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Accueil du siteLES MERES DE L’EGLISE ET AUTRES DAMESMarie-Madeleine, témoin et apôtre
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vendredi 25 septembre 2020
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Apport de la littérature apocryphe et gnostique
vendredi 20 novembre 2015
par Emilien LAMIRANDE
popularité : 3%

3. La destinée post-pascale de Marie-Madeleine

Les écrits gnostiques ou supposés tels ne se sont guère souciés du sort concret de Marie-Madeleine après le départ du Christ. Ils la situent dans le contexte de ses apparitions et ne s’intéressent qu’aux révélations dont elle aurait bénéficié. Il en est tout autrement des Actes de Philippe, du Ve siècle, qui mettent en scène une Marianne transformée en sœur de l’apôtre. Philippe reçoit en partage la terre des Hellènes (Hiérapolis d’Asie), réputée vénérer des vipères. Il ne cache pas sa répugnance à remplir cette mission et Marianne en informe le Seigneur qui l’exhorte en ces termes : « Je sais que tu es bonne et vaillante en ton âme et bénie parmi les femmes ; voilà qu’une mentalité de femme a gagné Philippe, tandis qu’habite en toi une mentalité virile et vaillante. Va donc avec lui en tout lieu où il se rend et ne cesse pas de le soutenir avec amour et grande compassion [49]. » Marianne est sommée de se dépouiller de tout ce qui rappelle la femme, c’est-à-dire l’Ève prévaricatrice. Avec Barthélémy (un des soixante-dix disciples), elle accompagne Philippe et participe à ses tribulations et à ses joies [50].

Les prodiges se multiplient, les conversions aussi. On soigne les malades, Philippe baptise les hommes, Marianne les femmes, le léopard et le chevreau qui avaient fait le voyage avec eux prononcent l’Amen [51]. À l’épouse du pro-consul, Nicora, qui va se déclarer juive, Marianne tient ces propos : « O fille de l’Esprit, tu es ma maîtresse, qui a été donnée en gage aux serpents ; je suis venue te sauver ; je briserai tes liens et les couperai à la racine. Voici qu’est venu le Rédempteur qui te délivre ; voici que s’est levé le soleil de justice, afin de t’éclairer [52]. » Le trio apostolique est finalement arrêté avec les deux animaux. Ses membres sont désignés comme « ces sorciers, ces séducteurs, qui ont égaré les âmes de tant de femmes en répétant : Nous sommes pieux [53]. » Philippe est crucifié la tête en bas, un évêque est installé à Hierapolis, Barthélemy et Marianne vont achever leurs jours le premier en Lycaonie, l’autre vers le Jourdain. Le Seigneur, sous les traits de Philippe, leur était apparu en leur disant : « Partez vers le lieu qui vous est échu, car la plante qui a pris racine dans cette ville portera de bons fruits [54]. »

On conservait donc encore, à travers le légendaire ou le merveilleux, l’image d’une femme liée aux Douze, annonciatrice elle-même de l’Évangile. Une recension tardive en grec des Actes de Pilate évoque de Marie-Madeleine un discours revendicatif de lamentation où, au moment de l’ensevelissement de Jésus, elle se propose de dénoncer jusqu’auprès de l’empereur le crime perpétré contre son maître. Des sources byzantines ont supposé qu’elle avait accompli le voyage à Rome [55]. Tout ceci ne nous mène pas très loin. Un synaxaire jacobite suppose qu’elle a exercé, à côté des apôtres, un ministère conforme au modèle du diaconat féminin institué plus tard :

Après l’ascension, elle resta au service des apôtres. Les grâces de l’Esprit saint se répandirent sur eux selon la prophétie de Joël. […] Elle annonça l’Évangile avec les disciples et amena beaucoup de femmes à la foi au Messie. On l’établit diaconesse pour enseigner les femmes et les baptiser. Elle éprouva de la part des Juifs des affronts, des coups et de nombreuses humiliations. Puis elle mourut au service des disciples [56].

 

[49] Actes de Philippe, 8, 3 : trad. du grec de F. Amster, dans F. Bovon et P. Goltrain, éd., Écrits apocryphes chrétiens, t. I, pp. 1264-1265.

[50] Ibid., 8, 15 : pp. 1270-1271.

[51] Ibid., 14, 8 : p. 1304.

[52] Ibid., Martyre, 9 : p. 1302.

[53] Ibid., 14-15, p. 1304 ; cf. 22 : pp. 1306-1307, à propos de la même accusation.

[54] Ibid., 39-42 : pp. 1318-1320. F. Bovon, « Mary Magdalene in the « Acts of Philip », loc. cit., pp. 80-89, relève les rôles ou qualités attribués à l’héroïne : guérisseuse, enseignante, ministre du culte, croyante « virile ». Dans la version copte, le personnage de Marie-Madeleine est remplacé par celui de Pierre : A. G. Brock, Mary Magdalene, the First Apostle, pp. 124-128.

[55] Actes de Pilate, I, 11 (recension grecque B) : trad. M. R. James, The Apocryphal New Testament, Oxford, Clarendon, 1980, p. 117.

[56] Ed. et trad. R. Basset, Patrologia orientalis (PO) 17, pp. 693-694.