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Accueil du siteCOLLOQUES DE PATRISTIQUE DE LA ROCHELLELes Pères de l’Eglise et les pauvres
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mardi 15 septembre 2020
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Les Pères et les pauvres : les communications
jeudi 8 mai 2008
par Pascal G. DELAGE
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Johan LEEMANS (Katholieke Universiteit Leuven), Les pauvres ont revêtu le visage de notre Sauveur. Analyse historico-théologique du premier sermon de Grégoire de Nysse De l’amour des Pauvres.
Tout comme notre société contemporaine, le monde de l’Antiquité Tardive connut ses fugitifs : des gens qui, étant obligés de « mener une vie errante et sauvage » furent, par conséquent, fort dépendants de la bienfaisance d’autrui. Pendant les années que Grégoire y fut évêque, la petite ville de Nysse était un lieu de refuge pour bon nombre de fugitifs, que la population dite « autochtone » n’acceptait pas toujours de bon gré. Dans un sermon de carême, intitulé de l’Amour des pauvres I, Grégoire invite son auditoire à venir en aide à ces gens. Il lance un appel pour inclure dans cette euergesia aussi les autres pauvres : les infirmes, les mendiants, etc. Il ajoute à son plaidoyer une demande pour tenir le jeûne avec une âme pure et attentive aux besoins des gens moins privilégiés. Ma contribution analysera le texte de Grégoire en trois étapes. En premier lieu, je me propose de présenter la réalité historique que Grégoire évoque dans son sermon. Pour esquisser le tableau des sans-voix de Cappadoce à la fin du IVe siècle, j’aurai recours à d’autres sources que celle de Grégoire. Pour le cadre général, je ferai référence – entre autres – au livre de Peter Brown : Poverty and Leadership in the Later Roman Empire. Ma seconde partie contiendra une analyse théologique et littéraire du sermon de Grégoire. De quels arguments scripturaires et théologiques se sert-il pour convaincre son auditoire ? Quel est le rôle de la rhétorique ? Je conclurai par quelques observations de nature herméneutique : les mots de Grégoire sont-ils encore pertinents aujourd’hui et, si oui, dans quel sens ? De quelle façon les pauvres revêtent-ils le visage du Seigneur, dans l’Antiquité Tardive et aujourd’hui ?

Denis LENGRAND (Maison de l’archéologie et de l’ethnologie René Ginouvès, Nanterre), La pauvreté à Rome au témoignage de saint Augustin.
A partir d’un petit nombre d’exemples concrets tirés notamment des Sermons et des Confessions, il s’agit de dégager la relativité des notions de pauvreté dans le monde d’Augustin. Il y a d’abord une réalité très crue, où les pauvres, à notre sens, peuvent mourir de faim, et où ils peuvent être victimes de mauvais traitements. Mais l’œuvre d’Augustin témoigne aussi d’une vision sociale de la pauvreté, d’après laquelle on peut être à son aise, au sens actuel, et être en même temps perçu comme relativement démuni.

Claude LEPELLEY (Professeur émérite de l’Université de Paris X), Saint Augustin et la voix des pauvres : son action sociale en faveur des déshérités dans la région d’Hippone.
Beaucoup de lettres et de sermons d’Augustin révèlent son souci permanent de lutter contre la misère et contre les injustices dont étaient victimes les humbles, et en premier lieu les paysans. On constate par ces documents la persistance dans la région d’Hippone d’une petite propriété, mais le fait dominant est la présence de grands domaines cultivées par de petits tenanciers (coloni) . Augustin intervint souvent pour défendre ces paysans contre les exactions qu’ils subissaient. Ainsi dans la lettre 247 est adressée à un riche propriétaire foncier nommé Romulus, qui réduisait les paysans qui travaillaient ses terres à la plus extrême misère, en les contraignant à verser deux fois les redevances qu’ils lui devaient, avec la complicité d’un régisseur (actor) corrompu. L’église d’Hippone subvenait aux besoins de pauvres gens (surtout des veuves et des orphelins) inscrits dans sa matricula pauperum. Augustin demandait aussi une intervention de l’État, par la nomination d’un defensor plebis chargé officiellement de la protection des humbles, notamment lors de la répartition des impôts. Augustin chercha à persuader les grands propriétaires chrétiens de prendre en charge efficacement les petites gens qui dépendaient d’eux (esclaves, coloni, « clients »), conformément au système romain du patronat. La lettre nouvellement découverte 10* date de 428, donc d‘une époque où les invasions barbares désorganisaient l’empire d’Occident. Des trafiquants d’esclaves venus d’Orient engageaient des bandes de brigands qui enlevaient dans les campagnes numides des paysans, qui étaient vendus comme esclaves en Europe. Le vieil Augustin mit tout en œuvre pour mettre fin à ce trafic criminel. Ainsi, les nombreux textes augustiniens traitant de ces questions nous renseignent de près tant sur les structures économiques et sociales du temps que sur les efforts de l’évêque d’Hippone pour porter remède aux injustices sociales.