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Accueil du siteCOLLOQUES DE PATRISTIQUE DE LA ROCHELLELes Pères de l’Eglise et les pauvres
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dimanche 20 septembre 2020
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Les Pères et les pauvres : les communications
jeudi 8 mai 2008
par Pascal G. DELAGE
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Peter Van NUFFELEN (Université d’Exeter), Le plus beau vêtement pour un empereur : panégyrique et l’amour des pauvres.
Un thème traditionnel de la panégyrique antique est la liberalitas principis : la vertu de l’Empereur s’exprime dans un cadeau gratuit. Même s’il ne devait pas nécessairement s’agir d’une aide aux pauvres, la liberalitas pouvait aussi alléger les besoins des sujets. Elle s’exprimait d’habitude dans l’acte de donner de l’aide financière (pour ceux qui avaient la chance d’avoir accès à l’Empereur), ou dans la rémission d’une partie des taxes dues (pour des parties plus larges de la population). À partir de Constantin la pauvreté s’ajoute aux thèmes de la panégyrique : l’Empereur doit prendre soin des plus pauvres, et par exemple, construire des maisons où ceux-ci peuvent trouver de l’aide. De proche liée à la liberalitas, elle ne s’y identifie pas entièrement. En suivant le développement des deux thèmes, liberalitas et pauvreté, dans la littérature panégyrique de l’Antiquité tardive, on peut constater qu’ils restent d’habitude assez distincts : chez les autres ecclésiastiques on trouve souvent des exhortations à l’adresse de l’Empereur de se vêtir « du plus beau vêtement » : l’amour du pauvre (Eusèbe, Agapetus). En même temps, on continue à rencontrer une insistance classique sur le thème de la rémission des taxes dans des textes plutôt séculiers (les historiens comme Procope). Les cas où la liberalitas est identifiée au soin des pauvres ne sont pas si nombreux.

Luce PIETRI (Professeur émérite de l’Université de Paris IV – Sorbonne), Riches et pauvres dans les œuvres de Salvien de Marseille.
Dans son plus ancien traité l’Ad Ecclesiam, de même que dans ses Lettres (Ep. I et 9), Salvien ne fait guère entendre la voix des pauvres. Il s’adresse aux chrétiens fortunés auxquels il prêche le renoncement aux richesses accumulées ici-bas, en les pressant de donner, de leur vivant ou du moins à l’approche de la mort, tous leurs biens aux pauvres - directement ou par l’intermédiaire de l’Église. La pauvreté est donc présentée comme un idéal spirituel auquel il faut tendre pour échapper à la cupiditas, « racine de tous les maux ». Quant aux pauperes proprement dits, évoqués en référence à l’Évangile de Matthieu, ils apparaissent uniquement comme les instruments grâce auxquels les riches peuvent faire leur salut, car eux-mêmes ont « acheté la béatitude par leur misère ». Dans le De gubernatione Dei, ultérieurement composé, le point de vue du prêtre marseillais est bien différent. Il analyse concrètement la situation précaire des plus défavorisés, les esclaves, les colons et les petits propriétaires, en décrivant avec lucidité le vaste mouvement de paupérisation qui les touche. Un vocabulaire nouveau apparaît dans cet ouvrage pour opposer, non plus les figures intemporelles du riche et du pauvre, mais les deux catégories socio-juridiques contemporaines : ceux qui détiennent fortune et pouvoir leur permettant de se soustraire aux lois, les puissants (potentes), oppriment les petits (minores), les humbles (humiles), en acculant ceux-ci et finalement l’État lui-même à la ruine.

Philippe REGERAT (I.U.F.M. de Champagne-Ardenne), Séverin et le ministère des pauvres dans le Norique au Ve siècle.
La voix des pauvres ne se fait guère entendre dans la Vie de saint Séverin, mais la pauvreté n’en est pas moins présente dans le récit à la fois comme catégorie hagiographique et comme catégorie sociale avec ses multiples composantes (petits paysans, réfugiés, expulsés, migrants) ; Les déshérités de la province-frontière du Norique riverain font l’objet de la constante sollicitude du saint qui, devant l’étendue des besoins, met en place un réseau d’assistance et de secours alimenté par le versement régulier et volontaire d’une dîme (decima) sur le fruit des récoltes et sur les vêtements. Un tel ministère des pauvres, exercé dans des conditions difficiles, doit son efficacité, selon l’auteur, autant à la vertu de l’exemple qu’à la force de prédication du saint.