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Accueil du siteCOLLOQUES DE PATRISTIQUE DE LA ROCHELLELes Pères de l’Eglise et les femmes
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mercredi 5 août 2020
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Les Pères et les femmes : On a encore oublié Mme Tertullien !
jeudi 8 mai 2008
par Pascal G. DELAGE
popularité : 6%

Nous voilà à nouveau alertés sur la distance qui existera nécessairement entre le discours des Pères de l’Eglise et ce que pouvaient vivre les membres des communautés chrétiennes : une fois son époux mort, Madame Tertullien pourrait faire ce qu’elle voudrait… Il est vrai que traditionnellement les veuves dans le monde gréco-romain, si elles étaient d’une certaine condition sociale, disposaient d’une réelle autonomie personnelle, échappant alors tant à la tutelle des pères que des fils. Devenues chrétiennes, il n’y avait aucune raison pour que ces femmes renoncent à cette liberté d’action et de parole que leur veuvage leur avait procurée. Déjà à l’œuvre dans les communautés apostoliques , les veuves sont (ou se sont) organisées en un ordre particulier. Ainsi à Rome, au milieu du IIe siècle, lorsque le visionnaire Hermas est appelé à rendre compte de sa révélation à la communauté locale, il s’adresse à deux personnes bien précisément : un homme, Clément, probablement un des pasteurs de la ville, et une femme, « Grapté, qui s’en servira pour l’instruction des veuves et des orphelins ». Les veuves que Polycarpe de Smyrne salue encore en tant que groupe spécifique et qu’il appelle Autel de Dieu , sont des femmes avec qui il faut compter dans le « management » de la communauté tant en raison de leur puissance économique que de leur expérience de la vie au quotidien. L’auteur de la Tradition Apostolique au début du IIIe siècle s’en émeut : ne prétendraient-elles pas non plus, ces veuves, participer à la direction de la congrégation ? Que nenni ! « Quand on institue une veuve, on ne l’ordonne pas, mais elle est désignée par ce titre. Si son mari est mort depuis longtemps, qu’on l’institue, mais si son mari est mort depuis peu, qu’on ne lui fasse pas confiance… Mais on ne lui imposera pas la main, parce qu’elle n’offre pas l’oblation [l’eucharistie]. Or l’ordination se fait pour les clercs en vue du service liturgique ».

L’affaire sera entendue à Rome, tout comme d’ailleurs dans les autres communautés qui ont essaimé tout au long du pourtour méditerranéen. Pas d’ordination pour ces dames à qui d’ailleurs les Pères vont se dépêcher de proposer un autre modèle religieux, celui de la vierge consacrée, en souhaitant qu’à l’avenir elles se montrent de bonnes et dociles filles. Cependant Perpétue, Félicité, les disciples de Montan, très probablement la martyre Blandine de Lyon, étaient des femmes qui avaient connu le mariage. Un des aspects de la nouveauté du message chrétien avait d’abord porté sur la continence plus que sur la virginité. En effet, ce choix de vie impliquait une communauté qui avait déjà une histoire longue derrière elle, avec des familles anciennement chrétiennes. La virginité offrait alors l’alternative d’un statut autre pour la femme qui ne la cantonnerait plus au rôle traditionnel d’épouse et de mère .

(suite de l’article dans la rubrique : LES MERES DE L’EGLISE)