Grégoire de Nysse, « Contre Eunome, I » (vol. 2)
vendredi 25 février 2011
par Jean-Claude LARCHET

Le Contre Eunome est, avec les « petits traités trinitaires », l’œuvre théologique majeure de saint Grégoire de Nysse.

Celui-ci y réfute la théorie d’Eunome, membre du parti néo-arien des anoméens. N’acceptant pas l’« homoousios » (c’est-à-dire le fait que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont de même essence) proclamé par le concile de Nicée, ceux-ci soutenaient que le Fils est fondamentalement dissemblable (« anhomoios ») du Père. Eunome (335-ca 395), évêque de Cyzique, partiellement influencé par le néo-platonisme, développa une théorie particulière pour justifier cette position, exprimée d’abord dans son « Apologie » (vers 360) : Dieu (le Père) est en soi une essence inengendrée ; il en résulte que l’Inengendré ne peut partager sa nature par engendrement. L’appellation d’ « engendré » désigne l’essence du Fils, qui été produite par une énergie du Père alors qu’elle n’était pas. Inférieur au Père, le Fils a cependant un statut supérieur à celui des autres êtres tirés du néant, car c’est lui qui en est le créateur. Il est certes Dieu, mais pas au même titre que le Père. L’Esprit est troisième en dignité, en ordre et en nature. Il est inférieur au Fils, ayant été produit par l’énergie du Fils sur ordre du Père. Il est la première créature du Monogène, mais la qualité divine et la puissance démiurgique que possède celui-ci lui font défaut.

Après une première partie, introductive (parue dans un précédent volume de la collection « Sources chrétiennes »), cette deuxième partie du premier livre du « Contre Eunome » aborde le fond de la question, et vise en particulier à réfuter l’idée eunomienne selon laquelle Dieu le Père seul étant l’inengendré, le Fils serait d’une essence dissemblable à celle du Père. Alors qu’Eunome affirme que l’essence du Père est la plus élevée et la plus authentique, Grégoire conteste le principe d’essences plus ou moins authentiques et plus ou moins grandes, et montre que pas plus que le Fils n’est inférieur au Père, l’Esprit n’est inférieur au Père et au Fils. Il montre qu’il n’y a pas dans la Trinité une pluralité d’essences, mais une seule essence. Il critique également la théorie eunomienne des énergies et démontre l’absurdité d’une conception qui fait d’une énergie le Père du Monogène. Accusant Eunome de recourir à des raisonnements sophistiques et de tendre vers le manichéisme, Grégoire affirme l’unité d’essence dans la Trinité, et aussi l’unité d’énergie, soulignant que l’énergie est indissociable de l’essence. La réflexion théologique de Grégoire se révèle capitale pour montrer l’égalité des hypostases divines à partir de leur unité d’essence et d’énergie. Elle constitue aussi une étape essentielle dans l’élaboration, au sein de la tradition patristique, de la théologie des énergies divines, définissant de manière précise l’énergie dans sa relation à l’essence, dont elle est distincte sans être séparée. Elle apporte également des précisions en ce qui concerne les rapports entre les hypostases et l’essence, montrant que ce qui vaut pour le Père vaut pour le Fils et l’Esprit selon l’essence et l’énergie, bien que les trois Personnes restent différentes quant à leurs particularités hypostatiques.

R. Winling fournit une traduction claire et précise du texte. Mais pourquoi utiliser pour traduire « ousia » le néologisme « ousie » alors que le mot « essence » existe dans le langage théologique courant et convient parfaitement, ou encore le mot « agénnésie » pour rendre « agennèsia », qui est lui aussi une transposition plutôt qu’une traduction ?

Jean-Claude Larchet

Grégoire de Nysse, « Contre Eunome »

Sources : wwww.orthodoxie.com