Asterius d’Amasée
Homélie sur l’avarice
samedi 10 mai 2008
par Pascal G. DELAGE

L’avarice est la mère de l’inégalité qui subsiste entre les hommes ; c’est elle qui étouffe dans les âmes tout sentiment de compassion et d’humanité pour y substituer la dureté et la barbarie ; c’est elle qui a établi ces différences de conditions dans la vie, qui a voulu que les uns, rassasiés de richesses, les rejetassent par satiété, comme on rejette un aliment incommode, tandis que d’autres, pressés par la faim, réduits à la plus extrême misère, ont à lutter contre les rigueurs de la détresse : les uns vivent sous des lambris dorés, embellis par les chefs-d’oeuvre des arts ; ils habitent des palais qui par leur étendue ressemblent à des villes ; là on voit de vastes salles de bains, d’immenses portiques resplendissants d’éclat et de luxe ; d’autres n’ont pas seulement le toit d’une planche pour se mettre à l’abri, ils ne peuvent échapper à l’intempérie des saisons qu’en se réfugiant sous les galeries, et lorsque d’impitoyables gardiens les chassent de cet asile, ils sont réduits, comme certains animaux immondes, à creuser la terre et à s’y enfoncer pour conserver un reste de chaleur.

Oh ! déplorable inégalité dans la condition des hommes que la nature avait destinés à être tous égaux en dignité ! Ce renversement des principes naturels, c’est à l’avarice qu’il faut le rapporter… Qu’il eût été plus juste que ce riche fastueux, tout en satisfaisant son goût pour les délices de la table, eût employé le prix de ce riche meuble à fournir des aliments à ceux qui souffrent la faim !

Asterius, Homélie sur l’Avarice, PG 40.