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Accueil du siteCHRISTIANISATION DE L’AQUITAINEAu Ve et VIe siècle en Aquitaine.
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jeudi 25 février 2021
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VIENT DE PARAITRE
mardi 15 décembre

Jonathan CORNILLON

TOUT EN COMMUN ? La vie économique de Jésus et des premières générations chrétiennes

De quoi vivaient Jésus et ses disciples ? Comment l’apôtre Paul et ses compagnons finançaient-ils leurs activités missionnaires ? Les prédicateurs des premières générations chrétiennes étaient-ils rémunérés ? Quelles formes prenait la solidarité matérielle des premières communautés chrétiennes ? Cet ouvrage répond à ces questions en abordant l’ensemble des aspects économiques de la vie des premiers chrétiens. Dans tout l’Empire romain, la vie économique des premières communautés chrétiennes, depuis la prédication de Jésus jusqu’à la fin du IIIe siècle, n’était pas un aspect secondaire de leur engagement religieux, profondément lié à une approche éthique et solidaire de la pauvreté. Cela n’était pour autant pas contradictoire avec la mise en place de formes de financement diverses et ambitieuses, dès la prédication de Jésus. Ce livre montre que les exigences de la morale chrétienne s’accompagnaient d’une recherche d’efficacité, même si les abus et les dysfonctionnements n’étaient évidemment pas absents.

Éditeur : Le Cerf

EAN : 978-2204129978

 
Un monde qui ploie.
dimanche 25 septembre 2016
par Pascal G. DELAGE
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Des Wisigoths en effet qui, après plusieurs années d’errance en Italie du nord et la prise de Rome en 410, s’étaient à leur tour dirigés vers l’Aquitaine avec l’espoir de pouvoir s’y établir. Le Sud-ouest de la Gaule apparaissait comme « libre » depuis qu’en 409, les tribus suèves, alaines et vandales s’étaient engouffrées dans les cols pyrénéens dégarnis de leurs troupes romaines par un usurpateur éphémère du nom de Gerontius. Un témoignage un peu plus tardif nous laisse entrevoir le sort parfois dramatique des populations gallo-romaines déplacées par les envahisseurs et le découragement de ces hommes et de ces femmes qui se pensent abandonnés par Dieu : Toi, disent-ils, qui crois que les causes et les événements des hommes sont subordonnés à la volonté de Dieu et réglés par lui, dis-nous pour quels crimes tant de villes ont péri à la fois ? Pourquoi tant de pays, tant de peuples ont mérité de telles calamités ? Si l’Océan avait débordé tout entier sur les campagnes des Gaules, il resterait quelque chose de plus après cette inondation. Le bétail et les semences font défaut ; il n’y a plus de place pour l’olivier ou la vigne ; les ravages du feu et de l’eau ont dévasté, sur les domaines, les bâtiments ; spectacle plus triste encore ! Certains, depuis cette époque, sont demeurés inhabités. Si une telle calamité est supportable, hélas ! Fallait-il que depuis plus de dix ans nous soyons décimés par l’épée des Vandales et des Goths [6]. Les clercs ne sont pas épargnés comme en témoigne un autre passage du De Providentia qui nous met en présence d’un évêque anonyme déporté par les Goths : Toi aussi, tout couvert de poussière, au milieu des chariots et des armes des Gètes, tu as fait une pénible route, accablé sous de lourds fardeaux, lorsque ce saint vieillard, banni de sa ville livrée aux flammes, conduisait, pasteur exilé, ses brebis couvertes de blessures [7].

De 407 à 418, l’Aquitaine est ainsi soumise aux passages incessants des bandes armées, régulières ou germaines, s’alliant ou se combattant alternativement, au gré des circonstances ou des intérêts locaux. Ainsi à Bazas, le même Paulin de Pella parvient à convaincre un chef alain de l’aider à repousser les Wisigoths qui assiégeaient la ville [8]. De fait, les villes résistent un peu mieux derrière leurs murailles (ce qui est le cas de la plupart des cités de notre région) mais cela n’empêcha pas des destructions urbaines (cf. le sort de Bordeaux ou la ville anonyme citée par le De Providentia). Des villae ont aussi été incendiées, d’autres propriétaires ont été obligés d’héberger des hôtes indésirables. Autre facteur de désorganisation bien documenté mais peu rappelé, la révolte des esclaves (bagaudes) qui voyaient dans l’irruption des barbares un moyen de secouer leur joug et de mettre un terme à des conditions de vie inhumaines surtout au regard du luxe qui caractérisait le train de vie des seigneurs aquitains.

Vu du côté des communautés chrétiennes, les tribus germaniques représentaient aussi un double péril : celui de l’envahisseur qui pouvait détruire l’ecclesia locale mais aussi la tentation d’un christianisme hétérodoxe. En effet, les élites de ces peuples envahisseurs étaient passées à l’arianisme au milieu du IVe siècle, une forme de christianisme simplifié qui ne reconnaissait pas la divinité du Christ. Mais s’il y a eu bien des massacres de civils, il n’y a pas eu à proprement parler des martyrs, c’est-à-dire des hommes ou des femmes mis à mort spécifiquement en raison de leur attachement à la foi catholique. Les communautés chrétiennes se resserrent alors autour de leurs pasteurs dans les villes remparées, à proximité de la cathédrale, un bâtiment souvent fort modeste à l’ombre des murailles de la cité. Dans cette époque de grande confusion, des évêques se signalent par leur courage (cf. le témoignage de Paulin), d’autres organisent la solidarité et Exupère de Toulouse devra même se justifier pour avoir vendu les vases en or de l’Eglise pour nourrir les populations affamées comme le rappelle Jérôme : Au milieu des misères de ce temps et parmi les épées tirées de toutes parts, c’est être riche que de ne pas manquer de pain. C’est être puissant que de ne pas être réduit en servitude. Le saint évêque de Toulouse, Exuperius, imite la veuve de Sarepta et endure la faim pour nourrir autrui. Le visage pâle des jeûnes, il est torturé par la faim d’autrui et a distribué tout son bien aux pauvres qui sont les entrailles du Christ. Nul n’est plus riche que lui qui porte le corps du Seigneur dans une corbeille d’osier, son sang dans du verre [9]. C’est peut-être dans ce contexte extrêmement troublé que le premier évêque de Saintes, Eutrope, a pu être éliminé au cours d’un pogrom organisé par des païens qui pouvaient eux-aussi relever la tête à l’occasion de cette désorganisation générale de l’Empire. Mais il faut bien voir qu’il nous reste que très peu de témoignages sur cette époque de feu et de fer. Par ailleurs, il est évident qu’il y a des éléments de continuité, les villes n’ont pas été entièrement détruites, une grande partie des villae continuent à être exploitées, les listes épiscopales ne sont pas interrompues. Cependant il n’en reste pas moins vrai que c’est une époque de grande confusion à laquelle ce qui reste d’Empire romain, depuis la nouvelle capitale, Ravenne, va essayer de donner un peu de forme.

 

[6] cf. Pseudo-Prosper d’Aquitaine, Carmen de Providentia, 15-29

[7] Ibid, 57-60

[8] Eucharisticon, 378- 400

[9] Ep. 125, 20, trad. P. Courcelle