Caritaspatrum
Accueil du siteLES MERES DE L’EGLISE ET AUTRES DAMESMarie-Madeleine, témoin et apôtre
Dernière mise à jour :
dimanche 20 septembre 2020
Statistiques éditoriales :
866 Articles
1 Brève
78 Sites Web
68 Auteurs

Statistiques des visites :
1296 aujourd'hui
1541 hier
925287 depuis le début
   
Apport de la littérature apocryphe et gnostique
vendredi 20 novembre 2015
par Emilien LAMIRANDE
popularité : 3%

Après avoir mentionné comme explication à l’intérêt suscité pour Marie-Madeleine l’hypothèse mythique (adaptation chrétienne de couples antiques) ou romanesque, Bovon en privilégie une d’ordre sociologique : « L’importance de Marie-Madeleine tiendrait à la place et aux revendications des femmes dans certaines sectes chrétiennes du IIe siècle. Symétriquement, la jalousie des apôtres exprimerait les résistances soit des hommes de ces conventicules, soit celle de la Grande Église devant cette affirmation féminine. » L’auteur rappelle toutefois que l’image de Marie-Madeleine comme partenaire de Jésus et croyante idéale remonte aux sources paléo-chrétiennes : « Le poids culturel, historique, sociologique et même mythologique de l’époque a amplifié, modifié ou même tordu ce vieil héritage, comme la lecture des témoignages avancés suffit à nous en convaincre. Mais il n’a pas donné naissance à ces vieilles traditions [5]. »

Avec A. Marjanen et aussi S. Petersen, nous possédons des guides d’une exceptionnelle compétence pour aborder cette littérature, connue en bonne partie grâce à la bibliothèque de Nag Hammadi, découverte en 1945 [6]. Les écrits gnostiques ou apocryphes sur Marie-Madeleine n’offrent que peu de contacts directs avec la tradition canonique. Émerge très tôt son image de la disciple par excellence [7]. Les conflits qui l’opposent à ses collègues masculins relèvent de diverses circonstances : sa crédibilité personnelle, l’autorité accordée aux femmes chez les gnostiques et les orthodoxes, des divergences de sensibilité entre gnostiques [8]. En Amérique du Nord, on s’est particulièrement efforcé, comme on le sait, d’en tirer des conclusions sur le statut des femmes dans l’Église primitive [9].

Marie-Madeleine est perçue comme disciple privilégiée, particulièrement réceptive aux révélations d’en-haut. Elle est comparée avec avantage aux hommes de son entourage et exerce une indéniable influence. Pourtant, d’après la lettre des textes, elle ne se substitue pas à eux et ne revendique aucun rôle de direction. Ces conclusions n’offrent guère de surprise mais pourraient décevoir ceux qui ont trop tablé sur des précédents historiques pour justifier de nos jours d’indispensables changements de perception comme de pratique. Il n’en est pas moins utile de revenir sur quelques textes qui soulignent, parfois avec insistance, le rôle de Marie-Madeleine comme disciple, témoin ou apôtre. Les hypothèses qui, à partir d’exemples rares ou tardifs, mettaient en doute en certains cas l’identification de la Marie de ces écrits avec Marie-Madeleine ou voyaient en elle une figure composite, ne semblent guère avoir jusqu’à présent recueilli beaucoup d’adhésion [10].

 

[5] F. Bovon, Le privilège pascal de Marie-Madeleine, pp. 56-57.

[6] Cf. A. Marjanen, « The Woman Jesus loved. Mary Magdalene » in the Nag Hammadi Library and Related Documents, Leiden etc., Brill, 1996 ; un des grands mérites de S. Petersen, op. cit., est de ne pas isoler Marie-Madeleine des autres femmes disciples de Jésus.

[7] A. Marjanen, op. cit., pp. 23 et 29 : She is presented as a dominant figure among the followers of Jesus ; In all the texts Magdalene is pictured as one of Jesus’s most intimate followers.

[8] Ibid., pp. 22-23 ; l’ensemble de l’ouvrage de A. G. Brock porte sur ce questions ; on se reportera encore à S. Petersen, op. cit., pp. 163-188.

[9] Avec Karen L. King, Ann G. Brock et Jane Schaberg, entre autres, apparaît une prometteuse nouvelle génération de chercheuses.

[10] S. J. Shoemaker, « Rethinking the « Gnostic Mary » : Mary of Nazareth and Mary of Magdala in Early Christian Tradition », dans Journal of Early Christian Studies, 9 (2001), pp. 555-595 ; « A Case of Mistaken Identity ? Naming the Gnostic Mary », dans F. S. Jones, éd., op. cit., pp. 5-30. L’avait précédé dans cette voie E. Lucchesi, « à propos de l’Évangile de Marie », dans Analecta Bollandiana, 103 (1985), p. 366. Son argumentation est contestée point par point par A. Marjanen, « The Mother of Jesus or the Magdalene ? The Identity of Mary in the So-Called Gnostic Christian Texts », dans F. S. Jones, éd., op. cit., pp. 30-41. F. Bovon, A. G. Brock et K. L. King ont aussi dans le même recueil marqué leur désaccord, ces deux dernières à propos de la Pistis Sophia et de l’Évangile de Marie. Voir aussi A. G. Brock, Mary Magdalene. The First Apostle, pp. 89-97 ; J. Schaberg, op. cit., p. 127.