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Quaestiones disputatae
mercredi 22 octobre 2008
par Bruno MARTIN
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2 - La continence des clercs.

Sans parler du Nouveau Testament, les deux premiers siècles n’apportent guère de témoignages [5], hormis quelques mentions éparses, tel l’évêque Méliton de Sardes qui, au dire de Polycrate d’Ephèse, « a vécu entièrement dans le Saint-Esprit » [6]. La Didascalie des Apôtres, au début du IIIe siècle, se préoccupe seulement de savoir si l’évêque « est chaste, a une femme chaste et fidèle, a élevé ses enfants dans la crainte de Dieu. » [7] Origène est sans doute un des premiers à introduire l’idée que « ceux qui usent des plaisirs de l’amour sont en quelque sorte dans la souillure et dans une certaine impureté. » [8] Cette souillure n’est pas d’ordre moral : elle se distingue du péché ; mais elle entraîne une sorte d’inaptitude temporaire aux actes religieux, et demande donc que l’on suspende les relations sexuelles avant de s’adonner à la prière et de recevoir l’Eucharistie. Origène évoque trois textes d’Ecriture qui seront sans cesse réemployés dans le débat : Exode 19, 15 (« Moïse dit au peuple : tenez vous prêts pour le lendemain, et ne vous approchez pas d’une femme »), I Rois 21, 5 (Il s’agit de l’histoire des compagnons de David que le prêtre Abiathar autorise à manger les pains de proposition « s’ils sont purs de la femme ») et I Corinthiens 7, 5 : « ne vous refusez pas l’un à l’autre, si ce n’est d’un commun accord, pour un temps, afin de vaquer à la prière . »

Origène, si favorable qu’il soit à titre personnel à la continence sacerdotale, n’énonce cependant ni loi, ni coutume générale en ce sens. Un peu avant lui, Tertullien parle de même pour l’occident ; dans son Exhortation à la chasteté il fait l’éloge de ceux qui, dans les « ordres » de l’Eglise, la pratiquent ; mais il ne fait état d’aucune disposition générale [9]. C’est que l’interdit porte avant tout sur les secondes noces ; ce sont elles qui excluent de l’état ecclésiastique ; c’est ce grief-là qu’Hippolyte fait au pape Zéphirin, d’avoir admis dans le clergé des évêques, des presbytres et des diacres mariés pour la deuxième ou troisième fois [10].

Pendant tout le troisième siècle, les clercs mariés restent nombreux, sans doute la majorité ; il en apparaît un certain nombre à travers la correspondance de saint Cyprien, et beaucoup moins de clercs adonnés à la continence, hormis peut-être le pape Corneille. Cependant la cote du mariage ne cesse de baisser dans les milieux ascétiques ; pour Arnobe, le commerce sexuel est une saleté, foeditas [11]. Comme l’écrit le P. Gryson, « Etant donné ce climat, on n’est guère surpris en lisant le fameux canon 33 du concile d’Elvire, et on peut se dire que tôt ou tard, pareille loi devait apparaître quelque part » [12] : « Il a paru bon d’interdire complètement aux évêques, aux prêtres et aux diacres, vel omnibus clericis positis in ministerio, d’avoir des relations avec leurs épouses et d’engendrer des enfants. Quiconque l’aura fait sera déchu de sa dignité de clerc. » [13] La difficulté du texte réside dans l’incise vel omnibus positis in ministerio. La conjonction vel est sans doute à entendre dans un sens explicatif : non pas « évêques, prêtres et diacres, ou les autres clercs dans le ministère » - la loi de continence ne s’est jamais étendue aux clercs mineurs. Il faut donc comprendre « évêques, prêtres et diacres, c’est-à-dire les clercs constitués dans le ministère ». C’est parce qu’ils sont « constitués dans le ministère » qu’évêques, prêtres et diacres doivent garder la continence ; il ne s’agit pas de disponibilité, mais de pureté cultuelle, in ministerio positi : lorsqu’ils sont dans l’exercice de leurs fonctions.

 

[5] Communication de Benoît Gain, Université de Grenoble. La continence des clercs, ascétisme ou pureté rituelle ? Nous complétons par l’ouvrage classique de R. Gryson, Les origines du célibat ecclésiastique, Ed. Duculot, 1970.

[6] cf. Gryson, op. cit.,p.5

[7] id. p. 13

[8] id. p. 17

[9] « Quanti igitur et quantae in eclesiasticis ordinibus de continentia censentur ! » Exhortation à la chasteté, 13, 4.

[10] cf. Gryson, p.31

[11] foeditas ista coeundi. Arnobe l’Ancien, Contre les nations, 4, 19.

[12] Op. cit., 39

[13] Placuit in totum prohibere episcopis, presbyteris et diaconibus, vel omnibus clericis positis in ministerio, abstinere se a coniugibus suis et non generare filios. Quicumque vero fecerit, ab honore clericatus exterminetur.Le concile d’Elvire s’est réuni aux alentours de l’an 300.