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Accueil du siteLES MERES DE L’EGLISE ET AUTRES DAMESMarie-Madeleine, témoin et apôtre
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vendredi 25 septembre 2020
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Marie-Madeleine apôtre ou messagère
mardi 20 octobre 2015
par Emilien LAMIRANDE
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Jérôme († 419), en jouant sur la signification de Magdala, compare celle qui, la première, reconnaît le Ressuscité, à celui qui d’une tour aperçoit en premier un esquif disparu : « C’est Marie-Madeleine qui… reconnaît le Seigneur, court chez les Apôtres, annonce qu’il est ressuscité. Eux dorment, c’est elle qui a la foi [9] ». Augustin définit avec plus de précision sa fonction de messagère ou d’annonciatrice. En quelques lignes, à propos des rapports hommes-femmes, apparaissent huit fois des mots de même racine qu’annuntiare ou son équivalent grec : « Il [le Christ ressuscité] a d’abord été vu par des femmes puis annoncé à des hommes. Des femmes ont été les premières à voir le Seigneur ressuscité et aux apôtres futurs évangélistes, c’est par des femmes que l’Évangile a été annoncé et par des femmes que le Christ a été annoncé. » Le prédicateur croit utile d’ajouter : « Évangile signifie en latin bonne nouvelle. » Marie-Madeleine et ses compagnes proclament cette bonne nouvelle à ceux qui la diffuseront à leur tour [10].

Plus tard, Romanus le Mélode traduira en termes lyriques le mandat accordé à Marie-Madeleine : Que la langue désormais publie ces choses, femme, et les explique aux fils du royaume qui attendent que je m’éveille, moi le Vivant. Va vite, Marie, rassembler mes disciples. J’ai en toi une trompette à la voix puissante… Va dire : « L’époux s’est éveillé… Chassez, apôtres, la tristesse mortelle, car il est éveillé [11]… » Le poète revient sur le rôle de messagère que le Seigneur aurait confié à Marie-Madeleine en ces termes dont elle fait part à ses compagnes : Marie, hâte-toi ! Va révéler à ceux qui m’aiment que je suis ressuscité. Comme un rameau d’olivier, prends-moi sur la langue pour annoncer la bonne nouvelle aux descendants de Noé, leur indiquant ainsi que la mort est détruite et qu’il est ressuscité, celui qui offre aux hommes déchus la résurrection [12].

Grégoire d’Antioche († 593), de son côté, fait dire par Jésus aux saintes femmes : « Soyez les premières didascales des didascales. Que Pierre, qui m’a renié, apprenne que je peux instituer même des femmes comme apôtres [13] ». Les deux mots clefs n’offrent aucune ambiguïté : didaskalos signifie celui ou celle qui enseigne (maître, instituteur, précepteur) et cheirotonein, élever à une charge (en levant la main) ou ordonner un ministre du culte (en imposant les mains). Pour le patriarche, la fonction d’enseignante des enseignants, rapprochée de celle d’apôtre des apôtres, confiée à Marie-Madeleine, revêt un caractère similaire à celui d’une fonction publique ou officiellement reconnue [14]. Le coup de griffe du côté de Rome n’infirme pas la portée de son assertion.

Grégoire le Grand, qui identifie Marie-Madeleine à la pécheresse de Luc, s’émerveille de la mission qui lui est dévolue, en dépit de son passé : « Elle trouva vivant celui qu’elle cherchait mort. Elle trouva en lui tant de grâce que c’est elle qui porta la nouvelle aux apôtres, aux messagers de Dieu ! » Il ne lui refuse pas ses prérogatives de disciple la plus fidèle (« unde contigit ut eum sola tunc uideret, quae remansit ut quaereret »), mais ne peut s’empêcher de voir en elle un témoin de la miséricorde divine (« Adest testes diuinae misericordiae ») : « Mais ses larmes ont effacé les souillures de son corps et de son cœur ; elle s’est jetée dans les pas de son Sauveur, délaissant les chemins du mal [15]. » Le rappel de Rm 5, 20, à propos de la grâce qui surabonde là où le péché s’est multiplié, ne fait cependant pas, chez d’autres, référence à des fautes personnelles mais à la chute originelle [16].

 

[9] cf. Hieronymus, Epist, 65, 1 : éd. J. Labourt, Lettres, t. III, p. 141 ; on trouve le qualificatif de « turrita », « munie de tour », qui lui est accordé en raison de la promptitude et de l’ardeur de sa foi (« quae ob sedulitatem et ardorem fideis turritae nomen accepit ». Epist, 127, 5 : t. VII. p. 141. Cf. M. Scopello, « Marie-Madeleine et la tour : « pistis » et « sophia », dans Figures du Nouveau Testament chez les Pères », dans Cahiers de Biblia Patristica, 3 (1994), pp. 180-184.

[10] cf. Augustinus, S. 45, 5 : PL 38, col 266 : « Primo a mulieribus uisum est, et nuntiatum est uiris. Primae mulieres uiderunt resurgentem Dominum, et euangelistis futuris apostolis a mulieribus euangelium annuntiatum est, et per mulieres illis Christus annuntiatus. Euangelium enim latine bonus nuntius est. »

[11] Romanos le Mélode, Hymne 40, 12 : SC 218, pp. 400-401.

[12] Ibid., 15 : pp. 404-406.

[13] cf. Gregorius Ant., Oratio in mulieres unguentiferas, 11 : PG 88, col. 1864

[14] Photius reprend l’idée que le Christ a « ordonné » ou « institué » (exeirotonei) Marie-Madeleine pour en faire une évangéliste (euaggelistria) : Ad Amphilochium, 218 : PG 101, col. 989.

[15] cf. Gregorius Magnus, Hom. in euang., 25, 1-2 et 10 : PL 76, col. 1189-1190 et 1196 ; trad. Fr. Quéré-Jaulmes, Le mystère pascal, p. 32.

[16] Cf. U. Holzmeister, loc. cit., pp. 567-569.