Les Pères et les pauvres : les communications
jeudi 8 mai 2008
par Pascal G. DELAGE

Sébastien BEAU (Concertation Solidarité 17), La parole des pauvres et droit à la citoyenneté dans la société aujourd’hui.
La parole des pauvres est-t-elle constitutive du droit à la citoyenneté ? Dans la société d’aujourd’hui, la parole du démuni participe-t-elle à la construction d’une société démocratique, juste, équitable ; mais aussi moderne, technique, médiatique ? Le pauvre devient citoyen quand sa parole est accueillie, écoutée, force de participation. Souvent ses propos sont exhibés, utilisés, instrumentalisés ou simplement étouffés. Lorsque le pauvre n’a plus qu’un droit, celui de se taire, la société régresse et la démocratie recule. Lorsque la parole des pauvres s’est tue, les pierres des cathédrales crient-elles ? A quelles conditions la Parole des pauvres devient-elle constitutive d’un droit du frère ?

Catherine BROC-SCHMEZER (Université de Bordeaux), Pauvreté et spiritualité chez Jean Chrysostome.
Jean Chrysostome est l’une des premières voix qui marqueront l’engagement de l’Eglise en faveur des pauvres, et ce qui frappe ici n’est peut-être pas tant l’originalité de son discours que sa radicalité. Aussi le prédicateur incite-t-il sans cesse ses auditeurs à pratiquer l’aumône dans laquelle il ne voit pas seulement l’instrument d’une redistribution plus équitable des richesses, mais une véritable expérience spirituelle qui permet de rencontrer le Christ – au même titre que l’eucharistie. Mais sa dimension quasi sacramentelle fait que l’aumône n’est pas seulement recommandée au riche : elle est tout aussi indispensable au pauvre, qui, paradoxalement peut-être, est le seul à pouvoir la pratiquer dans sa plénitude et qui, à ce titre, est un maître en spiritualité. Nous le verrons autour d’une figure biblique chère à Chrysostome : celle de la veuve aux deux oboles (Lc 21, 1-4 ; Mc 15, 44).

Aline CANELLIS (Université de Reims – Champagne), Maxime de Turin et les pauvres.
A la fin du 4e et au début du 5e s., au moment où les invasions barbares font rage, Maxime, l’évêque de Turin, aborde, dans ses Sermons, le thème de la pauvreté sous différents angles : la pauvreté matérielle, à laquelle doivent faire face les malheureux de sa communauté, peut trouver un remède dans la générosité des nantis qui, s’ils ne versent pas dans la cupidité ou l’avarice, prodiguent leurs aumônes. Si cette pauvreté, proche de l’ascétisme, est louable aux yeux du Christ, inversement, la pauvreté morale ou spirituelle, entachée souvent de vice ou d’hérésie, ne mérite que les blâmes de l’évêque. C’est toutefois avec plus de bienveillance et de compassion, d’affection même et d’élégance, que de verve polémique et satirique, que Maxime tente de ramener ses ouailles dans le droit chemin. Parmi les exemples bibliques qu’il évoque se dégagent de grands modèles exégétiques comme Jean Baptiste ou Zachée.

   

Michel COZIC (Université de Poitiers), Le pauvre selon Pelage : De Job au Christ ?
En tenant compte de la personnalité du moine breton et des influences qu’il a pu subir (et accepter ou non !), en examinant surtout son souci d’une spiritualité pragmatique appuyée paradoxalement sur une confiance étonnante en la nature humaine et la persuasion d’une sainteté exigeante à la portée de tous, nous nous proposons de voir pourquoi, à travers les œuvres maîtresses de l’auteur, il a privilégié la figure de Job : était-il une figure du Christ ou le modèle d’un stoïcien chrétien ? Son message nous concerne-t-il encore ?

