénée Marrou, elle avait été l’une des chevilles ouvrières du Centre Lenain de Tillemont, dont notre équipe est issue, et avait contribué, aux côtés de Jacques Fontaine, à développer les études patristiques à l’université française, autour de son travail sur Origène et les Pères grecs.

Née à Dax le 3 avril 1919 dans une famille ariégeoise, Marguerite Bayle grandit marquée par le catholicisme libéral de sa mère et l’agnosticisme de son père. Un contraste sans tension, comme ce fut le cas pour Henri-Irénée Marrou (1904-1977), qui devait encadrer la thèse de Marguerite Harl. Au collège d’Albi, l’adolescente est de la première génération de filles à laquelle on propose l’apprentissage du grec. A Toulouse, en 1936, elle entreprend des études de lettres classiques et, reçue à l’agrégation en 1941, est nommée professeure au lycée de Cahors. Mais la guerre la mobilise et elle aide son frère à s’évader et à rejoindre l’Afrique du Nord.

En marge de son enseignement, Marguerite Bayle s’intéresse à l’histoire du christianisme, à l’art et la symbolique médiévale mais aussi, plus ardu, aux Pères de l’Eglise. Aussi, après deux années au lycée Saint-Sernin à Toulouse, elle prend une année de congés pour choisir un sujet d’études personnel. Quelques rencontres s’avèrent décisives (Henri-Irénée Marrou en Sorbonne, Henri-Charles Puech (1902-1986) à l’Ecole pratique des hautes études, Jean Daniélou (1905-1974) à l’Institut catholique de Paris) pour arrêter son choix sur le père de l’exégèse biblique, Origène d’Alexandrie.

Elle avait également lancé dans les années 1980 le projet « La Bible d’Alexandrie » (traduction annotée de la Septante), projet tout à fait novateur à l’époque - pour la première fois, la Septante était traduite en français, et étudiée comme un texte grec - et qui est encore inscrit au programme de l’équipe. Son livre important, Origène et la fonction révélatrice du Verbe incarné (1958), venait d’être réédité aux Belles Lettres.