Pédagogie spirituelle
mercredi 15 octobre 2008
par Annie WELLENS

Je te salue abondamment, Bessus très cher, et te rends grâces au centuple pour m’avoir rappelé l’existence des amphores paillées à fond plat. Par un heureux concours de circonstances, un mien cousin, dont le domaine viticole mesure cent fois la surface de ma vigne, désirait avant les vendanges, bien plus tardives en Séquanie que dans ta province, vérifier sur place, donc dans le Biterrois, l’excellence de ce procédé. A vrai dire il en était persuadé mais un vendeur de ces tonneaux en bois fabriqués par nos artisans gaulois le poursuivait de propositions d’achat tellement insupportables (il ne compte plus le nombre de missives vantant sa marchandise glissées de nuit comme de jour sous les portes de sa maison) qu’il désirait prendre de la distance et mettre à profit un temps de véritable vacance intérieure.

N’entends pas que cet expert vigneron fut enclin à la méditation philosophique ou religieuse, il réfléchit à ses affaires pendant les heures de loisir, en se recommandant d’un conseil supposé de Cicéron. Mais il m’a proposé de l’accompagner, et tel le rusé Ulysse, j’acquiesçais à condition que nous fissions un léger détour (l’euphémisme figure en bonne place dans ma panoplie d’astuces…) par un site dont il ne regretterait pas la visite (ici, je ne pratiquais plus l’euphémisme mais pariais avec effronterie sur l’avenir) tu te doutes de son appellation, Caritaspatrum.

Pendant notre navigation, je lui demandai de me narrer l’histoire des quatre générations paternelles qui le précédaient, la première vers 300 s’étant enflammée pour honorer la demande de l’empereur Probus qui demandait instamment (mon cousin se refusait à dire « ordonnait », tant la souche gauloise avait pris fortement racine en lui) que l’on couvrît de vignes les fertiles collines de Séquanie. Depuis, le vin jaune coulait à flots dans la famille. Il termina son récit dans l’enthousiasme et, comme je l’avais espéré, juste au moment de débarquer sur Caritaspatrum. Il ne me restait qu’à bien choisir l’ordre de notre progression afin que son exultation ne retombe pas mais trouve d’appétissantes nourritures pour s’alimenter. Notre visite, d’abord chez Marie-Madeleine, puis chez Hilaria et Euchrotia, dames d’Aquitaine récemment installées, le combla d’aise. Il m’avoua s’être méfié de mon itinéraire détourné, craignant d’obscures rencontres avec des philosophes chrétiens atteints de garrulitas ou caquetage ininterrompu. Il reconnut que cette maladie affligeante ne menaçait ni Agnès de Rome ni Agathe de Catane dont le sort martyrial le bouleversa. L’entretien avec Benoît Jeanjean au sujet de Jérôme l’irascible lui donna la force nécessaire pour traverser l’enseignement solide de notre Martin de Saint Étienne sur le temps de l’institutionnalisation du clergé. « Est-ce bien moi qui viens de vivre en apprenant tant de choses aujourd’hui ? La tête m’en tourne… ». Sa joie étonnée me surprit heureusement à mon tour et nous goûtâmes, accordés de cœur et d’esprit, la dernière chronique du site consacrée à l’intelligence de la louange.

Remercie avec moi le Père des lumières qui donne à chacun sa part de sagesse et nous apprend à nous tenir sans souci devant lui.

Bacchus