Entretien avec... Léopold MAUREL
dimanche 10 avril 2011
par Cécilia BELIS-MARTIN

Léopold Maurel vous êtes l’un des quatre archéologues du Conseil Général de Charente-Maritime. Je crois que tous les départements français ne bénéficient pas d’une telle chance. Pouvez-nous nous dire en quoi consiste votre mission et quoi peut correspondre votre « cahier des charges » ?

Tous les départements ne sont pas dotés d’un service archéologique mais ils sont de plus en plus nombreux au fil des années. Par ailleurs, certaines communes et communautés de communes sont également pourvues de tels services. Mes missions sont de plusieurs ordres. J’ai la responsabilité scientifique et technique d’opérations préventives et programmées dans le département de la Charente-Maritime. Les opérations préventives s’inscrivent dans le cadre d’aménagements (urbains, routiers, ZAC…) susceptibles de receler des vestiges archéologiques. Après prescription de l’état, nous réalisons des diagnostics archéologiques (tranchées à l’aide d’une pelle mécanique) afin de déterminer le potentiel archéologique de l’emprise du projet d’aménagement.

Dans le cas d’une présence de vestiges, l’Etat peut prescrire une fouille préventive que je dirigerai avec une équipe d’archéologues et de spécialistes, recrutés en fonction des découvertes réalisées. Par ailleurs, en fonction des découvertes et des projets de valorisation patrimoniale, je suis amené à conduire des fouilles programmées, comme cela a été le cas à Jonzac en 2009. Enfin, après tous ces travaux de terrain, succède la phase d’étude des vestiges et des données réunies. Ce travail est important, il aboutit à la rédaction d’un rapport final d’opération qui doit être le plus exhaustif possible. Nous travaillons également à la diffusion des connaissances acquises tant auprès des spécialistes que du grand public.

Comment devient-on archéologue départemental ? Une façon de concilier passion et professionnalisme ?

Le cursus pour devenir archéologues varie car il existe beaucoup de spécialités dans ce secteur. Le parcours classique est de suivre des études universitaires disons jusqu’au Master ou Doctorat, avec une spécialité chronologique (Préhistoire, Antiquité, Moyen Âge…) et géographique. Parallèlement aux études, il faut absolument se constituer une expérience de terrain en participant à des chantiers de fouilles pour bénévoles. Il existe plusieurs types d’employeurs, les collectivités territoriales en font partie comme nous l’avons déjà évoqué.

En ce qui me concerne, j’ai réussi un concours d’attaché de conservation du patrimoine qui m’a permis d’être titulaire dans une collectivité et d’exercer mon métier. Soulignons qu’il existe une grande précarité professionnelle dans le monde des archéologues (et pas seulement chez les archéologues d’ailleurs) et que nombreux sont ceux qui vivent de contrats établis pour une opération. L’archéologie est ma passion, c’est aussi mon métier avec ces contraintes comme tous les autres métiers.

Les internautes visitant régulièrement le site de CaritasPatrum ont suivi les étapes de la fouille du parvis de l’église de Jonzac (17). Un an après la fin des travaux, que nous apprend cette fouille et ouvre-t-elle de nouvelles perspectives ?

Tout le travail d’étude de cette fouille n’est pas achevé et notamment l’étude du mobilier funéraire. Disons qu’à ce jour nous avons récolté des informations vraiment très intéressantes qui nous permettent de mieux connaître les pratiques funéraires, l’état de santé de ces populations qui ont vécu aux débuts du Moyen Âge. Mais au-delà de ces données, nous avançons également dans l’appréhension de leur organisation sociale. N’oublions pas que le monde des morts nous renseigne aussi sur celui des vivants. J’aurai le plaisir de faire une conférence à la rentrée scolaire prochaine sur ce sujet à Jonzac.

Les fouilles que vous avez conduites à Saint-Saturnin du Bois ont ramené au jour une superbe villa gallo-romaine datée des Ier au IVe siècle de notre ère et même au-delà. Où en sommes-nous de la recherche sur ce site ?

La fouille de cette villa va se poursuivre dans les prochaines années et une campagne aura lieu dès cet été. Nous allons poursuivre le travail débuté en 2008. La fouille se concentrera cette année sur la partie résidentielle de l’édifice. Les premiers résultats de 2008 ont déjà tenus toutes leurs promesses, nous de doutons pas qu’il en sera de même cet été. Nous serons une équipe de trois professionnels et une vingtaine de bénévoles pour 2 mois (août-septembre).

Voilà qui devrait changer les idées reçues sur l’Aunis qui voudraient que contrairement à la Saintonge, celle-ci ne soit dans l’Antiquité qu’une « contrée vouée aux moustiques et aux naufrageurs » ?

De nombreuses idées reçues ont longtemps été véhiculées par les historiens anciens sur l’occupation de l’Aunis, considérée à tort comme peu importante voire inexistante sur certaines périodes. Pour commencer, soulignons que Saint-Saturnin du Bois se situe en marge de l’Aunis, tout du moins géographiquement. Saint-Saturnin du Bois s’inscrit comme son nom l’indique d’ailleurs dans un cadre géographique vallonné, ouvert sur des marais et anciennement partie intégrante de la forêt d’Argençon. En outre, de nombreux témoignages archéologiques viennent dresser un tableau relativement riche sur l’occupation antique de ces contrées. Prenons par exemple l’amphithéâtre de Saint-Georges du Bois, les découvertes sporadiques d’habitats antiques comme à Surgères, Saint-Germains de Marençennes… Toutes ces données témoignent d’une riche occupation antique dans ce secteur.

Des chantiers de fouilles préventives en cours ou en projets ?

Nous réalisons en ce moment beaucoup d’opérations de diagnostics archéologiques préventifs. Pour l’instant la plupart se sont avérés positifs mais faiblement, ne nécessitant pas de fouille complémentaire. N’oublions pas que, même dans les cas où nos investigations s’avèrent négatives, l’absence d’information est également une information.

Merci Léopold Maurel