Caritaspatrum
Accueil du siteCHRISTIANISATION DE L’AQUITAINEAu Ve et VIe siècle en Aquitaine.
Dernière mise à jour :
vendredi 25 septembre 2020
Statistiques éditoriales :
867 Articles
1 Brève
78 Sites Web
68 Auteurs

Statistiques des visites :
617 aujourd'hui
2237 hier
937322 depuis le début
   
Brèves
VIENT DE PARAITRE
mardi 15 septembre

Bernadette CABOURET

LA SOCIETE DE L’EMPIRE ROMAIN D’ORIENT : IVe-VIe SIECLE

On peut choisir d’étudier l’Empire romain par le biais des événements généraux et des vicissitudes militaires ou politiques, on peut faire l’histoire des grands hommes en suivant des sources antiques qui les ont privilégiés. Mais on peut aussi s’intéresser aux composantes anonymes de la société qui a incarné cette histoire. Les femmes et les hommes qui ont peuplé villes et campagnes de l’Orient romain sont ici présentés en une période particulière, celle de l’Antiquité tardive. Pourquoi l’Antiquité tardive ? C’est une époque de bouleversements et de profonds remaniements : le gouvernement impérial devient un dominat, l’Etat impose des contraintes qui sont vivement ressenties et l’économie se transforme, la séparation est consommée entre l’Orient et l’Occident et le christianisme modifie les comportements, les pensées, bref paraît irriguer et informer la société.

Éditeur : Presses Universitaires Rennes

ISBN : 978-2753579835

 
L’Aquitaine à l’heure des peuples germaniques.
dimanche 20 novembre 2016
par Pascal G. DELAGE
popularité : 7%

Coup de main des Francs sur l’Aquitaine.

Ce compromis politico-religieux entre wisigoths et aristocratie aquitaniate va voler en éclat au début du VIe siècle. Grâce à un habile cocktail de coups-de-main audacieux, d’intelligence stratégique et de ruses machiavéliques, un petit roi franc originaire de Tournais parvient à s’assurer le contrôle de tout ce qui restait de Gaule « romaine » au nord de la Loire. A partir de 495, Clovis car il s’agit bien de lui, commence à s’intéresser également aux terres méridionales de l’Aquitaine et lance successivement deux raids sans lendemain. D’abord en 496 - et il s’empare de Saintes - puis en 498 où il parvient jusqu’à Bordeaux. C’est d’ailleurs au retour de cette dernière expédition qu’il s’arrête à Tours à la basilique de Saint-Martin et qu’il formulera le vœu d’être baptisé, promesse qu’il accomplira… dix ans plus tard à Reims lors de la Noël 508. Mais les terres d’Aquitaine continuaient à exercer sur lui leur infinie séduction.

De son côté, le roi Alaric II, tout à fait conscient du caractère hétérogène de son royaume, se montre plus souple à l’égard de ses sujets catholiques. Pour se concilier leurs bonnes grâces, il promulgue un code de lois appelé « Bréviaire d’Alaric » afin d’établir une plus grande convivialité entre Goths et gallo-romains. Alaric va même jusqu’à autoriser les évêques catholiques à tenir concile à Agde le 10 septembre 506. Il y avait très longtemps que nous n’avions pas vu une telle assemblée de prélats venus de tout le Sud-Ouest. Pour certains diocèses, c’est même la première fois qu’on mentionne l’existence d’un évêque comme à Lescar, Saint-Lizier, Aire, Oloron ou Dax… On avait donc battu le ban et l’arrière-ban de l’épiscopat catholique. Or de façon très significative, ne sont pas venus à Agde les évêques de Saintes, d’Angoulême, de Poitiers et de Limoges. Si Ruricius de Limoges s’est excusé pour des questions de santé [13], il y a peu de chances que sa maladie ait été contagieuse au point de contaminer ses collègues d’Aquitaine Seconde, à moins qu’il s’agisse justement d’une maladie diplomatique. Il est fort probable que ces trois prélats se soient montrés un peu trop accueillants aux armées franques dont le roi ne faisait déjà pas mystère de sa proximité avec les évêques catholiques. Lors du retrait des troupes franques, les évêques de Saintes, Angoulême et Poitiers sont vraisemblablement remontés avec elles au nord de la Loire. J’en veux pour indice qu’en 511 au concile d’Orléans, Adelphius de Poitiers signe encore comme évêque de Rezé où il avait trouvé refuge à la limite des royaumes de Clovis et d’Alaric II. Nous pouvons même donner un nom à l’évêque de Saintes, il doit s’agir de Pierre car l’ordre de signature de ce même concile d’Orléans nous laisse entrevoir que Pierre était évêque depuis les années 485 (mais s’agit-il du même Pierre qui correspond avec Ruricius de Limoges [14] vers 500 ?).

Ainsi malgré ses gestes de bonne volonté à l’égard des catholiques, Alaric II a du mal à faire face, sa situation étant fragilisée tant par des révoltes éclatant dans la partie espagnole de son royaume que par les provocations des Burgondes sur le Rhône. Quand son principal allié et beau-père, le roi ostrogoth Théodoric Ier est appelé à repousser une attaque byzantine en Italie méridionale, Clovis et ses alliés burgondes – qui étaient de connivence avec le Basileus - fondent comme l’éclair sur l’Aquitaine au printemps 507. Alaric se porte aux devants du roi franc mais il est battu et tué à Vouillé, dans le voisinage de Poitiers. Clovis s’empare sans coup férir de l’Aquitaine, pousse jusqu’à Bordeaux où il va établir son quartier d’hiver alors que son fils Thierry progresse vers les cités d’Albi, Rodez et Clermont qui tombent les unes après les autres. Au printemps suivant, Clovis prend Toulouse et Angoulême où demeuraient encore des contingents goths avant de repartir vers Tours, laissant derrière lui des garnisons franques pour tenir le pays, garnisons très majoritairement païennes. L’Aquitaine était devenue franque et cela pour de longs siècles.

 

[13] Ep. 2, 35 à Sedatius de Nîmes

[14] Ep. 2, 38