Basile de Césarée
Homélie 7 contre la richesse
vendredi 9 mai 2008
par Pascal G. DELAGE

Lorsque je me rends chez l’un de ces insolents enrichis sur le tard et que je vois briller tant de luxe dans sa demeure, je sais que cet homme ne possède rien de plus précieux que ce qui tombe sous ma vue, qu’il pare des objets inanimés et laisse son âme brute. Quel office si important, dis­-moi, remplissent tes divans et tes tables d’argent, tes lits et tes sièges d’ivoire, pour empêcher ta richesse de passer chez les pauvres ? Par milliers pourtant, ceux-ci attendent à ta porte, élevant les plus pitoyables prières.

Mais tu refuses de donner, assurant qu’il t’est impossible de satis­faire leurs demandes. Ta langue en fait le serment, mais ta main te convainc de parjure : quoique silencieuse, elle proclame ton mensonge, cette main où brille le cha­ton d’une bague. Combien, à elle seule, la bogue peut-elle payer de dettes ? Com­bien de maisons qui s’effondrent peut-elle redresser ?

Ta seule garde-robe peut vêtir tout un peuple qui grelotte. Mais tu oses chasser le pauvre sans lui avoir donné un sou, sans redouter la juste colère de ton juge ! Tu n’as pas eu pitié, il ne te sera point fait pitié ; tu n’as pas ouvert ta mai­son, tu seras exclu du royaume ; tu n’as pas donné ton pain, tu n’obtiendras pas la vie éternelle.

Basile de Césarée, Homélie 7 contre la richesse, 4.