Pascal Gr. DELAGE (Séminaire de Bordeaux),
Qu’un riche ne soit pas ordonné évêque…
Dans un ouvrage récent, Peter Brown rappelait l’appartenance de la grande majorité de l’épiscopat des IIIe/IVe siècles à la « middle class » alors même que la conversion de Constantin et la christianisation des cadres de l’Empire allaient mettre très rapidement les évêques à la tête des cités. Les nouveaux privilèges accordés au clergé rendaient l’épiscopat désirable pour les puissants qui pouvaient y voir une façon de conforter leur pouvoir personnel, ce que dénonce déjà la législation de Constantin et de ses fils. Mais de son côté le corps épiscopal ne fut pas sans voir le danger d’une telle évolution. C’est ce que donne en particulier à entendre le canon 13 (X) du concile de Sardique en 343 qui promeut pour la première fois la nécessité d’un cursus ecclésiastique pour accéder à l’épiscopat et le mettre ainsi à l’abri « des riches, des rhéteurs et des fonctionnaires ».

Janine DESMULLIEZ (Université de Lille III), Paulin de Nole et la paupertas.
Paulin est le modèle du riche aristocrate devenu pauvre : ex opulentissimo diuite uoluntate pauperrimus, qui a mis en pratique la parole évangélique : « si tu veux être parfait, vends ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres ». Comment Paulin et sa soror Therasia ont-ils vécu leur idéal de pauvreté ? De quelle manière se sont-ils séparés de leurs biens ? Le rejet programmé de leurs richesses a-t-il été effectif ? Nous nous efforcerons de répondre à cette problématique en nous appuyant sur le témoignage des lettres de Paulin.

   

Martine DULAEY (Ecole Pratique des Hautes Etudes – Section Sciences Religieuses), Voix des pauvres ? Le témoignage des catacombes.
Peut-on encore dire aujourd’hui, après les travaux et remises en cause des cinquante dernières années, que les catacombes de Rome sont une solution trouvée par l’Eglise au problème de la sépulture des pauvres ? Entend-on dans les catacombes la voix des couches défavorisées de la société ? on interrogera à ce sujet les études topographiques des cimetières romains, les inscriptions, la typologie des tombes et les représentations figurées des fresques, dalles funéraires et sarcophages.

Marie-Hélène DUPRE LA TOUR (religieuse xavière et assistante sociale), La rencontre de l’autre, une rencontre infinie.
« Les pauvres, vous les aurez toujours avec vous » disait Jésus à ses disciples. Aujourd’hui la voix des pauvres sonne d’une manière particulière dans un monde où ils sont de plus en plus nombreux, et à certains égards cachés, occultés par les bruits et l’égoïsme de notre société . Se mettre à leur écoute devient de ce fait de plus en plus nécessaire et en même temps plus difficile, tant des murs peuvent se dresser dans la communication et le langage. A travers l’expérience de ses rencontres comme assistante sociale dans un quartier populaire de Marseille, et le récit qu’elle a pu en faire, Marie Hélène Dupré la Tour proposera quelques réflexions : A quelle condition et dans quelle intention écouter aujourd’hui la voix des pauvres ? Ecouter, pourquoi et en vue de quoi ?

Christel FREU (Université de Rouen), Vox pauperum, uox populi : le cri des « pauvres » chez Ambroise de Milan.
Dans notre communication, nous nous proposons de décrire la diversité des « voix » des pauvres que l’évêque nous fait entendre, tantôt stridentes et tantôt gémissantes, tantôt souffrantes et tantôt conquérantes. C’est en somme l’attitude des pauvres face à l’aumône que l’évêque juge. Il est une attitude idéale et une attitude méprisable. Nous montrerons aussi que si les sermons et les traités de l’évêque se font l’écho de cette uox pauperum, c’est pour plaider la cause de ces « pauvres » auprès des fidèles. A travers l’étude de passages du célèbre De Nabuthae (traité écrit sans doute après 388), nous verrons combien l’évêque parvient à passer subtilement des plaintes des pauvres à celle du peuple tout entier. Vox pauperum, uox populi : voilà en somme la pensée ambroisienne de la charité, étendue à tous ces « pauvres » potentiels que représente le peuple de la cité.

