Confession ou rétractation ?
lundi 1er juin 2015
par Annie WELLENS

L’allègement ressenti ne dura pas longtemps, car il m’apparut que les lecteurs de cette correspondance n’étant pas tous présents à la journée chrysostomienne, je continuais de maintenir les absents dans une erreur aussi large que le ciel [1] : celle de ma transcription fautive, au sein du corpus des lettres de Bessus et Bacchus, de la missive 49, à l’avant-dernière ligne. Voici la phrase coupable : Vera, toujours à l’affût de mes lectures, me précise que n’étant plus une jeune fille, elle boirait volontiers à notre repas du soir, de cet excellent vin de Burdigala récemment arrivé dans notre cellier. Et, là, le rouge me monte au front , aussi rouge que ce vin supposé venir de Bordeaux.

Bessus, signataire de cette lettre, habitant le Sud-Ouest, il m’a semblé évident que le mot un peu difficile à déchiffrer que j’avais sous les yeux ne pouvait être que « Burdigala ». C’est en reclassant les manuscrits que je me suis de nouveau arrêtée sur ce mot, peut-être avec un éclairage plus favorable que lors de la première lecture, et qu’immédiatement s’est imposée une autre lecture : Romanesca , aujourd’hui Romanèche-Thorins, dans le Beaujolais où la vigne est cultivée depuis l’époque Gauloise. Et ce serait à Jules César et à ses légions que l’on devrait le développement de la culture de la vitis vinifera dans la région. Ainsi, avant le passage à gué de la Mauvaise sur la grande voie romaine stratégique reliant Lugdunum (Lyon, alors capitale des Gaules) à la mer du Nord, des essais de culture de la vigne furent entrepris autour des villas gallo-romaines édifiées à Romanesca .

Ces essais furent longs à s’étendre, mais au IIIe siècle, les vins déjà réputés s’en allaient à Lyon par des bateaux sur la Saône, logés dans des outres et amphores. Bessus diversifiait donc ses achats de vin, et ne s’en tenait pas exclusivement à ceux de sa région, ce qui est tout à son honneur.

AW

[1] Nous sommes toujours dans la tonalité augustinienne. Tu fais une erreur aussi large que le ciel se trouve dans le De Genesi ad litteram, 1, 19, 39 [PL 34, 261). On trouve aussi cette locution chez Macrobe (Saturnalia, 3, 12, 10).