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Accueil du siteCOLLOQUES DE PATRISTIQUE DE LA ROCHELLELes Pères de l’Eglise et les ministères
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Des temps apostoliques à Cyprien de Carthage
dimanche 17 août 2008
par Bruno MARTIN
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Les ministères, « ordre » à part

Les années 180 à 250 voient s’accomplir une ultime étape de l’évolution du ministère. Tertullien, dans le De Baptismo (aux alentours de l’an 200), emploie le terme de grand prêtre pour désigner l’évêque, véritable responsable de l’administration du baptême ; prêtres et diacres peuvent le conférer avec sa permission, parfois des laïcs (avec une sévère pointe à l’encontre des prétentions des femmes) [10]. Tertullien sait cependant que cette discipline est relativement récente, qu’elle a été mise en place pour le bon ordre dans l’Eglise, mais qu’il n’en était pas ainsi à l’origine : « Ce qui a été reçu par tous à parts égales peut être communiqué de même ; comme si les disciples du Seigneur qui baptisaient avaient le titre d’évêques, de prêtres ou de diacres ! » [11] Tertullien semble ne faire aucune distinction entre le sacerdoce « ministériel » et le sacerdoce commun des fidèles ; il y reviendra dans un passage de l’Exhortation à la chasteté : « Est-ce que, même laïcs, nous ne sommes pas prêtres ? Il est écrit : il a fait aussi de nous un royaume et des prêtres de Dieu son Père. La différence entre l’ordre et le peuple résulte d’une décision de l’Eglise, et de la charge que Dieu sanctifie par l’intermédiaire de l’ordre rassemblé. Là où ne siège pas d’ordre ecclésiastique, tu offres, tu baptises, et tu es toi-même ton propre prêtre ; autrement dit, là où ils sont trois, il y a une Eglise, même si ce sont des laïcs » [12].

 

[10] « Le droit d’administrer ce sacrement appartient d’abord au grand-prêtre qui est l’évêque. Les prêtres et les diacres peuvent aussi le conférer, mais non sans permission de l’évêque, pour respecter l’Eglise dans son chef et pour y maintenir la paix dans cette subordination. Du reste, les laïcs ont aussi quelquefois le pouvoir d’administrer le baptême. Ce qui a été reçu par tous à parts égales peut être par eux communiqué de même ». et un peu plus loin : « l’insolence de certaines femmes qui ont usurpé le droit d’enseigner les portera-t-elle à s’arroger encore le droit de baptiser ? J’ai de la peine à le croire, à moins qu’il ne paraisse u nouveau monstre aussi hardi que le premier. » Tertullien, De baptismo, 17. Traduction in Le Baptême, coll. Lettres Chrétiennes, n°5, 1962.

[11] Id.

[12] « Nonne et laïci sacerdotes sumus ? Scriptum est, regnum quoque nos et sacerdotes Deo et Patri suo fecit. Differentiam inter ordinem et plebem constituit Ecclesiae auctoritas, et honor per ordinis consessum sanctificatus a Deo ; ubi ecclesiastici ordinis non est concessus, et offers, et tinguis, et sacerdos es tibi solus. Sed ubi tres, Ecclesia est, licet laïci . » Tertullien, De exhortatione castitatis, 7. L’Exhortation à la chasteté est en fait une vibrante exhortation contre le remariage ; la pointe de l’argumentation de Tertullien est donc que puisque tout baptisé est prêtre, le remariage – assez strictement interdit aux membres du clergé dès les temps apostoliques – lui est donc interdit tout aussi strictement. La sentence de Tertullien, « et offers, et tinguis, et sacerdos es … » a donné lieu, étant donnée sa concision, à bien des interprétations.