   

Benoît GAIN (Université de Grenoble), Travailler pour secourir l’indigent, la finalité du travail chez Basile de Césarée.
Plusieurs homélies vigoureuses contre le culte de Mammon, des initiatives ponctuelle (instauration d’une « soupe populaire » lors de la famine de 368) ou durable (aménagement de la « Basiliade », vaste complexe d’assistance créé aux portes de Césarée de Cappadoce) ont fait la renommée de saint Basile dans l’ Antiquité chrétienne. Loin de relativiser la portée de cette institution remarquable, déjà assez bien étudiée d’ailleurs, mais considérée par certains comme simple manifestation d’un évergétisme intéressé de la part d’un évêque issu de l’aristocratie, nous voudrions surtout exposer la conception du travail qui se dégage de l’œuvre de Basile : il lui assigne la finalité la plus élevée à ses yeux et la seule valable en définitive : l’assistance aux indigents. Cela est conforme à son maximalisme doctrinal et au primat de la charité (Matthieu, 25), qu’il rappelle à maintes reprises.

Benoît JEANJEAN (Université de Brest), L’exploitation de l’histoire du riche et du pauvre Lazare (Lc 16, 19-31) chez les Pères latins.
Le récit évangélique du riche et du pauvre Lazare est fréquemment cité par les Pères latins des IVe et Ve siècles. La figure du riche indifférent à la misère du pauvre à sa porte sert alors de contre-modèle à la charité chrétienne et permet de dénoncer l’attachement aux biens de ce monde ; celle du pauvre Lazare, à exalter la pauvreté présentée comme une vertu chrétienne. Toutefois, l’opposition entre ces deux figures n’entraîne pas la condamnation sans appel de la richesse et l’éloge inconditionnel de la pauvreté. Depuis Ambroise de Milan jusqu’à Augustin, la palette des interprétations est riche de nuances, notamment dans les homélies ou les commentaires entièrement consacrés à ce récit.

Patrick LAURENCE (Université de Tours), La pauvreté au Bas–Empire : le Code Théodosien et les Pères.
Le Bas–Empire subit des bouleversements profonds, qui ont des répercussions sur bien des aspects de l’existence matérielle. De nombreuses lois du Code Théodosien s’en font l’écho, notamment celles concernant les femmes, qu’il s’agisse de les protéger de la pauvreté, ou au contraire de les enfermer dans des systèmes professionnels et fiscaux extrêmement contraignants, sans oublier le cas particulier de celles qui ont voué leur existence à leur idéal religieux. La législation fournit en la matière un éclairage qui lui est propre, mais qui est souvent doublé par le discours des Pères portant sur les mêmes questions.

   

Johan LEEMANS (Katholieke Universiteit Leuven), Les pauvres ont revêtu le visage de notre Sauveur. Analyse historico-théologique du premier sermon de Grégoire de Nysse De l’amour des Pauvres.
Tout comme notre société contemporaine, le monde de l’Antiquité Tardive connut ses fugitifs : des gens qui, étant obligés de « mener une vie errante et sauvage » furent, par conséquent, fort dépendants de la bienfaisance d’autrui. Pendant les années que Grégoire y fut évêque, la petite ville de Nysse était un lieu de refuge pour bon nombre de fugitifs, que la population dite « autochtone » n’acceptait pas toujours de bon gré. Dans un sermon de carême, intitulé de l’Amour des pauvres I, Grégoire invite son auditoire à venir en aide à ces gens. Il lance un appel pour inclure dans cette euergesia aussi les autres pauvres : les infirmes, les mendiants, etc. Il ajoute à son plaidoyer une demande pour tenir le jeûne avec une âme pure et attentive aux besoins des gens moins privilégiés. Ma contribution analysera le texte de Grégoire en trois étapes. En premier lieu, je me propose de présenter la réalité historique que Grégoire évoque dans son sermon. Pour esquisser le tableau des sans-voix de Cappadoce à la fin du IVe siècle, j’aurai recours à d’autres sources que celle de Grégoire. Pour le cadre général, je ferai référence – entre autres – au livre de Peter Brown : Poverty and Leadership in the Later Roman Empire. Ma seconde partie contiendra une analyse théologique et littéraire du sermon de Grégoire. De quels arguments scripturaires et théologiques se sert-il pour convaincre son auditoire ? Quel est le rôle de la rhétorique ? Je conclurai par quelques observations de nature herméneutique : les mots de Grégoire sont-ils encore pertinents aujourd’hui et, si oui, dans quel sens ? De quelle façon les pauvres revêtent-ils le visage du Seigneur, dans l’Antiquité Tardive et aujourd’hui ?

