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mercredi 5 août 2020
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VIENT DE PARAITRE
lundi 10 février

Claire SOTINEL (dir.)

ROME, LA FIN D’UN EMPIRE. De Caracalla à Théodoric, 212-fin du Ve siècle

En 212, l’empereur Caracalla confère par édit la citoyenneté romaine à tous les habitants libres de l’Empire. Cette mesure couronne une évolution séculaire vers un empire à la fois politiquement unifié et culturellement universel. En 527, les élites romaines prennent conscience que les royaumes gothiques ont achevé de tuer l’Empire d’Occident. Le passage de témoin à l’Empire byzantin se réalise dans un Ve siècle qui se termine lorsque l’empereur Justinien tente de reconstituer une unité impériale universelle, sur des bases devenues profondément différentes de celles qui avaient fondé l’Empire romain.

Éditeur : Belin

ISBN : 978-2-7011-6497-7

 
De la légende à l’histoire.
mercredi 10 octobre 2018
par Pascal G. DELAGE
popularité : 32%

LES NON-DITS DE PALLADIUS

La notice de Grégoire de Tours est suffisamment intéressante pour que nous nous y arrêtions un peu. Si nous faisons le point sur les données objectives de ce texte, il ressort qu’à Saintes – à côté de la cathédrale et de deux ou trois autres églises – on conservait le souvenir de la tombe d’Eutrope (memoria), évêque dont on ne savait pas grand chose si ce n’est qu’il avait été le premier pasteur de la cité (cf. le témoignage de Venance Fortunat). Un mausolée modeste toujours selon Grégoire de Tours et qui devait se trouver selon l’usage romain le long d’une grande voie de communication, peut-être pas très loin de l’actuelle église Saint-Eutrope (traces d’une nécropole antique). Par ailleurs, on croyait ou on voulait croire en cette fin de VIe siècle qu’il avait été martyrisé. Cependant contrairement à nombre de récits édifiants, on ne lui prête aucune comparution devant un gouverneur qu’il aurait exhorté alors longuement et puissamment à la conversion avant d’être envoyé aux bêtes ou au bûcher. Simplement la mention d’une « insurrection » des païens, notation qui sera conservée dans la légende médiévale.

Une autre donnée est fournie par la notice de Grégoire de Tours : la datation de l’apostolat d’Eutrope. Il a été envoyé par le « bienheureux évêque Clément ». Qui est ce Clément ? Il s’agit très probablement du pape Clément qui vécut à la fin du premier siècle. S’il est vrai qu’au VIe siècle les Saintongeais n’avaient peut-être plus une mémoire très précise de leur premier pasteur, il s’était surtout amorcé depuis le début du Ve siècle un travail de récriture des origines chrétiennes de la Gaule. Ainsi le premier, le diocèse d’Arles s’inventait un saint Trophine envoyé par saint Pierre pour pouvoir faire pièce à l’évêque de Marseille avec qui le prélat d’Arles se trouvait en concurrence quant à la direction de la province ecclésiastique. A son tour, l’Eglise de Rome va encourager une telle réinterprétation des bribes d’histoires locales, une manière pour elle de conserver sa communion avec les diocèses de Gaule alors qu’ils passent, les uns après les autres, sous le pouvoir de princes germains, qu’ils s’agissent des Wisigoths, des Burgondes ou autres Francs. Se multiplient ainsi tout au long du Ve des « redécouvertes » de missions apostoliques directement mandatées par les Apôtres ou leurs successeurs immédiats pour les besoins de la cause.

Représentation de la translation des reliques d’Eutrope par l’évêque Palladius dans la nouvelle basilique consacrée à l’apôtre des Santons. Détail de la verrière sud du choeur gothique de l’église Saint-Eutrope de Saintes.