Quand Bacchus s’intéresse aux Pères...
mardi 15 juillet 2008
par Annie WELLENS

N’imagine surtout pas, très cher Bessus, en voyant la date tardive de mon courrier, que j’ai pu faire naufrage en mettant le cap sur Caritaspatrum ou bien que j’ai refusé de quitter les arbres bénis de Condat, préférant demeurer à leur ombre pour y cultiver la mémoire des saints frères Romain et Lupicin. Il n’en est rien…

Ta missive m’avait enflammé au point de désirer tendre les voiles dès le lendemain de sa réception. Mais mon épouse, la très sage Silvania, ne l’entendit pas de cette oreille. Non qu’elle voulut m’empêcher de gagner le large mais bien plutôt prétendait-elle partir en ma compagnie. « Si Votre Charité me le permet, lumière de mon âme » a-t-elle ajouté en posant ses mains sur les miennes, connaissant d’expérience le pouvoir de cette phrase et de ce geste sur ma volonté.

Dans un premier temps je redoutai que l’esprit malin de la jalousie n’obscurcisse le sien car je m’étais montré devant elle fort curieux des Dames d’Aquitaine et d’Arménie que tu me recommandais de visiter. Mais très vite je dus reconnaître la noble inspiration de sa demande : depuis des années elle lit et relit un récit de voyage écrit par une femme qui visita les saints lieux d’ Egypte et de Palestine vers l’an 400, et ma Silvania, quelque deux cents ans après, rêvait d’effectuer elle aussi un pèlerinage. Pérégriner vers Caritaspatrum lui apparut dès lors comme un don du ciel qui lui permettrait en outre de trouver trace chez les Dames d’Aquitaine de l’auteur du Journal de voyage tant lu et relu. Elle est persuadée qu’il s’agit d’une lointaine ancêtre, Silvia. Ayant recoupé ce texte avec d’autres écrits de la même période (tu partages mon goût pour les archives…) je penche, quant à moi, pour une certaine Ethérie ou Egérie. Ce fut longtemps un sujet d’affectueux désaccord entre nous.

C’est donc ainsi que je différai d’une semaine l’embarquement pour permettre à Silvania de prévoir au mieux, tout en laissant l’imprévisible à la providence de notre Père des cieux, la vie sur notre modeste domaine pendant notre absence : la vigne réclamait d’être taillée et deux brebis de notre petit troupeau allaient bientôt mettre bas.

Maintenant que tout est bienheureusement accompli je ne cesse de remercier mon épouse : la découverte commune des multiples voies et chemins de Caritaspatrum a fait grandir notre capacité de louange et notre voyage en ce site merveilleux pour l’intelligence du coeur a renouvelé la grâce de notre union. Rien ne me fut plus précieux que la jubilation de ma compagne lorsque nous découvrîmes l’histoire de Silvia récemment archivée sous l’appellation Une pieuse belle-soeur, Silvia d’Aquitaine. A mon tour de te conseiller une nouvelle navigation vers ce site qui offre toujours de nouvelles richesses n’effaçant pas celles qui les précèdent. A ton tour de découvrir, outre l’histoire de Silvia, un précieux index pour retrouver toutes les femmes, qu’elles soient matrones, martyres ou femmes du monde, que ton goût pour l’histoire de nos origines chrétiennes te porte à vouloir connaître. Nous sommes repartis malheureusement avant l’arrivée annoncée d’ Euphémie de Chalcédoine, mais avons pu néanmoins prendre le temps de saluer le saint évêque de Rotomagus Jean-Charles, digne successeur des saints épiscopes Victrice, Filleul et Evode, connu pour son engagement envers nos maîtres les pauvres. L’Enigmatique matrone de Bazas tout juste installée sur le site a failli nous faire manquer l’heure de la marée haute nécessaire pour relancer notre esquif en vue du retour, tellement ma Silvania bien-aimée désirait s’attarder en la compagnie de cette voyageuse intrépide si proche spirituellement et géographiquement de Silvia.

Malgré notre éloignement, mon très cher Bessus, la même joie nous unit. Porte-toi bien dans la concorde de Dieu.

Bacchus