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Accueil du siteLES MERES DE L’EGLISE ET AUTRES DAMESMarie-Madeleine, témoin et apôtre
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vendredi 25 septembre 2020
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Apport de la littérature apocryphe et gnostique
vendredi 20 novembre 2015
par Emilien LAMIRANDE
popularité : 3%

De par son seul titre, l’Évangile de Marie manifeste la place que Marie-Madeleine continuait de tenir dans les esprits. La première rédaction remonterait au IIe siècle. La scène se passe après le départ de Jésus, alors que Marie encourage les disciples démoralisés : « Cessez de pleurer et de vous affliger… Louons plutôt sa grandeur car Il nous a préférés, il nous a fait Homme [21]. » Pierre l’invite à rappeler ses souvenirs : « Sœur, nous savons que le Sauveur te préférait aux autres femmes, rapporte-nous les paroles du Sauveur que tu as en mémoire, celles que tu connais mais nous pas et que nous n’avons pas entendues. » Marie répond : « Ce qui vous est caché, je vais vous l’annoncer [22]. » La démarche implique vision, audition et transmission : « d’animatrice Marie devient instructrice [23] ». Son discours, qui en est un de révélation, est introduit par ce passage : « Bienheureuse, toi qui ne te troubles pas à ma vue car là où est le noûs [24] est le trésor [25]. »

Une lacune nous prive d’une grande partie du discours de Marie-Madeleine. Quand elle a terminé, André reconnaît l’authenticité de son message mais Pierre s’interpose : « Est-il possible qu’Il [Jésus] se soit entretenu avec une femme en secret – à notre insu – et non ouvertement si bien que nous devrions nous, former un cercle et tous l’écouter [26] ? » Marie, attristée par ces propos, pleure. Lévi prend alors sa défense et reproche à Pierre de voir en elle un adversaire plutôt qu’une alliée : « si le Sauveur l’a rendue digne, qu’es-tu pour la rejeter [27] ? » Celui-ci, ajoute-t-il, savait mieux que ses détracteurs qui elle était. C’est parce qu’il la connaissait bien qu’il l’a aimée davantage [28] (18, 13-15).

Les récriminations de Pierre portaient sur deux points : comment Jésus aurait-il préféré une femme à lui ou aux autres disciples ? Pourquoi aurait-il transmis son enseignement en secret, dans une vision personnelle [29] ? En filigrane se pose le problème d’un savoir privilégié et salvateur, transmis à des élus. J.-Y. Leloup voit en Marie-Madeleine « une femme qui aurait accès à la connaissance », une connaissance de type prophétique ou visionnaire, une vision par le noûs, c’est-à-dire par la fine pointe de l’âme, qui donnerait accès à l’imagination créatrice [30].

 

[21] Évangile de Marie, 9, 15-20 : éd. et trad. A. Pasquier, L’Évangile selon Marie (BG 1), Québec, Les Presses de l’Université Laval, 1983, pp. 34-35. Traduction anglaise et commentaire dans K. L. King, The Gospel of Mary of Magdala ; Jesus and the First Woman Apostle, Santa Maria, Cal., Polebridge Press, 2003. Sur le sens contesté du mot homme : S. Petersen, op. cit., p. 137.

[22] Ibid., 10, 8 : p. 37.

[23] A. Pasquier, op. cit., p. 69 ; cf. p. 19.

[24] Noûs : intellect, esprit, moi profond, concept fondamental du gnosticisme : cf. H. C. Puech, op. cit., à l’index.

[25] Évangile de Marie, 10, 10, p. 37 ; cf. le commentaire, pp. 70-77.

[26] Ibid., 17, 18-21 : p. 43. S. Petersen, op. cit., p. 639, souligne que Marie-Madeleine console, encourage les disciples et leur enseigne, un rôle ordinairement réservé à Jésus.

[27] Ibid., 18, 1-16 : p. 45.

[28] Un fragment grec offre cette variante : « Car, la connaissant bien, il l’a aimée » : cf. A. Marjanen, op. cit., pp. 115-116.

[29] Cf. A. Pasquier, op. cit., pp. 96-101.

[30] J.-Y. Leloup, « L’évangile de Marie », dans A. Montandon, éd., op. cit., pp. 39-43. À propos de Marie-Madeleine dans l’Évangile de Marie : E. Pagels, The Gnostic Gospels, New York, Random House, 1979, pp. 11-14, 64-67 ; A. G. Brock, Mary Magdalene, the First Apostle, pp. 81-86 ; A. Marjanen, op. cit., pp. 94-121 ; J. Schaberg, op. cit., pp. 168-185 ; K. L. King, « Why all the Controversy ? » dans F. S. Jones, éd., op. cit., pp. 53-74.