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Cornelia Paula Asina
jeudi 25 juillet 2019
par Pascal G. DELAGE
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Maître en ascétisme, Jérôme multiplie auprès de ses dirigées les directives concernant la mortification, la garde des sens, la lecture et la contemplation, ce qui ne l’empêche pas de se gausser des femmes qui affectent des prétentions d’ascétisme par un curieux effet de mode en ces années 380 : « On peut en voir beaucoup, veuves avant que mariées, dont la misérable conscience n’est protégée que par un vêtement menteur ; à moins que ne les trahissent le gonflement du ventre et les vagissements des enfants, elles vont la tête haute et les pieds frétillants… Elles ont coutume de dire : Tout est pur pour les purs, ma conscience me suffit ! C’est un cœur pur que désire Dieu, pourquoi me priver de nourritures que Dieu a créées pour qu’on en use ? (…) il y a certaines qui défigurent leur visage pour bien montrer qu’elles jeûnent. Aperçoivent-elles quelqu’un ? Aussitôt elles gémissent, abaissent leurs paupières, se couvrent la figure ; c’est tout juste si elles libèrent un œil pour regarder. La robe est grossière, la ceinture de vil tissu, les mains et les pieds sales ; mais l’estomac, lui seul, parce qu’on ne peut le voir, étouffe de mangeaille » [2].

Par de telles railleries, Jérôme s’aliène rapidement une partie des spirituels et même une large partie de la communauté chrétienne de Rome. On critique Paula et son insupportable chapelain. Deux décès en 384 rendirent leur position encore plus critique, celui de Blesilla en octobre, peut-être dû à des pratiques ascétiques excessives dont on rendit bien sûr Jérôme responsable, puis le 11 décembre, mourait Damase, et avec lui disparaissait le protecteur de Jérôme. Les calomnies vont bon train, Paula est très affectée par la mort de sa fille, au grand dam de Jérôme : « Jusqu’ici je t’ai parlé comme si j’admonestais une chrétienne quelconque de la masse. Mais, en fait, je le sais, tu as renoncé totalement au monde ; tu as rejeté et foulé aux pieds ses plaisirs pour vaquer chaque jour à la prière, aux jeûnes, à la lecture. A l’exemple d’Abraham, tu souhaites sortir de ton pays et de ta famille, tu veux abandonner les Chaldéens et la Mésopotamie pour entrer dans la Terre promise. Ta fortune toute entière, tu l’as ou distribuée aux pauvres ou donnée à tes enfants avant ta mort, étant déjà morte au monde. Dès lors, je m’étonne que tu fasses, toi, ce qui semblerait répréhensible chez toutes les autres si elles le faisaient… Si je songe que tu es mère, je ne te blâme pas de pleurer ; si je songe que tu es chrétienne et moniale chrétienne, ces titres excluent celui de mère. Je ne saurais, sans gémir, exposer ce que je vais dire. Tandis que, au milieu du cortège funèbre, on te rapporte chez toi inanimée, voici les murmures qui s’échangeaient dans le public : « N’est-ce pas ce que nous avions dit ? Elle pleure sa fille tuée par les jeûnes parce que faute d’un second mariage, elle n’a pu en obtenir de petits enfants. Cette détestable espèce de moines, qu’attend-on pour les expulser de la Ville, ou la lapider, ou la précipiter dans les flots ? Ils ont séduit cette pauvre matrone. Elle n’a jamais voulu être moniale. La preuve : aucune païenne n’a jamais si bruyamment pleuré ses enfants » [3].

La situation devient difficile pour Jérôme, en juin 385, il est traduit devant un tribunal ecclésiastique. Là il est interrogé sur ses relations avec les dames de l’aristocratie, et tout particulièrement sur celles qu’il entretient avec Paula. Bien qu’acquitté, Jérôme décide de reprendre au plus tôt le chemin de l’Orient. Quelques jours après, il était suivi par Paula, Eustochium et leurs servantes : « Elle descendit au port accompagnée par son frère, ses parents, ses alliés et - ce qui est le plus important encore - ses enfants. Déjà les voiles se gonflaient et le bateau, poussé par les rames, était entraîné vers le large. Le petit Toxotius tendait vers le rivage ses mains suppliantes. Rufina, tout près de se marier, l’adjurait par ses pleurs silencieux d’attendre ses noces. Pourtant, elle dirigeait vers le ciel des yeux sans larmes, dominant ses sentiments envers Dieu. Elle ne voulait rien savoir de la mère, pour se montrer digne servante du Christ Ses entrailles étaient torturées, et elle luttait avec la douleur comme si on lui arrachait ses membres - en cela plus admirable que quelconque, car elle vainquait un grand amour (…). Dédaignant l’amour des enfants au nom d’un plus grand amour de Dieu, elle se reposait sur la seule Eustochium, compagne et de son projet et de sa traversée. Pendant ce temps, le bateau fendait la mer, et alors que tous ceux qui voyageaient avec elle regardaient le rivage, elle portait ses yeux à l’opposé, pour ne pas voir ceux qu’elle ne pouvait pas voir sans tourment. Je l’affirme : personne n’aima ainsi ses enfants, auxquels elle avait distribué tous ses biens avant de partir, se déshéritant sur la terre pour trouver un héritage dans le ciel » [4].

 

[2] Ep. 32 ; trad. J. Labourt

[3] Ep. 39, 5-6

[4] Jérôme, Ep. 108

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