Caritaspatrum
Accueil du siteCOLLOQUES DE PATRISTIQUE DE LA ROCHELLELes Pères de l’Eglise et les ministères
Dernière mise à jour :
jeudi 30 juillet 2020
Statistiques éditoriales :
863 Articles
1 Brève
78 Sites Web
68 Auteurs

Statistiques des visites :
543 aujourd'hui
1475 hier
860119 depuis le début
   
Quaestiones disputatae
mercredi 22 octobre 2008
par Bruno MARTIN
popularité : 4%

Les textes conciliaires ou canoniques orientaux évoquent souvent les diaconesses ; le canon 19 du concile de Nicée précise explicitement qu’on ne leur impose pas les mains, et qu’elles restent donc laïques. L’existence des diaconesses est connue en Occident, mais rencontre une certaine hostilité ; c’est toujours l’exemple des pratiques hétérodoxes qui semble les discréditer. L’Ambrosiaster, à la fin du IVe siècle, s’en prend aux Cataphrygiens qui ordonnent des diaconesses ; le canon 2 du concile de Nîmes (394 ou 396) parle d’ordinations « inconvenantes et irrégulières », visant sans doute des pratiques priscillianistes. L’interdit est renouvelé par le concile d’Orange de 425 ; c’est que la mixité de la vie sociale en Occident ne nécessite pas de la même manière une spécificité féminine. L’institution des diaconesses finira par se fondre au cours des Ve et VIe siècles avec la vie monastique féminine ; on les retrouvera jusqu’en Occident dans certaines fondations [20].

Une ouverture inattendue se rencontre dans le commentaire de Jean Chrysostome sur l’épitre aux Ephésiens, auquel nous avons déjà fait allusion [21]. Chrysostome renvoie ses auditeurs à ces femmes qui embrassent pour le Christ la vie ascétique, et distancent les hommes dans les choses spirituelles. « Des jeunes filles, d’à peine vingt ans, qui avaient passé tout leur temps dans leurs chambres, élevées à l’ombre, dans des chambres pleines de parfums et d’encens, couchées sur des lits tendres, tendres par nature, et rendues molles par les soins reçus, qui n’avaient rien d’autre à faire toute la journée qu’à se faire belles, et à porter de l’or, et à vivre dans un grand luxe ; qui ne se servaient pas elles-mêmes, mais avaient de nombreuses servantes à leurs côtés, qui avaient des vêtements moelleux sur des corps plus moelleux encore, des tissus fins et délicats, occupées de roses et de semblables parfums – eh bien, dès qu’elles furent prises du feu du Christ, elles rejetèrent ce manteau d’inertie et de vanité, et oubliant le luxe et leur jeunesse, rejetant, comme de nobles athlètes, cette mollesse, elles entrèrent au milieu de la lice. Voila tout le pouvoir du feu du Christ ; c’est ainsi que la volonté surpasse la nature. Sauf que je ne vous demande rien de tel, puisque vous voulez vous laisser distancer par des femmes ! […] Rougissons, s’il vous plait, de voir que tandis que dans les questions matérielles nous ne leur cédons en rien, ni dans les guerres, ni dans les combats, elles s’engagent plus que nous dans les luttes spirituelles, elles s’emparent les premières du trophée, et volent plus haut que nous, comme des aigles ; tandis que nous, comme des choucas, nous passons notre temps en bas autour de l’odeur de la graisse et de la fumée […] Quel ridicule, quelle honte ! Nous avons la place de la tête, et nous sommes vaincus par le corps ! Nous avons été placés pour leur commander, non pour leur commander seulement, mais pour commander aussi dans le domaine de la vertu : car celui qui commande, c’est par là surtout qu’il doit commander, en l’emportant par la vertu ; s’il est vaincu, il n’est plus celui qui commande. » [22]

Quelles raisons subsiste-t-il alors de chasser les femmes du « trône de l’enseignement » ? Le mieux serait, aux yeux de Jean Chrysostome, que les hommes reprennent la place qui est la leur dans la vertu, pour que cesse cette « subversion » et que tout soit remis à sa place. Mais en attendant, la question mérite d’être posée : « Voilà encore la preuve de la grande différence entre les hommes et de la grandeur des femmes. Quand c’était Paul qui enseignait, dis-moi, et Pierre, et ces saints-là, fallait-il qu’une femme bondisse sur la chose ? Mais maintenant, nous sommes devenus mauvais au point que la question mérite d’être posée de savoir pourquoi les femmes n’enseignent pas : tant nous sommes parvenus à une faiblesse identique à la leur. » [23]

 

[20] Cf. Marie Josèphe Aubert, Des femmes diacres, Beauchesne, 1987. c.III, « à la recherche des diaconesses latines », pp. 129-139.

[21] Cf. note 30.

[22] PG 62, 99. traduction Catherine Broc-Schmezer

[23] id. 100.