Denis LENGRAND (Maison de l’archéologie et de l’ethnologie René Ginouvès, Nanterre), La pauvreté à Rome au témoignage de saint Augustin.
A partir d’un petit nombre d’exemples concrets tirés notamment des Sermons et des Confessions, il s’agit de dégager la relativité des notions de pauvreté dans le monde d’Augustin. Il y a d’abord une réalité très crue, où les pauvres, à notre sens, peuvent mourir de faim, et où ils peuvent être victimes de mauvais traitements. Mais l’œuvre d’Augustin témoigne aussi d’une vision sociale de la pauvreté, d’après laquelle on peut être à son aise, au sens actuel, et être en même temps perçu comme relativement démuni.

Claude LEPELLEY (Professeur émérite de l’Université de Paris X), Saint Augustin et la voix des pauvres : son action sociale en faveur des déshérités dans la région d’Hippone.
Beaucoup de lettres et de sermons d’Augustin révèlent son souci permanent de lutter contre la misère et contre les injustices dont étaient victimes les humbles, et en premier lieu les paysans. On constate par ces documents la persistance dans la région d’Hippone d’une petite propriété, mais le fait dominant est la présence de grands domaines cultivées par de petits tenanciers (coloni) . Augustin intervint souvent pour défendre ces paysans contre les exactions qu’ils subissaient. Ainsi dans la lettre 247 est adressée à un riche propriétaire foncier nommé Romulus, qui réduisait les paysans qui travaillaient ses terres à la plus extrême misère, en les contraignant à verser deux fois les redevances qu’ils lui devaient, avec la complicité d’un régisseur (actor) corrompu. L’église d’Hippone subvenait aux besoins de pauvres gens (surtout des veuves et des orphelins) inscrits dans sa matricula pauperum. Augustin demandait aussi une intervention de l’État, par la nomination d’un defensor plebis chargé officiellement de la protection des humbles, notamment lors de la répartition des impôts. Augustin chercha à persuader les grands propriétaires chrétiens de prendre en charge efficacement les petites gens qui dépendaient d’eux (esclaves, coloni, « clients »), conformément au système romain du patronat. La lettre nouvellement découverte 10* date de 428, donc d‘une époque où les invasions barbares désorganisaient l’empire d’Occident. Des trafiquants d’esclaves venus d’Orient engageaient des bandes de brigands qui enlevaient dans les campagnes numides des paysans, qui étaient vendus comme esclaves en Europe. Le vieil Augustin mit tout en œuvre pour mettre fin à ce trafic criminel. Ainsi, les nombreux textes augustiniens traitant de ces questions nous renseignent de près tant sur les structures économiques et sociales du temps que sur les efforts de l’évêque d’Hippone pour porter remède aux injustices sociales.

   

Peter Van NUFFELEN (Université d’Exeter), Le plus beau vêtement pour un empereur : panégyrique et l’amour des pauvres.
Un thème traditionnel de la panégyrique antique est la liberalitas principis : la vertu de l’Empereur s’exprime dans un cadeau gratuit. Même s’il ne devait pas nécessairement s’agir d’une aide aux pauvres, la liberalitas pouvait aussi alléger les besoins des sujets. Elle s’exprimait d’habitude dans l’acte de donner de l’aide financière (pour ceux qui avaient la chance d’avoir accès à l’Empereur), ou dans la rémission d’une partie des taxes dues (pour des parties plus larges de la population). À partir de Constantin la pauvreté s’ajoute aux thèmes de la panégyrique : l’Empereur doit prendre soin des plus pauvres, et par exemple, construire des maisons où ceux-ci peuvent trouver de l’aide. De proche liée à la liberalitas, elle ne s’y identifie pas entièrement. En suivant le développement des deux thèmes, liberalitas et pauvreté, dans la littérature panégyrique de l’Antiquité tardive, on peut constater qu’ils restent d’habitude assez distincts : chez les autres ecclésiastiques on trouve souvent des exhortations à l’adresse de l’Empereur de se vêtir « du plus beau vêtement » : l’amour du pauvre (Eusèbe, Agapetus). En même temps, on continue à rencontrer une insistance classique sur le thème de la rémission des taxes dans des textes plutôt séculiers (les historiens comme Procope). Les cas où la liberalitas est identifiée au soin des pauvres ne sont pas si nombreux.

