Flauia Iulia Helena Augusta
jeudi 5 décembre 2013
par Pascal G. DELAGE

Cette Bithynienne de très modeste condition - elle aurait travaillé dans un cabaret selon plusieurs historiens [1], est née à Dreprana un peu avant 250. Elle eut la chance d’être remarquée par un soldat originaire d’Illyrie appelé à un brillant avenir, Flauius Constantius (Constance Chlore) qui en fit sa concubine. Elle lui donna un fils, Constantin, qui naquit entre 271 et 275 alors qu’ils résidaient à Naïssus (auj. Nis en Serbie). Il est peu probable que Constantin fut le seul enfant d’une union qui dura près de vingt ans, et le Constance que Constantin envoie en ambassade à Licinius en 313/4 (Anonyme Valoisien, 14) vers Licinius pour l’inviter à faire de Bassianus, l’époux d’Anastasia, un César qui régnerait sur l’Italie entre les domaines de Constantin et de son beau-frère, doit être un frère de Constantin qui sera par la suite préfet du prétoire d’Orient entre 324 et 327 et consul prior en 327 (François Chausson propose de voir également en Anastasia une autre fille de Constance I er et d’Hélène).

Constance Chlore ayant été promu César par les empereurs Dioclétien et Maximien le 1er mars 293 à Milan, il répudia Hélène - pour raison d’état - afin d’épouser la même année, Theodora, la belle-fille de l’Auguste Maximien. On ne sait ce qu’il advint alors d’Hélène. En 306, à la mort de Constance Chlore, Constantin qui se trouvait auprès de son père à York, revendiqua la pourpre et il ne tarda pas à rappeler sa mère près de lui. Hélène vint le rejoindre au palais impérial de Trèves. Son retour à la cour s’accompagna de l’éloignement de Théodora, peut-être exilée comme ses fils à Toulouse, et la rancœur d’Hélène devait poursuivre les fils de Théodora jusqu’à la mort de l’impératrice mère vers 328.

Son prestige auprès de son fils ne cessait de croître ; elle-même fut proclamée Augusta en 326. Constantin donna encore son nom, Hélénopolis, à la cité de Drepana, et changea celui de la province de Diospont en Hélénopont. Païenne comme son compagnon Constance Chlore, Eusèbe de Césarée indique bien que c’est son fils qui la conduisit à la foi chrétienne [2]. Baptisée, elle se rendit alors célèbre pour ses œuvres de charité et d’assistance « protégeant le faible contre l’oppresseur », promouvant la construction d’églises tant à Rome (la basilique dite du Sessoriacum), qu’à Constantinople qu’en Terre Sainte (en particulier à Béthléem près de l’édifice octogonal du IIIe siècle et au Mont des Oliviers où elle fit élever le sanctuaire de l’Eléona). En 326, elle se rendit en Palestine à la même époque que la mère de sa belle-fille Fausta, Eutropia qui était veuve de l’auguste Maximien : De son côté Hélène aussi, sa mère, fit bâtir deux églises, l’une à Béthléem, près de la grotte de la naissance du Christ, l’autre au sommet du mont des Oliviers, d’où il s’éleva vers le ciel. On a bien des preuves de la piété et des sentiments de révérence d’Hélène, mais la moindre n’est pas celle-ci. On dit qu’étant alors à Jérusalem, elle invita à un festin les vierges sacrées, qu’elle les servit durant le repas, qu’elle leur présenta les mets et versa l’eau sur leurs mains, et fit tout ce qu’ont l’habitude de faire ceux qui servent à table. Tandis qu’elle parcourait en ces temps-là les villes d’Orient, elle honora d’offrandes appropriées les églises locales, elle enrichit beaucoup de gens qui avaient perdu leur fortune, elle distribua libéralement le nécessaire aux pauvres, et délivra d’autres personnes de longs emprisonnements, de l’exil et du travail des mines. Or il me semble qu’elle a reçu sa récompense d’une manière qui correspondait à ces mérites [3].

Quels étaient les motifs de ce séjour à Jérusalem ? Ils avaient sûrement un caractère pénitentiel et devaient être liés à la tragédie familiale qui venait de frapper la famille impériale : Constantin avait fait mettre à mort coup sur coup son fils Crispus né d’une concubine, Minerva, puis sa propre femme Fausta (complot ? rivalités entretenues par l’impératrice mère elle-même ? adultère ? les deux jeunes gens avaient le même âge…) et Hélène pouvait avoir sa part de responsabilité dans l’exécution de sa bru (telle était en tout cas la version qui courrait dans les milieux païens et que rapportent Zozime et Zonaras).

Les deux princesses impériales, une fois en Terre Sainte, veillèrent sur la construction des basiliques « constantiniennes », multiplièrent les œuvres de charité et feront preuve d’une orthodoxie intransigeante en chassant hérétiques et païens loin des sanctuaires chrétiens. Agée de près de 80 ans, Hélène devait mourir en 328 (le 18 août selon les ménologes occidentaux) à son retour d’Orient, peut-être à Nicomédie et son corps fut de là transporté à Constantinople. Par la suite, Constantin fit procéder à son inhumation à Rome dans le mausolée dans le mausolée construit à l’intention de l’Augusta près de l’ancienne capitale en un lieu appelé aujourd’hui « Tor Pignattara » sur la via Labicana [4]. Il est probable que le sarcophage de porphyre qui lui servit de tombeau, était celui qui à l’origine devait recevoir la dépouille mortelle de l’empereur Maximien (par la suite, il semble que le corps d’Hélène fut une nouvelle fois ramené à Constantinople). C’est également dans le palais Sessorien à Rome où elle résidait habituellement avant de venir en Orient que Constantin établit la « basilica in palatio Sessoriano » qui allait devenir Ste-Croix-de-Jérusalem. Il est vrai que, par la suite, on associa le nom d’Hélène à l’invention de la Vraie Croix, et cela dès la fin du IVe siècle [5]. Toutefois les auteurs contemporains, Eusèbe de Césarée, le panégyriste de Constantin, ou même Cyrille de Jérusalem (315-387), n’en parlent pas, alors que ce dernier mentionne bien une apparition de la Croix lumineuse dans le ciel de Jérusalem le 7 mai 351, et même la découverte du bois de la Croix au temps de Constantin mais sans que cette invention soit explicitement référée à l’intervention d’Hélène [6]. Il est toutefois vraisemblable qu’il se passa quelque chose lors des travaux entrepris à l’initiative de Constantin à l’époque de l’évêque Makarios de Jérusalem et que l’impératrice-mère y fut présente. Elle qui avait suivi son fils dans son adhésion se verrait maintenant vénérée avec Constantin par des générations de chrétiens comme celle qui avait rendu le bois de la Croix au peuple des chrétiens.

[1] Eutrope, 10, 2, 2 ; Anonyme Valoisien, 1, 1, 1 ; Aurelius Victor, 39, 25

[2] Vita Constantini, 3, 47

[3] Sozomène, 2, 2-3 ; trad. A. J. Festugière

[4] Liber Pontificalis, 34, 44

[5] Ambroise de Milan, De Obitu Theod., 43

[6] Cyrille de Jérusalem, Lettre à Constance, 4 ; Rufin, Histoire ecclésiastique, 1, 10, 7-8