Les brus de Constantin.
jeudi 10 juillet 2014
par Pascal G. DELAGE

On ignore le nom de l’épouse de Constantin II, l’aîné des fils de Constantin et de Fausta, un prince qui régna de 337 à 340. Selon Eusèbe de Césarée [1], ce prince était marié « depuis longtemps » lorsque son frère cadet Constance épousa sa cousine germaine Constantia en 335. Né en 316, Constantin II dut être marié vers 331/2 à l’âge de 15/16 ans. On ignore également l’identité des parents de la jeune impératrice qui suivit alors son époux à Trèves. Comme son cadet Constance II sera uni à une fille de Jules Constance et le benjamin Constant fiancé à une fille de Flauius Ablabius née elle aussi d’une autre nièce de Constantin, il est plus que probable que Constantin II fut marié à une autre de leurs cousines.

Aussi avec beaucoup de vraisemblance, Pierre Maraval [2] propose-t-il de voir dans l’épouse de Constantin II une fille du patrice Flavius Optatus, le consul de 334. Optatus après avoir été le précepteur du fils de l’empereur Licinius, s’était rallié rapidement à Constantin après la défaite de Licinius en 324. Selon Libanios, Optatus était l’époux de la fille d’un aubergiste Paphlagonien [3]. Grâce à sa beauté et son entregent, cette dernière parvint non seulement à sauver son époux mais elle réussit aussi à lui garantir une position encore plus brillante à la Cour de Constantin. Cette « fille d’aubergiste » est très probablement Anastasia, la fille de Constance Chlore et d’Hélène ou de sa seconde épouse Théodora, qui, veuve de Bassianus exécuté en 316, s’était consolée dans les bras d’un palatin de la cour de Licinius qui se trouvait également être son beau-frère. Optatus fut exécuté en juin 337 lors des purges qui ensanglantèrent le Palais après la mort de Constantin, meurtres ordonnés par le prince Constance II.

Constantin II fut le seul constantinide à faire frapper dans sa capitale de Trèves et cela durant tout son règne des monnaies en l’honneur de Théodora, la seconde épouse de Constance Chlore dont les fils et les petits-fils furent ainsi sauvagement éliminés, ces victimes qui étaient également ses cousins, voire peut-être même pour certains d’entre eux ses propres beaux-frères. Nul ne sait ce que devint l’épouse de Constantin II après la mort de son époux lorsqu’au début de l’année 340, il tomba dans une embuscade et fut égorgé alors qu’il tentait de s’emparer des terres de son frère Constant. Le corps du jeune prince – il avait 24 ans – fut précipité sans ménagement dans la rivière Alsa [4] et on ignore l’endroit où fut inhumée sa jeune épouse.

Le second des fils de Constantin, Constance II, celui qui avait été à l’origine des purges sanglantes de juin 337, n’eut guère de scrupule semble-t-il à faire exécuter le frère de sa femme. En effet, il avait épousé la fille de son oncle Iulius Constantius, née de son épouse romaine Galla. Constantia - nom très probable de cette princesse flavienne même s’il n’est pas formellement attesté- était née vers 323/24. Elle était la sœur de Flavius Claudius Constantius Gallus (né en 325 ou 326), d’un autre frère (plus âgé) demeuré anonyme, et la demi-sœur de Flavius Claudius Julianus (Julien, le futur empereur). C’est en juillet 335 que les noces eurent lieu alors que Constance résidait à Antioche [5]. L’époux de Constancia avait sept ans de plus que sa femme, elle-même devait être âgée de 12/13 ans [6]. Ce mariage n’empêchera pas la mise-à-mort des hommes de la famille de Constancia. Elle-même ne mourut que plus tard et ne semble pas avoir connue de disgrâce après la disparition des siens. Sa disparition eut lieu probablement un peu avant 346 (Libanios ne parle pas d’elle dans son Discours 59 alors que le genre littéraire du panégyrique réclame également l’éloge de l’impératrice) et en 350, l’usurpateur Magnence proposait encore sa propre sœur en mariage à Constance devenu veuf. Même si elle ne donna pas d’enfants à Constance II, elle ne fut pas sans une certaine influence sur son époux comme le relatent les historiens ecclésiastiques qui lui attribuent l’orientation pro-arienne de Constance II : Or la liberté de parole qui lui était donnée [un prêtre ami d’Arius] en fit bientôt un familier de la femme de l’empereur et des eunuques de celle-ci. A cette époque le chef des valets de chambre de l’empereur était un eunuque du nom d’Eusèbe ; le prêtre le convainquit de se ranger à l’opinion d’Arius. Sous son influence, les autres eunuques étaient eux-aussi persuadés de penser de même. Bien plus, l’épouse de l’empereur elle-aussi, grâce aux eunuques et au prêtre, se rallie a une telle opinion [7].

