Rencontre après Martin
mercredi 15 avril 2009
par Annie WELLENS

En écoutant ce chant qui se répand, à ma grande joie, dans nombre d’Eglises (et dont l’acte de naissance n’est pas romain si j’en crois mes dernières recherches…) je ne pouvais que faire mémoire des richesses reçues en votre compagnie lors de ce qui s’appellera désormais la PPJP (Première Petite Journée de Patristique) consacrée à Martin de Tours. Silvania salue ta Vera, la remercie pour votre hospitalité et la prie de ne pas oublier d’avancer la réflexion sur le sujet dont elles ont toutes deux débattu fort tard dans la nuit. Je n’en sais pas plus, « Vera comprendra » me dit-elle, et le ton sur lequel elle prononça cette phrase coupait tout chemin possible à ma curiosité. Bien sûr, je résiste à la tentation de te demander si toi, tu en sais davantage.

Mais je te demande hardiment et sans remords de me faire envoyer avec un prochain courrier une étiquette ornant les tonneaux de vin appelé Saint Martin que tu nous as fait savourer, en le transvasant, pour qu’il se repose et s’aère, dans de charmants flacons de verre imitant le tonnelet gaulois. Souhaitons, Bessus très cher, que l’on trouve un jour le moyen de boucher convenablement ces bouteilles. Jusqu’à aujourd’hui je n’ai eu que des déboires quant à leur transport : le vin se change presque toujours en vinaigre, et je reste fidèle, pour mon excellent vin jaune à l’ancienne amphore ou au jeune tonneau. Mais plus encore que le contenant, le contenu m’a surpris : je m’attendais à boire dans votre Aquitaine Seconde le fruit de la vitis biturica chantée par votre poète Ausone, et voici que tous mes sens ont dû effectuer une conversion dont je te rends grâce, en goûtant le produit de la vitis allobrogica, ancêtre de la fameuse syrah alliée ici à d’autres cépages que je ne connaissais pas. Que ce vin magnifique soit l’œuvre de moniales vivant en Narbonnaise selon l’esprit de nos Pères d’Orient accroissait de belle manière l’allégresse des convives, nous en fûmes les témoins éblouis. Tu connais mon attachement au monastère de Condat.

Une grande joie m’attendait lors de la visite que j’effectuai le lendemain de mon retour tant j’avais hâte de parler au moine bibliothécaire de mes découvertes sur Martin de Tours. Le moine sourit devant mon enthousiasme et me dit doucement : « Pour continuer cette étude commencée à la PJP je vais vous prêter ce livre, la VPJ , ou Vie des Pères du Jura. Vous y verrez que votre Martin, loin d’être oublié, est vénéré à Condat. Saint Oyend, notre troisième père fondateur mort vers 513, conservait une ampoule contenant de l’huile de saint Martin (ampullam cum oleo beati Martini dit le texte) ». Toi qui aimes la Vita Martini et le Gallus de notre bien-aimé Sulpice, je suis sûr que tu serais, comme moi, séduit par les qualités littéraires de la VPJ. Je fus d’ailleurs tellement sous le charme que je faillis manquer ma visite hebdomadaire au site de Caritaspatrum, et passer à côté de fortes découvertes que tu as sûrement faites avant moi puisque tu es plus proche géographiquement des constructeurs de ce terrain d’exploration en perpétuel chantier, mais toujours soigneusement ordonné et accueillant pour ceux qui s’y aventurent.

Les rencontres avec Philippe Blaudeau (auteur de Alexandrie et Constantinople (451-491) De l’histoire à la géo-ecclésiologie) et Peter Van Nuffelen qui travaille sur succession et élection épiscopale dans l’Antiquité Tardive montrent, outre l’intérêt des sujets, l’importance et la chance d’avoir des historiens dans la cité. Sentiment redoublé en lisant la belle étude de Pascal-Grégoire Delage : Un monde qui ploie. Ve-VIe siècle en Aquitaine. Vincentia de Ravenne a-t-elle vraiment sa place dans la procession martyriale, je n’en finis pas de retourner la question. Et pour ajouter aux débats, suite de la controverse engendrée par les auteurs Mordillat et Prieur, mais cette fois avec un article critique d’Alexandre Faivre concernant leur livre, Jésus sans Jésus. Et Silvania espère que Vera a lu Je ne pèche plus, je rate ma cible, une chronica wellensis qui l’a particulièrement enchantée. Je pense qu’un jour prochain, elles correspondront elles aussi, et, je le crains, sans passer par notre intermédiaire. Je termine par une supplique : n’oublie pas de nous inscrire, Silvania et moi, pour le prochain colloque de fin septembre. J’attends beaucoup de ces rencontres sur Les Pères de l’Église et les dissidents pour éclairer les turbulences d’aujourd’hui. Avec Sédulius (faut-il le prénommer Coelius ? J’ai lu des avis contraires sur le sujet.) je prie le Seigneur de nous accorder « le bonheur de Pâques perpétuelles ».

Bacchus