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mardi 15 juin 2021
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VIENT DE PARAITRE
mardi 15 décembre

Jonathan CORNILLON

TOUT EN COMMUN ? La vie économique de Jésus et des premières générations chrétiennes

De quoi vivaient Jésus et ses disciples ? Comment l’apôtre Paul et ses compagnons finançaient-ils leurs activités missionnaires ? Les prédicateurs des premières générations chrétiennes étaient-ils rémunérés ? Quelles formes prenait la solidarité matérielle des premières communautés chrétiennes ? Cet ouvrage répond à ces questions en abordant l’ensemble des aspects économiques de la vie des premiers chrétiens. Dans tout l’Empire romain, la vie économique des premières communautés chrétiennes, depuis la prédication de Jésus jusqu’à la fin du IIIe siècle, n’était pas un aspect secondaire de leur engagement religieux, profondément lié à une approche éthique et solidaire de la pauvreté. Cela n’était pour autant pas contradictoire avec la mise en place de formes de financement diverses et ambitieuses, dès la prédication de Jésus. Ce livre montre que les exigences de la morale chrétienne s’accompagnaient d’une recherche d’efficacité, même si les abus et les dysfonctionnements n’étaient évidemment pas absents.

Éditeur : Le Cerf

EAN : 978-2204129978

 
L’Aquitaine et les nouvelles donnes de la fin du IVe siècle.
samedi 10 novembre 2018
par Pascal G. DELAGE
popularité : 1%

DES TRACES ET DES SIGNES

Même si en matière de croyances religieuses, il faut être très prudent pour interpréter les résultats de recherches archéologiques, nous observons qu’un cimetière comme celui des « Champs Rougis » à Muron (près de Surgères, Charente Maritime), daté du IVe siècle, ne présente pas de trace de présence chrétienne, pas plus que le mausolée aristocratique détruit lors de la construction de l’A10 non loin de Lozay. Toutefois une épitaphe datant du 5 mai 374 signale l’inhumation d’une chrétienne du nom de Mustella à Saintes dans une nécropole où prendra place un siècle plus tard la memoria de l’évêque Vivien (vers 470 ?). C’est la plus ancienne inscription chrétienne du diocèse de Saintes. Un peu plus tardive, la première inscription chrétienne d’Angoulême est aussi dédiée à une femme, Basilia (CIL 12, 118). Même phénomène pour Bordeaux avec l’épitaphe de Domitia, une Trèvire inhumée là au milieu du IIIe siècle (CIL 13, 63), une telle coïncidence reflétant probablement l’importance des femmes dans la nouvelle religion. Signalons encore l’épitaphe d’un couple à Civaux dans la Vienne, « Aetenalis et Seruilla in Deo » inhumés auprès d’un baptistère rural consacré aux saints Gervais et Protais (donc après 386 comme nous allons le voir).

La mention du baptistère de Civaux nous renvoie encore à la grande pauvreté des vestiges archéologiques chrétiens conservés dans notre région pour cette époque si l’on fait exception du baptistère Saint-Jean à Poitiers. Mais il faut bien voir que toute création d’évêché s’accompagne nécessairement d’un programme immobilier même modeste, à savoir : la cathédrale, le baptistère et la domus episcopae. L’action de l’évêque peut aussi être relayée par des notables ou des aristocrates chrétiens, généralement bien plus fortunés que lui. Ainsi sur le diocèse de Bazas, Paulin de Nole fait bâtir une église funéraire à Langon pour y abriter la sépulture de ses parents, église dédiée aux saint Gervais et Protais. Rien de similaire n’a été trouvé à Saintes ou dans le diocèse. Les vestiges de la première cathédrale sont très probablement à chercher sous l’actuelle église Saint-Pierre de Saintes, les édifices chrétiens étant remarquablement stables géographiquement. Je signale toutefois la découverte en 1994 d’un bâtiment qualifié de chrétien par son inventeur, J. Fr. Buisson, sur le flanc sud du capitole de Saintes et daté par lui de la fin du IVe ou début Ve siècle. Malheureusement la fouille n’a pas été publiée.

En progressant ainsi, pas par pas, en tenant compte de diverses disciplines historiques et en nous appuyant sur des précédents dûment étayés, nous pouvons arriver à dire deux ou trois petites choses qui ont quelque consistance. Un exemple : lorsqu’une nouvelle cité est créée à la fin du IVe siècle, comme celle de Grenoble au détriment de Vienne, cette cité est dotée en même temps d’un évêque. Or c’est pratiquement à la même époque qu’est créée la cité d’Angoulême au détriment de … Saintes. Elle ne tarda pas non plus à recevoir un évêque. Les traditions locales lui donnent le nom d’Ausonius. Il y a fort à parier qu’il est directement issu de la famille du consul bordelais dont certains membres s’étaient convertis à l’ascétisme chrétien dès le milieu du IVe siècle. Il avait toutes les qualités requises pour être évêque d’une cité d’Aquitaine : cet Ausonius doit être en relation avec le presbyterium de Bordeaux de par son origine familale et les élections des évêques sont dans les mains des métropolitains comme le rappelle un Aquitain du début du Ve siècle auteur du De septem ordinibus ecclesiae. A la même époque, les prêtres bordelais Alithius et Exuperius sont nommés à la tête des évêchés de Cahors et d’Andernos ( ?). Ausonius d’Angoulême pour revenir à lui appartenait à une famille de notables qui continuait à compter dans la vie de la cité bordelaise, et ce milieu familial allait de pair avec une formation de lettré indispensable pour la prédication et le gouvernement de l’Eglise. Mais qu’en est-il d’Eutrope ?