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VIENT DE PARAITRE
mardi 15 décembre

Jonathan CORNILLON

TOUT EN COMMUN ? La vie économique de Jésus et des premières générations chrétiennes

De quoi vivaient Jésus et ses disciples ? Comment l’apôtre Paul et ses compagnons finançaient-ils leurs activités missionnaires ? Les prédicateurs des premières générations chrétiennes étaient-ils rémunérés ? Quelles formes prenait la solidarité matérielle des premières communautés chrétiennes ? Cet ouvrage répond à ces questions en abordant l’ensemble des aspects économiques de la vie des premiers chrétiens. Dans tout l’Empire romain, la vie économique des premières communautés chrétiennes, depuis la prédication de Jésus jusqu’à la fin du IIIe siècle, n’était pas un aspect secondaire de leur engagement religieux, profondément lié à une approche éthique et solidaire de la pauvreté. Cela n’était pour autant pas contradictoire avec la mise en place de formes de financement diverses et ambitieuses, dès la prédication de Jésus. Ce livre montre que les exigences de la morale chrétienne s’accompagnaient d’une recherche d’efficacité, même si les abus et les dysfonctionnements n’étaient évidemment pas absents.

Éditeur : Le Cerf

EAN : 978-2204129978

 
Des traces aux lettres
jeudi 25 juin 2015
par Pascal G. DELAGE
popularité : 9%

Prêtre de Bordeaux, Eutropius était présent auprès d’Ambroise de Milan en 386 au moment de l’invention des martyrs Gervais et Protais, évêque qu’il admirait car il partageait comme lui, comme Paulin de Nole, comme Martin de Tours une conception de la vie chrétienne qui faisait une large part à l’ascétisme et à la Parole de Dieu, à l’ascétisme comme la mise en pratique de la Parole de Dieu. Lié aussi à l’Eglise de Rome (sa dévotion à Pierre, la rencontre de Cerasia…), c’est peut-être lui qui a ramené les reliques des martyrs milanais en Aquitaine (de toute façon, elles furent bien rapportées à la fin du IVe siècle par un clerc) où nous pouvons suivre leur diffusion (Langon, Civeaux…). Envoyé par Delphinus à Saintes à la fin du IVe siècle, il y fonda la première cathédrale mais aussi un premier monastère comme l’avaient fait ses grands devanciers Hilaire de Poitiers, Eusèbe de Verceil ou Ambroise de Milan. Son exact contemporain, Augustin, ne fit pas autre chose à Hippone. De ce monastère, vint son premier successeur qui porte le nom, peu commun mais très révélateur , d’Ambrosius. Comme premier évêque, il lui revient de fonder aussi les premières paroisses de son diocèse, lesquelles devaient être pourvues de reliques. Il est fort possible que la paroisse de Jonzac (Charente-Maritime) puisse remonter à cette très haute époque, la dédicace de l’église de Jonzac en faisant foi. La fondation de la paroisse de Chérac, également dédiée aux saint Gervais et Protais pourrait aussi être rattachée à l’œuvre d’Eutrope. Il faudrait s’intéresser aux églises dédiées à saints Nazaire et Celse, autres martyrs liés au cycle d’Ambroise : Saint-Nazaire et Migron, toujours dans le diocèse de Saintes. Il y aurait aussi le lien à éclaircir entre Anthemius de Poitiers (saint Anthème), contemporain d’Eutropius, et le culte qui lui est rendu à Jonzac.

Ensuite la mémoire d’Eutrope, premier évêque de Saintes, s’estompa… ce qui n’a rien d’inhabituel aux yeux de l’historien tout comme cette recomposition de l’histoire à laquelle l’évêque Palladius de Saintes donna un petit coup de pouce intéressé. Mais pourquoi cette amnésie aussi systématique. Bien sûr, il y a eu les grandes invasions barbares qui brouillèrent les repères traditionnels de la cité antique tout en provoquant destructions, incendies et exodes même s’il ne faut pas exagérer le vandalisme de ces nouveaux arrivants. Il y eut peut-être une autre raison, plus subtile, plus spirituelle, à l’occultation de la mémoire d’Eutropius. Nous l’avons entendu mettre en garde son amie Cerasia contre les séductions des idées de Priscillien. Mais lui-même devait être assez proche des positions théologiques du moine breton Pélage, le grand adversaire d’Augustin. La condamnation du pélagianisme en 417 amena celle de ses partisans. Ainsi s’explique en particulier que l’on dut ruser pour transmettre son œuvre en la plaçant sous le patronage généreux de Jérôme. Il n’empêche qu’au XIIIe siècle, dans le cloître de la cathédrale de Saintes, on conservait la mémoire des écrits d’Eutrope. Reste le martyre ? L’interdiction des cultes traditionnels à la fin du IVe siècle entraîna un chômage massif dans une catégorie professionnelle, celle des bouchers qui étaient aussi les sacrificateurs. Eutrope fut-il alors victime de leurs doléances musclées ?

Ce sarcophage-reliquaire, retrouvé en 1843 et aujourd’hui conservé dans la crypte de la basilique Saint-Eutrope de Saintes, est très probablement médiéval comme en témoigne la graphie du nom Eutropius (XIe/XIIe siècle) et il est vraisemblablement contemporain de la construction de la basilique romane. Ce sarcophage fut ensuite enterré profondément lors des troubles survenus lors des Guerres de Religions pour n’être ramené au jour qu’au XIXe siècle.