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Accueil du siteCOLLOQUES DE PATRISTIQUE DE LA ROCHELLELes Pères de l’Eglise et les ministères
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mercredi 5 août 2020
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Quaestiones disputatae
mercredi 22 octobre 2008
par Bruno MARTIN
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3 - Le ministère féminin.

Les évangiles nous disent la liberté de Jésus à l’égard des femmes [18], qui le suivaient pour le servir,diakonéô (Marc 15, 41, Luc 8,3). Les épitres pauliniennes et les Actes connaissent ces femmes qui prophétisent dans les assemblées et accueillent l’Eglise dans leurs maisons ; elles sont collaboratrices de la mission de l’apôtre, sunergous comme Priscille (Rm. 16, 3) ; Phoébé est ministre de l’Eglise de Cenchrées, diakonon tes ekklesias tes en Keuchréian (Rm 16, 1). Sur elles pèsent cependant deux interdits néotestamentaires : I Co 14 33-34 « Comme dans toutes les Eglises des saints, que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis de prendre la parole ; qu’elles se tiennent dans la soumission, ainsi que la Loi même le dit. » et I Tim. II 11-13 « Pendant l’instruction, la femme doit garder le silence, en toute soumission : je ne permets pas à la femme d’enseigner ni de faire la loi à l’homme. Qu’elle se tienne tranquille. C’est Adam en effet qui fut formé le premier, Eve ensuite. » Ces deux textes renvoient à l’Ancien Testament, à la subordination posée en Genèse III, 16. La femme ne peut pas enseigner parce que l’enseignement suppose autorité ; la femme qui se place en position d’autorité subvertit l’ordre de la création.

En dépit de la force de cet interdit, les femmes restent présentes aux communautés primitives ; la lettre de Pline à Trajan, vers 111, parle de deux esclaves qualifiées de ministrae de la secte chrétienne. Mais à partir du milieu du deuxième siècle c’est surtout les mouvements hétérodoxes, gnostiques ou montanistes, qui font la part belle aux femmes, prophétesses ou même épiscopes, au témoignage d’Epiphane. Cette fâcheuse compagnie ne plaidera pas par la suite en leur faveur ; Jérôme, dans une lettre à Ctésiphon, rappelle comme un argument contre le ministère féminin la compagne de Simon le Magicien et la présence de Priscille et de Maximilla dans le sillage de Montan.

Le terme de diaconesse, diakonissa, ne se rencontre pas avant le IVe siècle, en Orient. Leur rôle semble être le bon ordre des femmes dans l’assemblée, et une participation au baptême des personnes de leur sexe, en particulier pour les onctions, « mais un homme prononce l’invocation », au témoignage de la Didascalie des apôtres. Ce sont elles aussi qui sont chargées de visiter les femmes, spécialement dans les maisons païennes (où l’on n’aurait pas admis l’entrée d’un clerc dans le gynécée) : « Etablis pour toi, ô évêque, des travailleurs de justice comme aides qui puissent collaborer avec toi en vue du salut. Ceux qui te plaisent parmi tout le peuple, tu les choisiras et établiras comme diacres, un homme pour l’exécution des nombreuses choses qui sont nécessaires, une femme pour le service des femmes, car il y a des maisons où tu ne peux envoyer un diacre vers les femmes à cause des païens, mais tu peux envoyer une diaconesse. Et aussi parce qu’en beaucoup d’autres choses, l’office d’une femme diacre est nécessaire. En premier lieu, quand les femmes descendent dans l’eau, celles qui descendent dans l’eau doivent être ointes avec l’huile d’onction par une diaconesse […] mais que ce soit un homme qui prononce sur elles les noms de l’invocation de la divinité dans l’eau. » [19]

 

[18] Communcations de Monique Alexandre (Université Paris IV) Des ministères féminins ? réalité contemporaine et mémoire d’autrefois ; et de Patrick Laurence (Université de Tours), Les diaconesses au bas-empire.

[19] Didascalie des apôtres, XVI