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Accueil du siteCOLLOQUES DE PATRISTIQUE DE LA ROCHELLELes Pères de l’Eglise et les esclaves
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vendredi 25 septembre 2020
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Haro de l’OULIPO sur les esclaves de l’inspiration (1/3)
vendredi 20 mars 2020
par Annie WELLENS
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L’une des étymologies de « haro » voit en lui un dérivé en « o » du mot « hare », cri par lequel les sergents marquent le moment où la foire se termine, comme on peut le lire dans le « Cartulaire de Pontigny » du XIIIe siècle. Loin de moi la tentation d’identifier un colloque universitaire à une foire, n’y voyez qu’une gambade analogique. Et entendez bien ce « haro », non pas comme la clameur ou le cri d’une victime voulant attirer l’attention au sens de l’ancien droit coutumier : cri poussé par la victime d’un flagrant délit pour attirer l’attention, et qui rend obligatoire l’intervention de ceux qui l’entendent pour faire cesser le délit et arrêter le coupable [1] ; non pas comme la clameur ou le cri désignant quelqu’un à la réprobation générale comme chez Blaise Cendrars : … il avale un dernier petit verre, et il flanque ses sous à la figure du bistroquet, et c’est lui qui se fout par terre, nom de Dieu !… Il n’y a pas de justice… « Mort aux vaches ! Mort aux bourgeois !… Taïaut ! sus ! haro !… Pille !… pille !… à nous les poules de luxe et les stars des capitalistes ! [2] ; mais entendez ce « haro » comme le déploiement littéraire de l’OULIPO contre les surréalistes traités « d’esclaves de l’inspiration ». Écoutons la présentation des uns et des autres que nous propose Haydée Silva Ochoa :

Nous appellerons ici surréalisme le mouvement littéraire né au sortir de la Première guerre mondiale. Inspiré par Guillaume Apollinaire et Dada mais souhaitant les dépasser radicalement, il est fondé sur une théorie de l’inspiration et de la révélation et se donnait pour but — d’après le Manifeste du surréalisme signé par André Breton en 1924 s— d’exprimer par tous les moyens possibles le fonctionnement réel de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison et en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale. Parmi les principaux représentants littéraires du surréalisme français on peut citer, outre leur chef de file André Breton, Philippe Soupault, René Crevel, Robert Desnos, Paul Éluard, Louis Aragon et Benjamin Péret. Inscrits dans un mouvement qui se caractérise par une vie collective fortement ritualisée, les surréalistes ont pratiqué, repris ou inventé de très nombreux jeux littéraires, dont par exemple le jeu du « cadavre exquis », celui de « l’un dans l’autre » ou encore les divers jeux de notations ou de questions-réponses.

Quant à l’oulipisme, il renvoie à l’Ouvroir de Littérature Potentielle fondé en 1960 par François Le Lionnais et Raymond Queneau, entre autres. De nos jours, l’Oulipo est toujours constitué aussi bien par des écrivains que par des mathématiciens, et il se donne pour but d’explorer le rôle des contraintes en littérature. Il a par ailleurs inspiré d’autres « ouvroirs », dont l’Oupeinpo (Ouvroir de Peinture Potentielle), l’Oucuipo (Ouvroir de Cuisine Potentielle) ou encore l’Oulipopo (Ouvroir de Littérature Policière Potentielle) [3]. Parmi les vertigineuses prises de position des oulipistes, la reconnaissance des « plagiaires par anticipation » n’en finit pas de m’émerveiller : Il nous arrive parfois de découvrir qu’une structure que nous avions crue parfaitement inédite, avait déjà été découverte ou inventée dans le passé, parfois même dans un passé lointain. Nous nous faisons un devoir de reconnaître un tel état de choses en qualifiant les textes en cause de “plagiats par anticipation”. Ainsi justice est rendue et chacun reçoit-il selon ses mérites. (Oulipo 1987 : XI).

A suivre…

Annie Wellens

Intervention du dimanche matin 6 octobre 2019 au Centre Souzy dans le cadre du Colloque rochelais « Les Pères de l’Église et les esclaves », session 5. « Actualisation et réinterprétation » (1/3)

 

[1] Sur le site Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL) au mot « Haro ».

[2] Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 195.

[3] Surréalisme vs. Oulipisme : deux poétiques du jeu incompatibles ? Dra. Haydée Silva Ochoa, Colegio de Letras Modernas, Faculdad de Filosofia y Letras, UNAM.