D’un hymnographe à l’autre.
lundi 1er mars 2010
par Annie WELLENS

Bacchus très cher, imagine mon désarroi : devoir te répondre de manière cursive et non digressive. Le cœur me manque et mes idées s’envolent en fumée. Mais le temps presse : grâce à de savants lecteurs de ses œuvres Ambroise de Milan nous attend le 13 de ce mois à Mediolanum Santonum, lieu béni où nous nous rejoignîmes pour une journée studieuse autour de notre Père Martin l’année précédente, et qui, je le déplore, ne nous verra pas ensemble cette fois-ci, puisque vous êtes retenus par des obligations familiales auxquelles vous ne pouvez déroger sous peine de graves conséquences testamentaires. Et, bien sûr, je n’évoque pas ici les deux Testaments qui témoignent pour notre salut de Celui qu’Ambroise nommait Splendeur de la gloire du Père / Qui de la lumière dispense la lumière / Lumière de lumière, fontaine de lumière / Jour illuminant le jour… Je souhaite que cette clarté éclaire, pour le bien de tous les protagonistes, le différend qui t’oppose à ce maître des novices frappé intellectuellement et spirituellement (mais peut-on séparer ces deux domaines ?) de cécité au moment d’ouvrir des livres et de surdité quand il conviendrait d’écouter en vérité ses frères.

Ayant eu la merveilleuse imprudence d’accepter de présenter la place du silence et de la parole chez notre épiscope de Milan, je me dois, dans les quelques jours qui me restent avant la journée d’étude, de m’enclore dans ses livres. Admirable clôture de la lecture studieuse qui ouvre l’horizon en hauteur, en largeur et en profondeur… Je n’ai abandonné les livres ambrosiens qu’hier pendant quelques heures mais cet abandon n’était qu’une autre façon de retrouver leur auteur en réceptionnant un vin éponyme, émanant de la même source que le Saint Martin qui avait fait vos délices et ceux des auditeurs de notre première Petite Journée de Patristique. Je ne doute pas, si j’en juge par mes prélèvements opérés pour le goûter, que les convives du 13 mars seront comblés par ce Saint Ambroise narbonnais.

L’huile de ma lampe s’épuise, la nuit a déjà bien avancé sa course. Mais, avant de rejoindre ma Vera qui dort paisiblement, je vais profiter des dernières lueurs pour relire ma découverte du jour qui, paradoxe sublime, est une hymne du soir due à Magnus Felix Ennode, ordonné prêtre à Milan, quelques cent ans après Ambroise. Un fin lettré de mes amis, à qui je parlais de cet auteur, m’a dit que ses hymnes lui paraissaient bien peu originales, mais qu’à tout prendre, en considérant son siècle, on pouvait rendre grâces à Ennode pour avoir contribué à maintenir un reflet de la littérature classique qui, si superficiel fût-il dans son esprit, était cependant préférable au néant. En dépit de ce jugement sévère je me répèterai avec délices : Ô Christ, ô lumière, ô vie, ô vérité / Que les moments obscurs dédiés / Au sommeil sous ses sombres ombrages / Ne nous emportent pas vers les ténèbres ! … Que l’Ennemi rusé soit éloigné / Que dorme tout ce qui blesse / Que celui dont la dent furieuse s’acharne / A ronger ceux qui reposent dans leurs lits / Soit enchaîné…

Et qu’il en soit donc ainsi pour toi comme pour moi.

Bessus