Le dernier des fils de Constantin fut fiancé en 335 à Olympias, la fille de Flavius Ablabius, un homo novus d’origine crétoise qui, après avoir été employé de bureaux de sa province [8], devint sénateur de Constantinople grâce à la protection de l’empereur Constantin, vicaire du diocèse d’Asie en 324, préfet du prétoire de Constantin de 329 à 337 et même consul en 331. Selon Fr. Chausson, Ablabius aurait pu épouser une une nièce de Constantin (une fille d’Anastasia ou d’un autre-demi frère de l’empereur ?). A la mort de l’empereur en 337, Ablabius fut exilé, puis assassiné l’année suivante sur l’ordre de Constance II, prince dont il avait pourtant été le mentor. Personnage influent de la cour constantinienne, le poète Sidoine Apollinaire lui prête une liberté de parole quelque peu anachronique : il n’aurait pas hésité à critiquer Constantin pour le meurtre de Fausta et de Crispus [9]. Née vers 330/5, Olympias grandit à la cour et fut fiancée dans son enfance alors qu’elle n’était pas encore nubile à son cousin Constant selon les pratiques endogamiques qui régissaient les mariages princiers, ce que raillera Julien en parlant de « mariages qui n’en sont pas » et qui ne sont que « profanation tant des lois divines que des lois humaines » [10]. Après la mort de son père, Olympias fut élevée à la cour de son futur époux – par sa mère ? – et seule la mort de son fiancé amena la rupture de la promesse : Constance osa avoir à l’égard de son frère le comportement impie que voici : il ne fit que projeter la construction de son tombeau, et il livra aux barbares sa fiancée Olympias sur laquelle Constant avait veillé jusqu’à sa mort et fait éduquer pour lui comme si elle était sa propre épouse [11]. En effet, Constant devant être assassiné en 350 à Elne alors qu’il tentait de fuir en Espagne par les assassins lancés à ses trousses par Magnence, et le mariage n’eut jamais lieu (ont pu intervenir aussi la disgrâce de la famille d’Olympias et/ou l’homosexualité de Constant). Olympias fut finalement mariée en 354 ou plus probablement en 358 (selon Mme Gorsoïan) par Constance II au roi d’Arménie, Arsace II, fils de Khosrov II, qui régnait depuis 350 environ. Ce dernier l’empoisonna après quelques années de mariage (probablement en 361/2 après la mort de Constance II) à l’instigation de sa première femme, P’arandzem, pour que cette dernière puisse à nouveau siéger à ses côtés. Selon le Buzandaran, Olympias ne mangeait que des mets préparés par ses suivantes ou des vins qu’elles avaient goûtés. Aussi P’arandzem fit-elle enlever et réduire à sa merci un prêtre de la cour, Merdchouinig, dont elle se fit un complice. Elle l’obligea alors à donner la communion à Olympias avec une hostie empoisonnée, crime sacrilège qui n’avait jamais été osé jusque-là [12]. Si J. Fontaine fait observer qu’« il est curieux que Constance ait fait reine d’Arménie – ce royaume de grande importance stratégique, et de fidélité variable à Rome – une femme qui pouvait nourrir contre lui les ressentiments les plus justifiés : jugea-t-il qu’elle serait moins dangereuse dans le sérail des rois d’Arménie qu’à l’intérieur des frontières de l’Empire ? », cette objection tombe si Olympias était une princesse constantinide. Olympias avait pour frère Seleucos, qui, semble-t-il, rejoignit dès 353 le futur empereur Julien. Ce Seleucos est le père de la grande Olympias, la protectrice de l’évêque Jean Chrysostome, aristocrate de haute naissance que l’empereur Théodose s’employa – en vain - à faire rentrer dans sa parenté.

Aucune de ces trois femmes ne donnèrent d’enfants aux fils de Constantin, seule Hélène, l’épouse de Crispus, le demi-frère ainé exécuté en 326, donna naissance à une petite fille en 322, naissance célébrée par un rescrit impérial en date du 30 octobre 322 [13] et par lequel Constantin accorde un certain nombre d’amnisties à la suite de la naissance de son premier petit enfant. Il ne fait pas de doute que cette Hélène-là était aussi une cousine ou une très proche parente de son époux… Le mariage entre cousins et cousines ne fut interdit que près de 50 ans plus tard par Théodose Ier.

[1] [Vie de Constantin, 4, 49

[2] Les Fils de Constantin, Editions du CNRS, 2013, p. 14

[3] Or. 42, 26-27

[4] Aurélius Victor, Epitomé 41, 22

[5] Julien, Aux Athéniens, 272, D ; Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin, 4, 49

[6] R. Etienne, « La démographie des familles impériales et sénatoriales au IVe siècle après J.-C »., in Transformations et conflits au IVe, Bonn, 1978, p. 153

[7] Socrate 2, 2, 4-6 ; cf. Sozomène, 3, 1, 4 ; Athanase d’Alexandrie, Ad Mon., 6

[8] Libanios, Or 42, 23

[9] Ep. 5, 8

[10] Or 7, 22

[11] Athanase, Hist. Ar. 69

[12] Buzan. 4, 15

[13] Code Théodosien 9, 38, 1