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Accueil du siteCHRISTIANISATION DE L’AQUITAINEAu Ve et VIe siècle en Aquitaine.
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mardi 20 avril 2021
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VIENT DE PARAITRE
mardi 15 décembre

Jonathan CORNILLON

TOUT EN COMMUN ? La vie économique de Jésus et des premières générations chrétiennes

De quoi vivaient Jésus et ses disciples ? Comment l’apôtre Paul et ses compagnons finançaient-ils leurs activités missionnaires ? Les prédicateurs des premières générations chrétiennes étaient-ils rémunérés ? Quelles formes prenait la solidarité matérielle des premières communautés chrétiennes ? Cet ouvrage répond à ces questions en abordant l’ensemble des aspects économiques de la vie des premiers chrétiens. Dans tout l’Empire romain, la vie économique des premières communautés chrétiennes, depuis la prédication de Jésus jusqu’à la fin du IIIe siècle, n’était pas un aspect secondaire de leur engagement religieux, profondément lié à une approche éthique et solidaire de la pauvreté. Cela n’était pour autant pas contradictoire avec la mise en place de formes de financement diverses et ambitieuses, dès la prédication de Jésus. Ce livre montre que les exigences de la morale chrétienne s’accompagnaient d’une recherche d’efficacité, même si les abus et les dysfonctionnements n’étaient évidemment pas absents.

Éditeur : Le Cerf

EAN : 978-2204129978

 
Un monde qui ploie.
dimanche 25 septembre 2016
par Pascal G. DELAGE
popularité : 1%

Toutefois les prêtres sont respectés en général et les évêques sont des interlocuteurs du pouvoir royal. Ceci se manifeste bien dans l’épisode de la Vita Bibiani selon lequel l’évêque Vivien de Saintes obligea le roi Théodoric II (453-466) à libérer les otages de sa cité que les sbires du prince avaient ramenés à Toulouse pour mieux faire rentrer les impôts locaux. La politique religieuse des Wisigoths va pourtant se durcir à l’encontre des catholiques sous le règne d’Euric (466-484) qui va entreprendre de laminer les cadres de l’Eglise catholique en empêchant l’élection de nouveaux évêques à partir de 474 : Bordeaux, Périgueux, Rodez, Limoges, Javols, Eauze, Bazas, Saint-Bertrand-de-Comminges, Auch (et ce sera bientôt le cas dans un nombre beaucoup plus grand encore de cités), amputées par la mort de leur suprême pontife, sans qu’on ait nommé par la suite dans les fonctions des défunts d’autres évêques qui auraient pu en tout cas assurer leurs successions dans les ministères des ordres mineurs… toutes ces villes ont vu s’élargir le domaine des ruines spirituelles. Il est clair que presque chaque jour, par la disparition des pontifes qui meurent, ces ruines font de tels progrès qu’elles auraient pu émouvoir (sans parler des hérétiques du temps présent) même les hérésiarques des premiers temps : tant l’interruption des cérémonies religieuses plonge dans un amer désespoir les populations privées de leurs évêques par la mort ! Il n’y a plus aucune administration dans les diocèses et les paroisses désertées. Dans les églises (chacun peut le constater), ou bien les toits délabrés se sont écroulés ou bien l’entrée des basiliques, dont les portes ont été arrachées de leurs gonds, est obstruée par les fourrés de buissons épineux. On peut voir, ô douleur, les troupeaux mêmes non seulement couchés dans les entrées demi-ouvertes mais paissant l’herbe qui verdit sur le côté des autels. Mais déjà ce n’est pas seulement dans les paroisses de campagne que règne la solitude ; c’est aussi dans les églises de villes que les réunions deviennent plus clairsemées [11]. Cette politique agressive d’Euric en matière religieuse est probablement à mettre en lien avec l’assassinat de son frère Théodoric II et à qui il a arraché le pouvoir, Théodoric qui s’était rapproché de Ravenne et des catholiques, et ce changement d’attitude envers l’Eglise catholique doit correspondre également à des retournements d’alliance au sein de l’aristocratie gothique. Toutefois, il faut bien voir que les évêques des villes citées par Sidoine Apollinaire n’ont pas été exécutés. Le prince a seulement refusé que leur soit donné un successeur. Il suffisait pour cela d’interdire aux autres évêques de se déplacer à l’intérieur de ses terres. La situation aurait pu devenir très grave pour les catholiques si Euric s’était entêté dans cette direction. Par ailleurs, toujours selon le témoignage de Sidoine, nous notons que les Eglises de Saintes, d’Angoulême et de Poitiers avaient encore leur pasteur même si nous ne connaissons pas leur nom. Fermement encadrés par le pouvoir, la marge de manœuvre des évêques catholiques est très étroite mais certains savent faire preuve d’ingéniosité pour faire exister leur communauté. Ainsi vers 475, l’évêque Dulcidius d’Agen retrouve « providentiellement » le corps de Caprais, supposé être le premier pasteur (et bien sûr orthodoxe !) de la ville et martyr de la grande persécution [12]. C’est probablement encore Dulcidius qui invente le corps du martyr Vincent au Mas-d’Agenais. Pour honorer ce dernier, il fonde une nouvelle basilique au lieu dit Pompeiacum. Les ariens ne sont pas dupes de cette manœuvre et un prêtre de cette Eglise entreprend de détruire le nouveau bâtiment : mal lui en prit car il périt noyé [13].

 

[11] in Sidoine Apollinaire, Ep. 7, 6. Trad. A. Loyen

[12] AA SS 20 octobre

[13] AA SS 2 novembre