Luce PIETRI (Professeur émérite de l’Université de Paris IV – Sorbonne), Riches et pauvres dans les œuvres de Salvien de Marseille.
Dans son plus ancien traité l’Ad Ecclesiam, de même que dans ses Lettres (Ep. I et 9), Salvien ne fait guère entendre la voix des pauvres. Il s’adresse aux chrétiens fortunés auxquels il prêche le renoncement aux richesses accumulées ici-bas, en les pressant de donner, de leur vivant ou du moins à l’approche de la mort, tous leurs biens aux pauvres - directement ou par l’intermédiaire de l’Église. La pauvreté est donc présentée comme un idéal spirituel auquel il faut tendre pour échapper à la cupiditas, « racine de tous les maux ». Quant aux pauperes proprement dits, évoqués en référence à l’Évangile de Matthieu, ils apparaissent uniquement comme les instruments grâce auxquels les riches peuvent faire leur salut, car eux-mêmes ont « acheté la béatitude par leur misère ». Dans le De gubernatione Dei, ultérieurement composé, le point de vue du prêtre marseillais est bien différent. Il analyse concrètement la situation précaire des plus défavorisés, les esclaves, les colons et les petits propriétaires, en décrivant avec lucidité le vaste mouvement de paupérisation qui les touche. Un vocabulaire nouveau apparaît dans cet ouvrage pour opposer, non plus les figures intemporelles du riche et du pauvre, mais les deux catégories socio-juridiques contemporaines : ceux qui détiennent fortune et pouvoir leur permettant de se soustraire aux lois, les puissants (potentes), oppriment les petits (minores), les humbles (humiles), en acculant ceux-ci et finalement l’État lui-même à la ruine.

Philippe REGERAT (I.U.F.M. de Champagne-Ardenne), Séverin et le ministère des pauvres dans le Norique au Ve siècle.
La voix des pauvres ne se fait guère entendre dans la Vie de saint Séverin, mais la pauvreté n’en est pas moins présente dans le récit à la fois comme catégorie hagiographique et comme catégorie sociale avec ses multiples composantes (petits paysans, réfugiés, expulsés, migrants) ; Les déshérités de la province-frontière du Norique riverain font l’objet de la constante sollicitude du saint qui, devant l’étendue des besoins, met en place un réseau d’assistance et de secours alimenté par le versement régulier et volontaire d’une dîme (decima) sur le fruit des récoltes et sur les vêtements. Un tel ministère des pauvres, exercé dans des conditions difficiles, doit son efficacité, selon l’auteur, autant à la vertu de l’exemple qu’à la force de prédication du saint.

   

Jean-Marie SALAMITO (Université de Paris IV – Sorbonne), Fondements, caractères et enjeux historiques de l’action des Pères en faveur des pauvres.
La question de l’aide aux pauvres est l’aspect social du christianisme le plus solidement enraciné dans l’Ecriture, dans la pratique ecclésiale et dans la prédication chrétienne. Cette aide aux pauvres se déploie durablement et abondamment dans deux dimensions complémentaires : dans la pratique de l’assistance (laquelle est lourde de conséquences sur le plan social, comme Peter Brown l’a vu mieux que personne) et dans une prédication qui donne aux pauvres une dignité sans précédent (l’impact, cette fois, est plutôt d’ordre psychologique et idéologique). Il s’agira de prendre très au sérieux le titre même du colloque : les Pères relaient la voix des pauvres et on trouve chez eux une compréhension de l’expérience vécue, de la psychologie et de la culture des plus démunis…

Mme Annie WELLENS (Librairie Puits de Jacob), Lecture et écriture, un don à conquérir.
Vécue comme désir, manque ou appropriation, la relation à la lecture et à l’écriture « colore » la voix des pauvres et leurs manières d’exister avec ou contre ceux qui maîtrisent l’écrit et la parole. En témoignent au XVIIIe siècle, comme le montre Arlette Farge dans Le bracelet de parchemin, les billets, missives ou textes de prières portés par des hommes et des femmes au statut précaire, retrouvés morts dans les villes ou les campagnes. De même que les ruses inventées par les esclaves afro-américains du XVIIe au XIXe siècle pour apprendre à lire, le livre de la Bible jouant un grand rôle dans cet apprentissage.