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Accueil du siteCHRISTIANISATION DE L’AQUITAINEAu Ve et VIe siècle en Aquitaine.
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vendredi 25 septembre 2020
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VIENT DE PARAITRE
mardi 15 septembre

Bernadette CABOURET

LA SOCIETE DE L’EMPIRE ROMAIN D’ORIENT : IVe-VIe SIECLE

On peut choisir d’étudier l’Empire romain par le biais des événements généraux et des vicissitudes militaires ou politiques, on peut faire l’histoire des grands hommes en suivant des sources antiques qui les ont privilégiés. Mais on peut aussi s’intéresser aux composantes anonymes de la société qui a incarné cette histoire. Les femmes et les hommes qui ont peuplé villes et campagnes de l’Orient romain sont ici présentés en une période particulière, celle de l’Antiquité tardive. Pourquoi l’Antiquité tardive ? C’est une époque de bouleversements et de profonds remaniements : le gouvernement impérial devient un dominat, l’Etat impose des contraintes qui sont vivement ressenties et l’économie se transforme, la séparation est consommée entre l’Orient et l’Occident et le christianisme modifie les comportements, les pensées, bref paraît irriguer et informer la société.

Éditeur : Presses Universitaires Rennes

ISBN : 978-2753579835

 
L’Eglise d’Aquitaine au Ve s. ou de l’art de gérer les transitions
vendredi 10 mars 2017
par Pascal G. DELAGE
popularité : 4%

Challenge pour l’encadrement des communautés.

Qu’il s’agisse de Maracharius, Leontius ou de Cronopius, les sources littéraires - mais qui sont toutes d’origine épiscopale - insistent sur l’œuvre édilitaire de ces évêques du VIe siècle. Sous les auspices du pouvoir franc, les pontifes construisent et rénovent. A côté de ses interventions saintaises, Leontius de Bordeaux est à l’origine des églises rurales de Saint-Denis-de-Pile dans le Bordelais, de Pompéjac et de Vernemet en Agenais. Saffarius de Périgueux est célébré par une inscription trouvée sur place comme l’auteur de l’église de Fleix (« Au nom du Christ, Saffarius, évêque, a édifié la maison de Dieu » [6]). Apthonius est associé à la reconstruction de la cathédrale qui, fait rare, change de titulature et de Saint-Saturnin devient Saint-Pierre [7]. Palladius de Saintes rénove la vieille cathédrale, y établit treize autels et demande à cet effet des reliques à Grégoire Ier, l’évêque de Rome qui lui envoie des brandea des martyrs Pierre et Paul, Laurent et Pancrace [8], il développe le culte de saint Eutrope pour qui il fait édifier une nouvelle basilique pour y transférer le corps du martyr [9]. La protection de Clovis et de ses successeurs s’accompagne dès le début du VIe siècle d’une politique prestigieuse de construction et de rénovation qui ne mobilise pas uniquement l’épiscopat : à Poitiers, l’abbé Fridolin entreprend des travaux de grande envergure à Saint-Hilaire.

La christianisation va reposer principalement sur deux axes : l’intégration au corps ecclésial par la liturgie baptismale dont les évêques demandent à ce qu’elle continue à se dérouler à Pâques dans le baptistère qui jouxte la cathédrale (cf. le baptistère Saint-Jean à Poitiers, celui retrouvé il y a peu à Limoges) et l’extraordinaire vogue des pèlerinages associés aux cultes des reliques dont un des aspects majeurs est de permettre à des chrétiens « de base » de passer dans la clientèle d’un saint prestigieux qui le protégera des puissants, des démons et de la maladie. Cette recherche de protection se poursuivait post-mortem par l’inhumation ad sanctos (auprès du saint), ce qui donnera naissance aux grandes nécropoles suburbaines (Saint-Seurin à Bordeaux, Saint-Hilaire à Poitiers, saint-Ausone à Angoulême, Saint-Eutrope ou Saint-Vivien à Saintes) Mais cela n’est pas si simple que ça. Si les évêques se sont assurés assez rapidement le contrôle des « corps saints » en transférant les reliques ou les « corps saints » dans une église publique comme le fait Palladius pour le martyr Eutrope ou en monumentalisant une memoria de droit privé, cela devenait plus difficile quant à l’encadrement des populations rurales dont la pratique religieuse tournait autour des oratoires fondés par les puissants dans leurs villae (Thaims pour la Charente-Maritime, Camblanes, Saint-Germain-du-Puch ou Targon en Gironde, Séviac dans le Gers par exemple…).

Certes ces oratoires étaient consacrés par l’évêque local comme à l’époque précédente ainsi que l’évoque Grégoire de Tours : « J’ai dédié des églises et des oratoires et je les ai honorés des reliques des saints » [10] mais ils échappent le plus souvent au contrôle épiscopal au profit des seigneurs qui les ont fondés. Tout au long du VIe siècle, les évêques ne cessent de se plaindre des libertés que s’accordent les potentes de leur diocèse ainsi que les clercs qui desservent leurs lieux de culte. Ainsi le concile d’Agde distingue la parrochia où l’assemblée est légitime et régulière de l’oratorium qui est de statut privé (c. 21, repris par le c. 25 à Orléans en 511). Mais il n’est nullement remis en cause le droit pour les aristocrates de fonder des églises, les évêques réunis en concile à Orléans suggérant presque timidement qu’on veuille bien leur demander la permission de fonder un nouvel oratoire (c. 7 à Orléans). De fait en raison de la taille des diocèses aquitains et de la théologie augustinienne du baptême, il est devenu nécessaire d’installer des relais ecclésiaux au plus près des populations rurales, au risque de fractionner la communion ecclésiale rassemblée autour de son évêque. Le concile d’Orléans insiste pour que tous les chrétiens se rassemblent à la cathédrale pour les grandes fêtes : « qu’il ne soit permis à aucun chrétien de la ciuitas de célébrer dans son domaine les solennités de Pâques, de la Nativité et de la Pentecôte sauf lorsqu’il sera établi que la maladie l’a retenu » (c. 25). Le renouvellement de cette mise en garde en 535 nous laisse entendre que les puissants dorénavant n’ont guère besoin de l’évêque pour pratiquer leur religion. Certes l’évêque doit ordonner les desservants des servants ruraux mais ceux-ci sont « présentés » par les propriétaires de grands domaines et s’affranchissent parfois même de l’autorité de l’évêque en se couvrant de l’autorité de leur maître (c. 33 et c. 26 du concile d’Orléans en 541). Si au VIe siècle, les évêques espèrent encore transformer les oratoria in agro proprio en paroisses placées sous leur juridiction, les nouveaux seigneurs issus de la fusion des aristocraties franque et gallo-romaine se réserveront en fait le contrôle de ces sanctuaires pour mieux affirmer leur pouvoir sur les populations qui leur sont soumises. On peut peut-être percevoir un écho de cette tension dans le conflit qui opposera l’évêque Palladius de Saintes au comte Antestius [11]. Si, de fait, il est d’abord reproché à Palladius un crime de lèse-majesté, il est notoire que l’évêque a été lâché par les nobles et les clercs saintais, en tout cas c’est ce que veut nous faire entendre Grégoire de Tours qui n’aime pas Palladius.

 

[6] Inv. n° G 361

[7] cf. Adhémar de Chabannes, Chronique, 29

[8] cf. Grégoire le Grand, Ep. 6,49

[9] cf. Grégoire de Tours, De la gloire des martyrs, 56

[10] cf. Grégoire de Tours, Histoire des Francs, 10, 31

[11] cf. Grégoire de Tours, Histoire des Francs, 8, 43