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Quaestiones disputatae
mercredi 22 octobre 2008
par Bruno MARTIN
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On sait qu’il y eut une tentative faite, au Concile de Nicée, pour entériner l’initiative prise à Elvire. Il est possible que ce soit l’évêque Ossius de Cordoue, « conseiller ecclésiastique » de Constantin, et déjà présent à Elvire, qui ait présenté la proposition. Elle se heurta à l’opposition résolue d’un évêque de la Haute-Thébaïde, Paphnuce, que l’historien Socrate fait parler en ces termes : « Les évêques songeaient à introduire dans l’Eglise une loi nouvelle, aux termes de laquelle les hommes consacrés, c’est-à-dire les évêques, les presbytres et les diacres, ne pourraient plus avoir commerce avec les femmes qu’ils avaient épousées, alors qu’ils étaient encore laïcs. Comme ce point venait en discussion, Paphnuce se leva au milieu de l’assemblée des évêques et s’écria : « N’imposons pas aux hommes consacrés un joug pesant ! C’est une chose honorable, également, que l’union conjugale, et le mariage, en soi, est exempt de souillure. Prenons garde de ne point causer, par cet excès de rigueur, plus de tort que de bien à l’Eglise […] Il est bien suffisant que celui qui est déjà entré dans le clergé ne puisse plus, ensuite, contracter mariage, conformément à l’ancienne tradition de l’Eglise. » [14] Si l’Orient se refuse à adopter la « nouveauté » introduite à Elvire, sa pratique ne cesse de gagner du terrain en Occident. A la fin du siècle, le pape Damase (366-384) en reprend l’argumentaire dans une lettre aux évêques des Gaules : « Voici ce qui a été décidé, au sujet des évêques, en premier lieu, mais aussi au sujet des presbytres et des diacres, qui doivent prendre part au divin sacrifice, et dont les mains confèrent la grâce du baptême et rendent présent le corps du Christ [15]. Ce n’est pas nous seulement, mais aussi la divine Ecriture, qui les contraint à être parfaitement chastes. […] Il est prescrit que la pureté soit gardée par les ministres de Dieu, qui peuvent se trouver, à tout moment, dans l’obligation soit de conférer le baptême, soit d’offrir le sacrifice. » [16]

On voit la raison avancée : les ministres sacrés doivent être « toujours prêts » à officier – donc toujours en état de pureté rituelle. Celui que l’on désigne comme l’ Ambrosiaster, auteur romain contemporain de Damase, l’explicite ainsi : dans l’ancienne loi, les prêtres ne servaient qu’à tour de rôle, et pouvaient donc vivre de manière commune le reste du temps ; « maintenant, au contraire, il doit y avoir sept diacres, quelques presbytres – en sorte qu’il y en ait deux par église – et un seul évêque dans la cité. Pour ce motif, tous doivent s’abstenir de l’union conjugale, car il est nécessaire qu’ils soient présents tous les jours à l’église, et ils ne disposent pas d’un délai pour se purifier après l’union, conformément à la loi, comme les anciens. Il faut, en effet, offrir le sacrifice chaque semaine ; même si ce n’est pas tous les jours, pour les étrangers, c’est au moins deux fois par semaine, pour les habitants de l’endroit ; encore ne manque-t-il pas de malades qui soient baptisés, presque tous les jours. » [17] L’examen total du dossier dépasse largement les limites de cette étude. On perçoit cependant à travers ces quelques sondages le sens de l’argumentaire antique ; si nous avons, dans l’église latine, hérité de la même pratique, nous ne pouvons peut-être pas la justifier de la même manière.

 

[14] Cf. Socrate, Histoire ecclésiastique, 1, 11. Gryson, op. cit., p. 88.

[15] « …Per quorum manus …corpus Christi conficitur. »

[16] Cf. Gryson, p. 128.

[17] Id. p. 133.