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Saint Jérôme : Traité contre l’hérétique Vigilance ou Réfutation de ses erreurs.
dimanche 20 janvier 2013
par Pascal G. DELAGE
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9. A l’égard des veilles que font souvent les fidèles dans les églises des martyrs, il y a environ deux ans que j’en parlai dans une lettre que j’écrivis au saint prêtre Riparius [36] : « Si tu crois qu’il faille abolir cette coutume pour ne pas paraître célébrer souvent la fête de Pâques, à laquelle cette cérémonie s’observe tous les ans, je te dirai qu’il ne faut donc pas non plus célébrer le dimanche, de peur de paraître renouveler plusieurs fois en un an le mystère de la résurrection de notre Sauveur et d’avoir non une seule fête de Pâques, mais plusieurs chaque année. » « Si des jeunes gens et quelques femmes peu sages commettent des irrévérences pendant ces veilles, tu ne dois pas en accuser les personnes saintes qui ont de la dévotion puisque pareilles impiétés se commettent même aux veilles des fêtes de Pâques. D’ailleurs, les irrévérences et les crimes de quelques-uns seulement ne font point de tort à la religion car on commet les mêmes fautes en particulier chez soi ou chez les autres, ces veilles n’étant pas la cause de ces dérèglements. » « Si la perfidie de Judas n’ébranle point la foi des Apôtres, les veilles que nous célébrons avec piété ne doivent pas être détruites par l’absence de dévotion de quelques-uns qui s’endorment dans leur dissolution plutôt que de veiller sur leur pureté. Ce qu’il est bon de faire une fois ne devient pas mauvais pour s’être répété plusieurs fois. S’il est à propos d’éviter une faute, on ne doit pas dire que la cause en est dans ce qui se fait souvent, mais dans l’occasion qui se présente rarement. Est-ce que, par hasard, il ne faudrait pas continuer les veilles à la fête de Pâques de peur que les adultères qui attendent longtemps cette occasion, n’accomplissent leurs desseins criminels, et qu’une femme coupable ne s’en serve pour pécher avec d’autant plus de facilité que son mari ne pourra pas la tenir enfermée ? Car on se porte toujours avec plus d’ardeur vers les choses qui se rencontrent plus rarement. »

10. Comme il m’est impossible de répondre à toutes les lettres que les saints prêtres m’ont écrites à ce sujet, je m’arrêterai seulement à quelques propositions tirées du livre de cet impie. Il se déclare contre les miracles qui se font dans les églises des martyrs, disant qu’ils sont inutiles aux fidèles et qu’ils ne servent qu’à ceux qui n’ont pas la foi : comme s’il s’agissait de savoir pour qui se font les miracles, et non point par quelle vertu ils se font. Mais je veux que les miracles ne soient que pour les infidèles afin que, n’ayant point voulu ajouter foi aux paroles et à la prédication, ils soient amenés à croire par les prodiges. Notre Seigneur faisait des miracles en faveur des incrédules et toutefois il ne faut pas les blâmer, parce que ceux pour qui il les faisait, ne croyaient point. Ils sont au contraire d’autant plus dignes d’être admirés que les esprits les plus obstinés étaient par leur moyen comme entraînés vers la foi. C’est pourquoi tu ne dois pas dire que les miracles sont pour les infidèles mais je demande que tu m’expliques comment il se peut faire qu’un peu de poussière et je ne sais quelle cendre ait tant de vertu. Je vois bien, malheureux que tu es, ce qui te fait de la peine et ce que tu appréhendes. Cet esprit impur qui te fait écrire ces choses a été souvent tourmenté par cette poussière que tu dis être si méprisable. Et il en est encore tourmenté. Or, pendant qu’il cache ses blessures en ta personne, il les avoue dans les autres. Mais tu diras peut-être comme les impies Porphyre et Eunome que ce sont des illusions de démons qui ne se plaignent pas véritablement et qui font semblant d’être tourmentés. Je te donne un conseil : entre dans les Eglises des martyrs et, sans aucun doute, tu seras délivré. Tu y rencontreras plusieurs de tes compagnons et tu ressentiras, non l’ardeur des cierges allumés sur les sépulcres des mêmes martyrs, mais de flammes invisibles. Alors tu avoueras ce que tu nies maintenant. Alors toi qui parles sous le nom de Vigilance, tu t’écriera hautement que tu es Mercure à cause de ton amour de l’argent, ou ce dieu nocturne dont il est parlé dans l’Amphytrion de Plaute qui passa deux nuits avec Alcmène pour engendrer Hercule, ou bien tu déclareras que tu es Bacchus à cause de ton ivrognerie, de la bouteille qui est à ton côté, de ton visage enflammé, de tes lèvres écumantes et des paroles injurieuses que profère continuellement ta bouche.

11. De là vient que, lors de ce tremblement de terre qui arriva inopinément en cette province pendant la nuit, et qui réveilla tout le monde, voulant passer pour le plus avisé de tous, tu haranguais tout nu, rapportant l’histoire de nos premiers parents dans le paradis terrestre. Mais lorsque leurs yeux furent ouverts, ils eurent honte de leur nudité et se couvrirent de feuilles. Tandis que toi, au contraire, n’ayant pas plus d’habits sur le corps que de foi dans l’âme, saisi d’une frayeur subite et encore plein du vin dont tu t’étais enivré le soir précédent, tu as paru en cet état devant les yeux des saints pour faire connaître apparemment ta prudence. Voilà quels sont les ennemis de l’Eglise, voilà quels sont les soldats qui combattent contre le sang des martyrs, voilà quels sont les orateurs qui déclament contre les Apôtres, ou plutôt les chiens enragés qui aboient contre les disciples du Fils de Dieu.

12. Pour moi, je t’avoue ma faiblesse et je crains que la superstition n’en soit la cause. Si par hasard, je me mets en colère, me laisse emporter par quelque passion, ou me trouve importuné de quelque fantôme pendant la nuit, je ne suis pas assez hardi pour entrer dans les Eglises des martyrs car mon corps et mon esprit se trouvent également abattus de crainte. Cela sans doute te donnera occasion de te moquer de moi et passera auprès de toi pour une faiblesse d’esprit et un caprice de femme. Mais je veux bien être semblable à ces saintes femmes qui eurent la gloire de voir les premières la résurrection de notre Sauveur et qui en portèrent la nouvelle aux Apôtres, à qui elles furent recommandées en la personne de la sainte Vierge. Enivre-toi et plonge-toi dans la bonne chère avec tes compagnons. Pour moi je jeûnerai avec ces vertueuses femmes et en la compagnie des hommes saints qui portent sur leur visage les preuves de leur pureté et qui, par la mortification de leur extérieur, font juger de la modestie de leur âme telle qu’elle doit être dans de parfaits serviteurs de Jésus-Christ.

 

[36] Ep. 109.