Constancia, la dernière des Constantinides
samedi 5 septembre 2015
par Pascal G. DELAGE

Élevé à la pourpre impériale le 14 aout 367 par son père Valentinien Ier, le jeune Gratien n’avait pas encore 10 ans. Mais à Amiens, Valentinien avait été terrassé par la maladie et ses proches ne redoutaient rien moins que de voir l’Empire mis-à-l’encan comme lors des morts prématurées de Julien et de Jovien. Aussi n’hésita-t-on pas à proclamé un enfant empereur et, pour renforcer sa légitimité et la continuité du principe impérial, on lui rechercha une épouse du plus haut-lignage, celui de Constantin. L’enfant – elle n’a alors que 5 ans – était la fille posthume et unique de l’empereur Constance II et de Faustina. Après un épisode houleux durant lequel l’enfant et sa mère furent mêlées à l’usurpation de Procope à la fin de l’année 365 [1], la petite Constancia fut conduite en Pannonie en vue d’un mariage impérial.

Celui-ci faillit d’ailleurs ne pas se produire. En 374, alors qu’elle résidait près de Sirmium, Constancia faillit tomber aux mains des Quades qui s’étaient aventurés sur les terres de l’Empire mais elle fut sauvée par l’intervention énergique du préfet du prétoire Probus. Elle épousa quelques semaines plus tard Gratien, alors âgé de 15 ans. La jeune femme ne fera guère parler d’elle si ce n’est dans quelques vers d’Ausone célébrant de façon graveleuse les noces de son impérial pupille : Enfin se montre celle qui est si digne de la sollicitude de Vénus : déjà mûre pour l’hymen et dans ses pleines années de puberté [Constantia a à peine 12 ans], elle a les traits et le maintien d’une vierge ; une vivre rougeur colore ses joues et court sur son visage qu’elle enflamme. Son œil fixe étincelle et brûle du regard. Toute la jeunesse, toutes les mères accourues en foule de leurs champs et de leurs demeures, admirent sa démarche et la blancheur de son pied qui effleure la terre, et sa chevelure qu’elle laisse flotter au gré des vents. Elle porte un vêtement que nuance un tissu d’or, parure de la grecque Hélène. Telle la blonde Vénus aime à se découvrir aux yeux des immortels, telle on la voit paraître : joyeuse, elle se dirige vers sa nouvelle famille et va s’assoir sur un trône élevé [2].

L’œuvre n’a rien de bien original et Ausone s’en défend auprès de ses amis comme d’un produit de commande, même si le commanditaire n’est autre que Valentinien Ier. Constantia a 13 ans lorsque meurt son beau-père mais elle est demeurée une figure effacée de la Cour, Jean Chrysostome la décrit en ces termes en 380, l’imaginant en proie aux incertitudes de la Cour : Reprenant souffle après ses infortunes, elle éprouve, mêlée à sa joie, une profonde souffrance : ne voit-elle pas le maître souverain, tout jeune encore et sans expérience, environné d’une foule de conspirateurs [3]. Constancia devait mourir à la fin de l’année 382, probablement des suites d’un accouchement d’un enfant qui ne survécut pas à Gratien. Son corps arriva à Constantinople le 31 août 383 où elle fut inhumée le 1er décembre pour y être inhumé auprès des siens dans le mausolée impérial des Saints-Apôtres. Entre temps, son époux avait été assassiné le 25 aout 283 sur l’ordre de l’usurpateur Maxime.

En quête d’un héritier, le jeune veuf n’avait guère attendu l’année rituelle de deuil pour convoler vers de nouvelles noces. Il épousa alors Laeta, probablement une aristocrate romaine dont on ne connaît que le nom de la mère, Tisaméné. Le nom de la nouvelle impératrice pourrait indiquer des connections avec une famille romaine où le nom de Laetus est porté comme la gens des Caeionii) et le désir de renouer avec la vieille aristocratie romaine particulièrement malmenée sous le règne précédant de Valentinien Ier. L’union venait à peine d’être célébrée que le fils de Valentinien Ier fut assassiné près de Lyon. Laeta devait résider alors non loin de lui en Gaule car c’est en annonçant son arrivée immédiate que ennemis de l’empereur attirèrent Gratien dans un piège qui se révéla mortel. Laeta se retira alors avec sa mère à Rome où Théodose Ier leur fit verser une forte pension. C’est avec ces alimenta que les deux femmes purent soulager les victimes des sièges de Rome en 408 et 410 par les Goths d’Alaric [4].

[1] Amien Marcellin, Histoire, 16, 7, 10

[2] Ausone, Centon nuptial

[3] Jean Chrysostome, A une jeune veuve, 4

[4] Zozime, Nouvelle Histoire, 5, 39, 4